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Economie

Marché du travail au Maroc : défis et pistes d’amélioration

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Ecrit par S. Es-Siari I

Au Maroc, le marché du travail est marqué par un dynamisme démographique et économique majeur. Il est par ailleurs confronté à trois défis majeurs : un chômage persistant, une inadéquation entre les compétences et les besoins du marché et une faible participation des jeunes et des femmes. Après cette radioscopie, Aomar Ibourk et Tayeb Ghazi du PCNS rappellent dans une étude que pour y faire face, l’Etat a mis en place des politiques actives du marché du travail (PAMT) à travers l’ANAPEC.

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Les deux auteurs expliquent dans la présente étude comment les programmes ont contribué à la création d’emplois et à l’amélioration de l’employabilité. Toutefois, ils n’omettent pas de noter que des faiblesses persistent notamment en termes de ciblage, de couverture géographique, d’accompagnement de bénéficiaires, et de coordination entre les différents acteurs.

A la croisée des évolutions économiques, sociales et politiques, le marché du travail marocain est confronté, faut-il le reconnaître, à des enjeux dont la nature est à la fois complexe et transversale. En tête de ces enjeux figure la mise en relation de l’offre et de la demande du travail tout en assurant une adéquation entre les compétences des demandeurs d’emploi et les besoins des employeurs.

« Cela se traduit au Maroc, via la forte demande sociale pour l’emploi décent dans un contexte d’une transition démographique avancée, accompagnée d’une urbanisation accrue, et d’une hausse des besoins en termes d’accès aux services sociaux de base », expliquent les auteurs du Policy Center (PCNS).

Et d’enchaîner : « Ce défi nous interpelle quant au paradigme de la création d’emploi, qui n’est pas une simple résultante des politiques macroéconomiques et stratégies sectorielles et commerciales, au moment où la création d’emplois connait une baisse permanente depuis environ une décennie ».

Les questions fondamentales de la formation et du développement des compétences des travailleurs sont par ailleurs au cœur des préoccupations du marché du travail, mais aussi des institutions éducatives et des organismes de formation, chargés des programmes en la matière. C’est le cas concernant l’investissement des entreprises dans la formation en vue d’améliorer la productivité de leurs employés et leur adaptabilité aux changements de leur environnement, notamment technologique.

Le marché du travail se heurte également au dividende démographique, à la qualité du capital humain, à l’essoufflement et du renouveau des modèles de croissance et de développement, de la compétitivité tant au niveau national qu’international, de la hausse significative de la productivité du travail, aspirations sociales, pour se limiter à ces quelques contraintes.

Aussi, le marché du travail marocain est-il  aujourd’hui en butte à une variété d’enjeux supplémentaires. Il s’agit notamment de la protection des travailleurs, où des lois et réglementations visent à prévenir les abus et les pratiques illégales, garantissant ainsi la sécurité, la santé au travail, la durée du travail, le salaire minimum et les congés payés.

Parallèlement, il est essentiel de promouvoir l’égalité des chances en luttant contre les discriminations en matière d’emploi, afin de garantir à tous un accès équitable à l’emploi, indépendamment de l’origine, du sexe, de l’âge, du handicap ou de l’orientation sexuelle.

En résumé, le marché du travail marocain est aujourd’hui confronté à des défis complexes et interconnectés, illustrés par les insuffisances en termes de réalisation des objectifs de la Stratégie Nationale pour l’Emploi du Maroc (2015-2025). Ces défis se manifestent notamment par des créations d’emplois qui présentent des lacunes tant en quantité qu’en qualité.

« En effet, le nombre d’emplois reste insuffisant et évolue à un rythme modéré, avec seulement environ 40 % de la population de 15 ans et plus qui est occupée, contre 52 % dans les pays à revenu moyen inférieur. De plus, la qualité des emplois laisse à désirer, avec près de la moitié considérés comme vulnérables, caractérisés par une couverture sociale limitée. Cette situation souligne l’urgence d’interventions ciblées et efficaces pour stimuler la création d’emplois de meilleure qualité et renforcer la protection sociale des travailleurs au Maroc », alertent les auteurs du PCNS.

Les NEET : cette bombe à retardement

Outre ce qui précéde, la situation des jeunes sur le marché du travail au Maroc est particulièrement préoccupante, avec un quart des jeunes âgés de 15 à 24 ans -où l’équivalent de 1,5 million- se retrouvant inactifs, ni en emploi ni en formation (NEETs). Cette réalité est particulièrement alarmante pour les jeunes femmes qui représentent une part plus importante dans cette catégorie, atteignant environ 72,8 %.

Une chose est sûre : la situation des jeunes sur le marché du travail au Maroc est particulièrement préoccupante, avec un quart des jeunes âgés de 15 à 24 ans -où l’équivalent de 1,5 million- se retrouvant inactifs, ni en emploi ni en formation (NEETs). Cette réalité est particulièrement alarmante pour les jeunes femmes qui représentent une part plus importante dans cette catégorie, atteignant environ 72,8 %.

De plus, l’examen de la composition des NEETs révèle une prévalence marquée parmi ceux ayant un niveau d’éducation primaire et intermédiaire, mettant en lumière une disparité significative en termes d’accès à l’emploi et à la formation, en particulier pour les jeunes femmes. Ces constats soulignent l’importance cruciale d’adopter des politiques visant à renforcer l’employabilité des jeunes, en particulier des jeunes femmes, et à faciliter leur intégration dans le marché du travail.

Formes d’intervention de l’État sur le marché du travail : pertinence et répercussions

L’intervention de l’État sur le marché du travail au Maroc est non seulement justifiée, mais également impérative, face aux défaillances observées sur le marché et aux insuffisances constatées dans la réalisation des objectifs politiques. Les lacunes dans la coopération entre employeurs et travailleurs, les pratiques d’embauche et de licenciement rigides, ainsi que la faible flexibilité dans la détermination des salaires témoignent des dysfonctionnements du marché.

Ces éléments, combinés à une série d’objectifs politiques non atteints, tels que la promotion d’un volume d’emploi adapté à la demande, la réduction des inégalités entre hommes et femmes en termes d’accès à l’emploi et la formation, et la nécessité de renforcer la protection sociale des travailleurs, soulignent l’urgence d’une intervention étatique.

En prenant des mesures appropriées pour corriger ces défaillances et mettre en œuvre des politiques efficaces, l’État peut jouer un rôle crucial dans la création d’un environnement de travail plus flexible, compétitif et équitable, favorable à la croissance économique et à l’inclusion sociale.

L’intervention de l’État dans le marché du travail se manifeste généralement à travers trois formes principales. Tout d’abord, les services relatifs au marché du travail englobant les dépenses pour les services publics de l’emploi et autres agences financées publiquement, qui facilitent l’insertion des chômeurs sur le marché du travail et assistent les employeurs dans la sélection du personnel.

Ensuite, les politiques actives visant à accroître l’emploi et les salaires des personnes rencontrant des difficultés à intégrer le marché du travail. Enfin, les politiques passives sont conçues pour améliorer le bien-être des populations défavorisées sans nécessairement chercher à améliorer leurs performances sur le marché du travail. Ces différentes formes d’intervention de l’État visent à répondre aux divers défis du marché du travail et à promouvoir l’inclusion sociale et l’emploi.

Les recommandations des auteurs :

Les deux auteurs formulent une série de recommandations pour améliorer l’efficacité des PAMT, notamment :

  • Elargir la cible des programmes : inclure les jeunes en rupture de scolarité, les jeunes diplômés des petites villes, les chômeurs de longue durée, et les personnes en situation de handicap ;
  • Améliorer le ciblage : adapter les programmes aux besoins spécifiques de chaque groupe de bénéficiaires ;
  • Renforcer l’accompagnement : offrir un accompagnement personnalisé et un suivi régulier ;
  • Renforcer la coordination : améliorer la collaboration entre les différents acteurs impliqués dans les politiques d’emploi ;
  • Adopter une approche territoriale : adapter les programmes aux réalités locales et décentraliser les services ;
  • Intégrer les nouvelles technologies : utiliser les technologies pour faciliter l’accès à la formation, à l’information, et aux services d’emploi.

En conclusion, les auteurs affirment que l’efficacité des PAMT dépend de leur conception, de leur mise en œuvre et de leur évaluation rigoureuse. L’amélioration de ces programmes est essentielle pour construire un marché du travail plus inclusif, plus résilient, et plus performant au Maroc.

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