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Economie

Politique monétaire : le ciblage de l’inflation seul n’est pas suffisant

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Ecrit par S. Es-Siari I

Dans un contexte empreint d’incertitudes, le ciblage de l’inflation ne peut être considéré comme le seul critère devant servir de base de référence pour la formulation et la mise en œuvre de la politique monétaire. Les objectifs de croissance, d’élévation de niveau vie et d’emploi doivent également être pris en considération pour mieux asseoir cette politique.

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Le HCP vient de rendre public le taux d’inflation au titre du mois d’avril. L’indice des prix à la consommation portant sur les quatre premiers mois de l’année fait état d’une forte détente des pressions inflationniste avec une hausse atteignant à peine 0,6% au mois d’avril. L’indicateur d’inflation sous-jacente en hausse de 0,2% sur un mois et de 2,2% sur une année. 

Les dernières publications relatives à l’indice des prix à la consommation font ainsi état d’une forte détente des pressions inflationnistes au cours des derniers mois. Cette détente n’est que la résultante de la conjugaison de deux éléments. Sur le plan externe, compte tenu du degré d’ouverture de l’économie nationale sur l’extérieur, le redressement de l’activité dans les principales économies mondiales, la baisse des prix des matières premières… n’ont pas manqué d’avoir des répercussions sur les coûts de production et la formation des prix dans de nombreux secteurs d’activité.

Au plan interne, on ne peut occulter que la détente des pressions inflationnistes constatée au cours des derniers mois résulte de la politique monétaire telle qu’adoptée par Bank Al Maghrib. Agissant dans le cadre de son statut particulier lui garantissant l’autonomie en ce qui concerne la conduite de la politique monétaire, BAM a ciblé essentiellement la stabilité des prix et activé les bons moyens pour l’atteinte d’un tel objectif.

Une conduite qui au moment où l’inflation était proche de zéro ou s’approchait des territoires négatifs n’a pas laissé indifférents les économistes qui ont critiqué foncièrement la politique monétaire telle qu’elle est menée par la Banque Centrale. Durant cette période, les missions de la Banque centrale suscitaient des interrogations au sein de la sphère économique notamment en ce qui concerne sa fonction qui devrait évoluer pour s’adapter à la réalité économique et ne plus se limiter au ciblage de l’inflation. Ils vont même jusqu’à considérer que l’esprit originel de la création de la banque centrale marocaine a été oublié au fil de l’eau et pas simplement à l’orée du phénomène de libéralisation, de décloisonnement des activités financières et bancaires.

Aujourd’hui, dans un contexte conjoncturel incertain face au risque inflationniste, la politique monétaire de BAM divise encore. D’aucuns l’apprécient et considèrent que la politique monétaire a pu remédier à l’inflation comme en atteste l’orientation de l’IPC au cours des derniers mois. D’autres estiment que le ciblage de l’inflation ne peut être considéré comme le seul déterminant de mise en œuvre de la politique monétaire. Ils font allusion aux taux de croissance et du chômage qui demeurent somme toute insuffisants pour une économie en quête de l’émergence. Ils recommandent tout simplement le mandat dual permettant une articulation judicieuse entre l’objectif de stabilité des prix et celui de la stimulation de l’économie et de l’amélioration de l’accès au crédit bancaire pour les opérateurs économiques.

Face au risque inflationniste, la Banque centrale qui a longtemps poursuivi une politique monétaire résolument accommodante a en effet opté pour un resserrement progressif des conditions du crédit en procédant depuis août 2022 à l’augmentation du taux directeur de 150 points de base pour le stabiliser à 3 % au mois de mars 2024.

Le suivi régulier des principaux indicateurs économiques et financiers depuis plus d’une année et l’analyse de perspectives d’évolution de ces indicateurs à court terme ont par ailleurs conduit les autorités monétaires à stabiliser le taux directeur au cours des douze derniers mois en considérant que le niveau de 3 % demeure adapté pour l’ancrage des anticipations inflationnistes et le retour à des rythmes d’inflation plus proches à la réalisation des objectifs de stabilité des prix.

Au vu de ces éléments, force est de constater que la conduite de la politique au cours des deux dernières années avec sa nouvelle orientation axée sur le ciblage de l’inflation a contribué de façon significative à la stabilisation de la poussée inflationniste dont les principales causes proviennent des perturbations des marchés internationaux, une inflation plus importée.

On notera cependant que, dans le contexte de stagflation d’aujourd’hui, le ciblage de l’inflation ne peut être considéré comme le seul critère devant servir de base de référence pour la formulation et la mise en œuvre de la politique monétaire.

Les objectifs de croissance, d’élévation de niveau vie et d’emploi doivent également être pris en considération pour mieux asseoir les politiques visant la stabilité des prix à travers les actions combinant les instruments propices de régulation de la demande globale et les politiques de développement de l’offre travers l’accumulation et le renforcement des capacités productives. C’est le mandat dual tant réclamé par les économistes depuis le déclenchement de la crise sanitaire avec pour argument un taux de croissance faible.

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