« Le médicament ne peut être une niche pour faire de l’argent » Fouzi Lekjâa

Ecrit par S. Es-Siari I
L’allègement de la fiscalité, l’encouragement de la préférence nationale, des marges de gain correctes… sont les messages forts annoncés par le Fouzi Lekjâa, ministre en charge du Budget pour mettre de l’ordre dans le segment du médicament et éviter que ledit segment soit une niche pour les opérateurs. Malgré les réformes successives, dont celle de 2013 encadrant la fixation des prix des médicaments, les tarifs restent toujours une source de débat et de controverse.
Comme dans tous les systèmes du monde, le médicament pèse lourdement sur la sécurité sociale au Maroc. Fouzi Lekjaa, ministre en charge du Budget, à l’occasion de la rencontre initiée récemment par la CGEM, rappelle que le Royaume a été en avance par rapport à la réforme du segment de médicament toutefois, le gouvernement a préféré patienté avec le changement institutionnel et la mise en place de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé « Nous essaierons de relancer le débat avec la profession avec des objectifs précis », annonce Lekjâa.
A rappeler que le gouvernement vient d’adopter le projet de loi n° 61.24 portant approbation du décret-loi 2.24.728 du 27 septembre 2024 complétant la loi n° 17.04 relative au code du médicament et de la pharmacie. Ces nouvelles dispositions visent à renforcer la transparence et l’efficacité dans le secteur pharmaceutique, tout en simplifiant les procédures administratives.
De prime abord, il faut selon le ministre une clarification des activités à savoir que l’opérateur national soit producteur et ne puisse se transformer subitement en importateur sur quelques médicaments juste parce qu’il y a une opportunité à saisir sur les prix ou autre.
Deuxio, l’importateur devra se comporter en tant qu’ importateur qui fait du négoce et qui après déduction de tous les frais, pourrait s’offrir une marge de 10%. Tant que la différence entre les déclarations en Douane et les prix affichés sur le médicament soit de 30% ou plus, cela est bien entendu inadmissible.
« La protection de la production nationale est la priorité des priorités », rappelle à juste titre le ministre. D’ailleurs, les gouvernement s’apprête à réduire les prix de 190 médicaments, notamment ceux destinés aux maladies chroniques. Cette décision s’inscrit dans une démarche continue de révision périodique des prix des médicaments, qui a déjà permis de réduire les coûts de plus de 5.350 produits pharmaceutiques, selon les données publiées au Bulletin Officiel depuis 2021. Récemment, 169 autres médicaments, principalement liés aux pathologies chroniques, ont également vu leurs prix diminuer.
Dans la foulée, le ministre reconnait que le processus de fabrication de médicament n’est pas exempt de difficultés, mais toute la volonté est là pour mettre de l’ordre dans le segment du médicament. Et d’affirmer que le médicament ne peut être une niche pour faire des marges de gain de 30 ou de 40%.
Autre élément important de la réforme c’est le délai de séjour à l’hôpital qui parfois dépasse les limites tolérables et qui pèse lourdement sur les caisses de sécurité que ce soit la CNSS ou la CNOPS.
Si on ne fait pas attention dès le départ aux trois variables : médicament, l’acte médical et le délai de séjour, nos caisses seront à des déficits similaires à ceux enregistrés par les caisses de sécurité française ou espagnole. Un tel déficit rapporté au PIB marocain, c’est pratiquement 40 Mds de DH. Une situation qui serait trop critique avec tous les effets d’entraînement qui peuvent en découler pour une économie comme la nôtre.
Par ailleurs, le ministre se demande pourquoi le prix de référence du médicament se base sur le benchmark de 7 pays ‘France, Belgique, Espagne, Portugal, Turquie, Egypte, Arabie Saoudite. Une question qui a toute sa raison d’être si l’on prend en considération que le Maroc n’a ni le même niveau de vie ni la même taille de production que ces sept pays.
Aussi, pourquoi n’importe-on pas des médicaments des pays où le prix est moins cher ? Ou se fixer des objectifs de production de génériques au niveau national…
C’est dans ce cadre que s’inscrit la stratégie intégrée élaborée en collaboration avec le ministère délégué chargé du Budget et sous la supervision du chef du gouvernement. Cette vision vise à réviser les marges de fabrication et de distribution, tout en alignant les prix sur les objectifs du chantier national de protection sociale.
Dans le cadre de la mise en œuvre de la politique pharmaceutique nationale pour la période 2023-2027, le ministère s’engage à garantir l’accès à des médicaments de qualité et abordables pour toutes les catégories sociales, notamment les plus vulnérables. Parmi les priorités figurent la promotion des médicaments génériques, le contrôle des prix des médicaments coûteux, ainsi que l’encouragement de l’industrie pharmaceutique locale.
