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Economie

Le Budget 2026 protège-t-il suffisamment notre tissu industriel ?

textile

Ecrit par Soubha Es-Siari I

Le budget 2026 contient un certain nombre de dispositions marquées par une hausse des tarifs douaniers pour protéger l’industrie nationale. Des mesures devant être accompagnées par l’innovation, la recherche et le développement pour que la qualité soit au rendez-vous. Autrement, ces mesures se traduiront par une détérioration du pouvoir d’achat de la classe moyenne en quête de produits fiables et durables.

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A travers le nouveau modèle de développement, le Maroc a tracé une voie claire et ambitieuse en mettant le cap sur de nouveaux objectifs et des prévisions à atteindre à l’horizon 2035. Le PIB, indicateur de richesse, devrait doubler à 260 Mds de dollars à cette échéance.
Pour ce faire, des stratégies et des réformes sont déployées au cours des dernières années pour permettre au Royaume d’améliorer ses scores aussi bien sur le plan économique que social.

Toutefois, et en dépit des avancées réalisées, force est d’admettre que le Maroc souffre d’un déficit chronique de la balance commerciale. De janvier à août 2025, le déficit commercial s’est creusé de 15%, soit l’équivalent de 22 Mds de dollars. Et pour cause : le Maroc continue à importer plus qu’il exporte. Bon an, mal an, le taux de couverture des importations par les exportations oscille autour de 55%.

Une situation handicapante qui met en évidence la fragilité de notre tissu industriel face à des concurrents de taille plus innovants et du coup plus compétitifs.
Elle l’est d’autant plus parce qu’elle se traduit par une sortie massive de devises. Un manque à gagner important pour une économie comme la nôtre fortement dépendante de l’extérieur.
En vue d’y remédier, les pouvoirs publics ont pris la pleine mesure de la préférence nationale et la promotion des produits marocains. Cinq ans après, la situation est identique : que ce soit la préférence nationale ou la substitution aux importations, ce sont des politiques dont les résultats ne se font pas du jour au lendemain. Ils se concrétisent progressivement et s’étalent bien dans le temps.

Ne perdant pas espoir, les pouvoirs publics ne lâchent pas prise. Le PLF 2026 contient à son tour des dispositions douanières à même d’impacter positivement ou négativement l’économie marocaine.

Si le secteur automobile tire son épingle du jeu à travers certaines dispositions telles que la vie du véhicule importé ne devant pas excéder 5 ans ou l’instauration de la taxe de luxe pour les véhicules dont le montant est au-dessus de 500.000 DH, le secteur du textile-habillement souffre énormément de la concurrence déloyale d’autres pays tels que la Chine, l’Egypte ou la Turquie. 

Ce que propose le PLF 2026

Le Budget 2026 regorge de mesures douanières à même de protéger l’industrie nationale.
A titre d’exemple, afin de protéger la production nationale des étoffes de bonneterie jacquards électroniques avec insertion de trame face aux importations importantes de ces produits, il est proposé d’augmenter le taux du Droit d’imposition (DI) qui leur est applicable de 10% à 30% avec spécialisation dans le tarif douanier.

Aussi, en vue de développer la compétitivité de l’industrie nationale des panneaux photovoltaïques, il est proposé l’augmentation du DI applicable aux cellules photovoltaïques assemblées en modules ou constituées en panneaux de 2,5% à 10%.

De même et en vue de permettre à l’industrie nationale des machines à laver semi-automatiques de se développer, il est proposé la réduction du DI applicable aux intrants utilisés dans la fabrication de ces machines de 30% à 17,5%.

Toutes ces mesures et bien d’autres ont pour leitmotiv la protection du tissu industriel contre la concurrence féroce voire même des mesures de dumping pratiquées par d’autres pays partenaires. Le Maroc a donc intérêt à protéger son industrie certes pour limiter ses importations mais également parce que l’industrie crée de la richesse, de la valeur ajoutée  et de l’emploi.

Les dispositions contenues dans le PLF 2026 sont louables mais il faut impérativement les accompagner par l’innovation pour produire des articles de qualité. Sinon, le consommateur continuera à s’orienter vers les produits étrangers malgré le prix élevé.

Pour le cas des machines à laver, si le texte est adopté en l’état, le taux de droit d’importation sur les machines passera de 2,5 % à 17,5 %, tandis que celui appliqué aux congélateurs grimpera de 10 % à 17,5 %. Le gouvernement justifie cette décision par la volonté de protéger l’industrie locale face à la concurrence étrangère, principalement asiatique.

Cette mesure s’inscrit certes dans la stratégie d’industrialisation nationale portée par le ministère de l’Industrie, mais elle risque de peser directement sur le pouvoir d’achat des consommateurs, en particulier la classe moyenne, déjà fragilisée par la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires.

Pour les ménages marocains, cette augmentation des droits d’importation revient à un impôt indirect sur des produits de première nécessité domestique.

L’électroménager importé, notamment les marques européennes et asiatiques, reste très prisé pour leur fiabilité et leur durabilité. Or, la production locale, encore limitée, ne peut pas toujours répondre à la demande qualitative de la classe moyenne.

La quête de la fiabilité, de la durabilité et de la qualité n’est pas propre au secteur de l’électroménager, mais à d’autres branches de notre industrie.

L’autre volet des importations

Si le Maroc à travers la hausse des droits de douanes sur certains produits pourrait limiter les importations, il existe un autre volet de la rubrique que nous appelons les importations incompressibles telles que celles liées à l’énergie, au gaz butane, au blé… où la marge de manoeuvre est limitée. Le Maroc est en train de développer sa Souveraineté énergétique, sanitaire, alimentaire mais les résultats vont prendre du temps à se manifester et, partant, réduire le déficit de la balance commerciale.

D’où les actions à multiplier, en attendant que la mayonnaise de la souveraineté prenne,  pour réduire les importations de produits que nous pouvons produire au Maroc et améliorer davantage la qualité des produits fabriqués pour que le consommateur marocain privilégie le made in morocco. Il suffit de survoler les importations pour s’apercevoir que nous importons massivement des articles produits au Maroc. A ce titre, la révision des accords de libre-échange est aussi déterminante pour sauver la balance commerciale.

Le Maroc est ainsi appelé à instaurer des tarifs élevés sur les produits finis pour orienter le consommateur marocain vers la production locale et des tarifs réduits sur les intrants pour permettre aux industriels d’être compétitifs. Sans omettre la qualité, le premier critère qui fait toute la différence.

Il est aussi acculé à poursuivre ses efforts de diversification économique, renforcer sa compétitivité et accélérer sa transition énergétique. La diversification des exportations, en particulier vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée, est aussi essentielle pour réduire la vulnérabilité aux fluctuations des marchés internationaux.

 

 

 

 

 

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