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Economie Nationale

Maroc : derrière la résilience économique, les fragilités qui inquiètent la Banque mondiale

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Alors que les tensions géopolitiques continuent de secouer le Moyen-Orient et que les incertitudes pèsent sur les marchés mondiaux de l’énergie, le Maroc apparaît comme l’une des économies les plus résilientes de la région. Dans son rapport Middle East, North Africa, Afghanistan & Pakistan Economic Update, la Banque mondiale souligne la solidité des fondamentaux macroéconomiques du Royaume, tout en alertant sur plusieurs vulnérabilités susceptibles d’entraver sa trajectoire de croissance à moyen terme.

Après une croissance estimée à 4,9 % en 2025, l’économie marocaine devrait enregistrer une progression de 4,4 % en 2026 avant de ralentir modérément à 4,0 % en 2027. Selon la Banque mondiale, cette dynamique repose sur plusieurs moteurs : la vigueur de la demande intérieure, le maintien des investissements publics dans les infrastructures, la bonne tenue du secteur touristique ainsi que la progression des exportations.

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Dans une région confrontée aux conséquences économiques du conflit du Golfe et à la fermeture du détroit d’Ormuz, ces performances témoignent de la capacité du Maroc à absorber les chocs extérieurs mieux que de nombreux pays importateurs d’énergie de la région.

L’inflation devrait par ailleurs demeurer contenue, passant de 0,8 % en 2025 à 1,2 % en 2026, avant d’atteindre 1,8 % en 2027. Un niveau relativement faible à l’échelle régionale qui traduit une certaine stabilité macroéconomique.

L’émergence d’un nouveau moteur de croissance

L’un des constats les plus marquants du rapport concerne la montée en gamme progressive de l’économie marocaine. La Banque mondiale souligne que le Maroc figure désormais parmi les principaux exportateurs régionaux de produits liés aux technologies avancées et à l’intelligence artificielle. Les exportations de haute technologie représentent plus de 5 % des exportations manufacturières nationales, illustrant une intégration croissante dans les chaînes de valeur mondiales à forte valeur ajoutée.

Cette évolution conforte les ambitions du Royaume de devenir une plateforme industrielle et technologique régionale, capable d’attirer davantage d’investissements dans les secteurs innovants.

La dépendance énergétique, principal talon d’Achille

Derrière ces performances encourageantes, la Banque mondiale identifie toutefois plusieurs facteurs de risque. Le premier demeure la dépendance énergétique. En tant qu’importateur net d’hydrocarbures, le Maroc reste directement exposé à toute hausse durable des prix du pétrole et du gaz.

L’augmentation du coût des importations énergétiques devrait ainsi contribuer à la dégradation du déficit courant, attendu à 3,6 % du PIB en 2026 contre 2,1 % en 2025. Cette pression pourrait affecter la balance extérieure, les finances publiques et les coûts de production des entreprises.

Même si les programmes d’énergies renouvelables ont permis de réduire une partie de cette exposition, la question de la souveraineté énergétique demeure un enjeu stratégique majeur pour la prochaine décennie.

Le climat, une menace économique croissante

Le rapport attire également l’attention sur les risques climatiques qui pèsent sur l’économie marocaine. La vulnérabilité du secteur agricole face aux sécheresses récurrentes continue d’affecter la stabilité de la croissance nationale. Dans un pays où l’agriculture demeure un secteur clé pour l’emploi et les revenus ruraux, les épisodes climatiques extrêmes peuvent rapidement se répercuter sur l’activité économique globale.

Au-delà de l’agriculture, les tensions sur les ressources hydriques, les besoins croissants en infrastructures résilientes et les coûts d’adaptation au changement climatique constituent désormais des enjeux économiques majeurs.

Une économie plus innovante, mais encore en transition

La Banque mondiale estime également que la transformation structurelle de l’économie devra s’accélérer pour réduire sa dépendance aux secteurs vulnérables aux chocs extérieurs. Malgré les avancées observées dans les technologies avancées, le numérique et l’intelligence artificielle, le défi consiste désormais à diffuser cette dynamique à l’ensemble du tissu productif.

Le renforcement de la recherche-développement, l’amélioration de la productivité et l’adaptation des compétences aux nouveaux besoins de l’économie apparaissent comme des leviers essentiels pour soutenir une croissance durable.

Quelles priorités pour consolider la résilience du Maroc ?

À la lumière des constats du rapport, plusieurs orientations stratégiques se dégagent.

La première consiste à accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, les infrastructures de stockage et les projets liés à l’hydrogène vert afin de réduire durablement la dépendance énergétique du pays.

La deuxième concerne le capital humain. Le développement des compétences numériques, de l’ingénierie avancée et des métiers de la transition énergétique apparaît indispensable pour accompagner l’évolution du modèle économique.

Troisième priorité : renforcer la résilience climatique à travers une gestion plus efficiente des ressources en eau, la modernisation de l’agriculture et l’accélération des investissements dans les infrastructures d’adaptation.

Enfin, le Maroc gagnerait à poursuivre sa stratégie de diversification des marchés d’exportation et de montée en gamme industrielle afin de mieux résister aux fluctuations de la demande mondiale.

Le diagnostic de la Banque mondiale est globalement positif : le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts solides, notamment une croissance supérieure à la moyenne régionale, une inflation maîtrisée, un secteur touristique dynamique et une insertion croissante dans les industries technologiques.

Mais le message du rapport est également un appel à l’anticipation. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, les mutations énergétiques et les défis climatiques, la véritable question n’est plus seulement celle de la croissance, mais celle de sa durabilité. La capacité du Royaume à transformer ses vulnérabilités en opportunités déterminera sa compétitivité et sa résilience au cours de la prochaine décennie.

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