Le pari d’un réalisateur marocain de 20 ans : déjà 400 millions de vues pour Revodia

À la croisée des chemins entre Paris et Casablanca, une nouvelle ère audiovisuelle se dessine sous l’impulsion d’une jeunesse audacieuse. À seulement 20 ans, le réalisateur et entrepreneur marocain Ghali Benslimane bouscule les codes de l’industrie avec sa société de production, Revodia. Découvrez comment Revodia transforme l’expérience acquise auprès des créateurs du web en un véritable tremplin pour imaginer, produire et exporter les formats d’un divertissement sans frontières.
De Paris à Casablanca, la société de production fondée par Ghali Benslimane mise sur des formats capables de circuler à l’échelle internationale. Son ambition : faire de l’expérience acquise auprès des créateurs un tremplin pour produire et exporter ses propres concepts.
Développer un studio capable d’imaginer des concepts inédits, de les produire puis, à terme, d’exporter ses propres formats et univers : telle est l’ambition de Revodia. Fondée par Ghali Benslimane, réalisateur et entrepreneur marocain de 20 ans, la société évolue dans un secteur où les frontières entre création numérique, audiovisuel et cinéma deviennent de plus en plus poreuses.
Né à Casablanca, Ghali Benslimane se passionne très tôt pour l’image, Internet et le cinéma. Il apprend le montage, la narration et la réalisation en expérimentant lui-même, d’abord sur des projets modestes, puis sur des productions de plus en plus ambitieuses. Lorsqu’il rejoint Paris pour poursuivre ses études artistiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il continue en parallèle de développer son activité. De cette double culture — cinéma et création numérique — naît progressivement Revodia.
Ces dernières années, la création en ligne a considérablement changé d’échelle. Les grands créateurs ne se limitent plus à des vidéos face caméra tournées dans une chambre. Certains projets mobilisent aujourd’hui plusieurs caméras, des équipes techniques, des studios, des décors, une direction artistique et des moyens de production autrefois davantage associés à la télévision ou à la publicité.
Dans le même temps, les frontières entre YouTube, plateformes de streaming, télévision, publicité et cinéma se resserrent. Les créateurs empruntent les codes de productions traditionnelles, tandis que les studios et les marques s’intéressent davantage aux formats et aux audiences nés sur Internet. Pour Ghali Benslimane, cette convergence crée un espace dans lequel une nouvelle génération de studios peut émerger.
C’est dans cet environnement qu’il développe son expérience. Il participe à des productions autour de créateurs comme Julien Song, Stundzow ou Jayzz. Selon les projets, son rôle couvre la conception, la préproduction, le tournage, la réalisation, le montage ou encore la postproduction.
Les projets auxquels Ghali Benslimane et les équipes de Revodia ont contribué cumulent aujourd’hui près de 400 millions de vues, principalement auprès d’audiences francophones. Un chiffre qui constitue moins une finalité qu’un terrain d’apprentissage : comprendre ce qui capte l’attention, comment une idée devient un format identifiable, comment se construit une narration et de quelle manière un contenu finit par rencontrer son public.
Cette expérience intervient dans un marché qui évolue aussi du côté des créateurs eux-mêmes. À mesure que leurs audiences grandissent, certains structurent leurs propres équipes et internalisent une part croissante de leur production.
Lors d’un échange récent avec Ghali Benslimane, Henry Tran, l’une des figures historiques de YouTube en France, suivi par près de 1,8 million d’abonnés sur sa chaîne principale, expliquait avoir déjà intégré en interne une partie importante de ses besoins de production. Un exemple qui illustre une tendance plus large : les créateurs les plus établis fonctionnent progressivement comme de véritables médias, avec leurs propres producteurs, monteurs et équipes créatives.
Pour les sociétés de production extérieures, cette évolution change la donne. Leur valeur ne peut plus reposer uniquement sur leur capacité à exécuter un tournage ou à assurer une postproduction. Elle se déplace aussi vers ce qui précède la production : l’idée, le concept, le format et la capacité à construire une propriété intellectuelle.
C’est précisément sur ce terrain que Revodia veut désormais investir davantage.
La société continue de produire pour des créateurs, des entrepreneurs et des marques, mais souhaite parallèlement développer ses propres concepts, formats et univers narratifs. Les productions commerciales permettent de renforcer les équipes, les méthodes et les capacités techniques du studio ; cette infrastructure doit ensuite servir au développement de créations dont Revodia pourra être à l’origine.
L’ambition est ainsi de dépasser progressivement le modèle d’une société qui produit uniquement les projets de ses clients pour construire un studio capable d’imaginer, produire et développer ses propres propriétés intellectuelles.
L’évolution rapide des outils de création renforce cette possibilité. Intelligence artificielle générative, effets visuels, robotique de tournage, automatisation de certaines étapes ou outils de prévisualisation élargissent ce qu’une équipe relativement compacte peut aujourd’hui envisager.
Revodia expérimente déjà cette approche hybride sur ses productions. Le tournage, les acteurs, les décors, la réalisation, la direction artistique et les équipes techniques restent au cœur du processus, tandis que les nouveaux outils peuvent prolonger certaines images, faciliter la préparation de séquences complexes ou rendre accessibles des univers qui auraient auparavant nécessité des moyens beaucoup plus importants.
La technologie n’est donc pas envisagée comme un substitut à la création humaine, mais comme un moyen d’en repousser les limites.
Cette transformation peut également modifier la géographie de la production audiovisuelle.
Paris occupe aujourd’hui une place importante dans l’activité de Revodia. La capitale française rapproche la société de créateurs installés, de marques, de techniciens et d’un marché audiovisuel majeur. Mais le Maroc demeure central dans sa stratégie à long terme.
Le pays possède déjà une histoire importante liée au cinéma et aux tournages internationaux. Il dispose aussi d’une nouvelle génération de techniciens, monteurs, artistes numériques, développeurs et créatifs capables de travailler directement sur des productions destinées à des marchés étrangers.
Revodia veut construire un pont entre ces deux écosystèmes : conserver une proximité avec le marché européen tout en développant progressivement depuis Casablanca une partie de ses capacités de production, de postproduction, d’effets visuels et de technologies créatives.
Avec, à terme, une ambition qui dépasse l’accueil ou l’exécution de productions conçues à l’étranger : faire également naître au Maroc des concepts pensés dès leur origine pour circuler à l’international.
Cette perspective accompagne une évolution plus générale de l’industrie. À mesure que les outils rendent certaines productions plus accessibles, la capacité à créer des univers ambitieux dépend moins exclusivement de la présence dans les grands centres historiques de l’audiovisuel.
Pour Ghali Benslimane, la question est donc simple : si un studio peut réunir les talents, les méthodes et les technologies nécessaires, pourquoi les prochains grands formats internationaux devraient-ils nécessairement être imaginés à Los Angeles, Londres ou Paris ?
Casablanca peut aussi devenir l’un des lieux où ils se conçoivent, se produisent et s’exportent.
À 20 ans, Ghali Benslimane mesure le chemin qui sépare encore Revodia d’un studio capable de développer des œuvres originales à grande échelle. La stratégie se veut progressive : s’appuyer sur les productions commerciales pour renforcer l’expertise de la société, constituer ses équipes, expérimenter de nouveaux outils et réinvestir progressivement dans ses propres créations.
À terme, Revodia veut pouvoir accompagner un projet depuis sa première idée jusqu’à sa distribution : conception, production, postproduction, technologies créatives, développement de formats et création d’univers originaux.
Les près de 400 millions de vues donnent aujourd’hui une mesure de l’expérience déjà acquise. Le prochain défi consiste à la transformer en capacité de création : faire de Revodia un studio capable non seulement de produire les contenus des autres, mais aussi de faire naître et d’exporter ses propres histoires depuis Paris et Casablanca.

