Mobilité électrique au Maroc : ces goulots d’étranglement

Bien parti pour se positionner de plus en plus comme une plaque tournante importante d’influence stratégique et d’innovation dans le paysage changeant de la transition vers les véhicules électriques en Afrique, le Maroc tend à s’intégrer davantage dans les chaînes de valeur mondiales et à renforcer sa position de leader en matière de développement industriel durable. Pourtant, certains freins brisent ses ambitions.
Bien qu’il en soit aux premiers stades du développement de son industrie nationale des véhicules électriques, le Maroc s’est imposé comme la principale puissance du secteur automobile africain – récemment depuis que le pays a dépassé l’Afrique du Sud en 2018 en tant que plus grand constructeur automobile du continent. Le rôle du Maroc dans la transition des véhicules électriques est diversifié, capitalisant sur son statut de leader mondial des énergies renouvelables, sa maîtrise de la fabrication automobile, sa proximité avec le marché de l’UE et son accès à des matières premières cruciales pour la production de batteries.
En outre, le Maroc forme activement de nouveaux partenariats stratégiques dans les secteurs des véhicules électriques et de l’énergie, affirmant ainsi son engagement à diriger des chaînes d’approvisionnement automobiles entièrement décarbonées. Cet alignement stratégique place le pays à l’avant-garde de la politique économique du XXIe siècle. Dans ce contexte, le Maroc se distingue comme un acteur incontournable, bénéficiant d’un ensemble d’avantages stratégiques.
Comme décrit, le Maroc se trouve à un tournant dans son cheminement vers le développement durable, l’électromobilité apparaissant comme une voie prometteuse pour réduire les émissions et transformer son secteur des transports.
Cependant, malgré le potentiel et les avantages, de nombreux défis entravent l’adoption généralisée et l’utilisation efficace des véhicules électriques dans le pays, affectant ainsi également le développement des chaînes de valeur des véhicules électriques, un rapport de la GIZ s’est intéressé de près à ses goulots d’étranglement.
A commencer par un Cadre politique et réglementaire propice à porter les ambitions du Maroc. En effet, l’absence d’un cadre politique complet et cohérent constitue un obstacle important à l’adoption généralisée de l’électromobilité au Maroc.
Bien que le gouvernement ait introduit des initiatives telles que des incitations fiscales et des exonérations pour les véhicules électriques, le manque de planification stratégique à long terme et l’ambiguïté réglementaire étouffe la croissance de l’industrie.
De plus, les incohérences en matière de licences, d’enregistrement et de taxation compliquent encore davantage le processus d’achat de véhicules électriques, dissuadant les acheteurs potentiels et les fabricants. Un autre défi majeur dans la promotion de l’électromobilité au Maroc est la nécessité de se concentrer sur une gouvernance globale des véhicules électriques.
Étant donné que la promotion globale de l’électromobilité implique plusieurs ministères et parties prenantes, il est essentiel d’établir des mécanismes de coordination efficaces pour rationaliser et harmoniser l’élaboration des politiques et la coordination entre le gouvernement, le secteur privé et d’autres acteurs concernés.
Établir les lignes directrices pour le déploiement des véhicules électriques s’avère primordial pour favoriser un environnement propice à l’électromobilité au Maroc.
L’autre boulet et qui est souvent pointé du doigt par le secteur privé c’est l’infrastructure ou plutôt son insuffisance.
Même si le Maroc a fait des progrès dans l’implantation de bornes de recharge dans les centres urbains comme Casablanca, Rabat et Tanger, le réseau reste clairsemé, notamment dans les zones rurales. Cette carence décourage les acheteurs potentiels de VE, craignant l’angoisse d’autonomie et les désagréments lors des longs trajets. De plus, les disparités dans le développement des infrastructures exacerbent les disparités socio-économiques, dans la mesure où l’accès aux installations de recharge des véhicules électriques devient limité à certaines parties de la population (urbaine).
Par ailleurs, l’électromobilité étant relativement récente et méconnue, semble rédhibitoire en raison de son coût, surtout en l’absence de mécanisme de soutien spécifique applicable aux projets d’investissement à caractère stratégique. En effet, malgré les incitations gouvernementales visant à promouvoir l’adoption des véhicules électriques, le coût initial des véhicules électriques reste prohibitif. La disparité de prix entre les ICEV conventionnels et les VE, associée aux incitations financières limitées pour les consommateurs, compromet l’abordabilité et l’accessibilité des options de transport électrique. Autre, volet sur lequel il faut agir notamment auprès du grand public est la sensibilisation. Les idées fausses concernant les performances, la fiabilité et les avantages environnementaux des véhicules électriques persistent, freinant la demande et la pénétration du marché. Des campagnes de sensibilisation du public, des initiatives éducatives et des manifestations efficaces soulignant les avantages de l’électromobilité sont essentielles pour changer les perceptions et favoriser une culture de durabilité et d’innovation.
Sur un autre registre, tout aussi important, le rapport de la GIZ souligne que bien que les progrès de la technologie des batteries aient amélioré la densité énergétique et réduit les coûts à l’échelle mondiale, le Maroc est à la traîne en matière de R&D dans ce domaine critique.
La dépendance à l’égard de la technologie des batteries importées non seulement fait grimper les coûts, mais rend également le pays vulnérable aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Investir dans les capacités locales de fabrication de batteries et favoriser les partenariats avec les leaders mondiaux de la technologie des batteries pourraient atténuer ces défis et renforcer la position du Maroc dans le paysage de l’électromobilité.
Alors que le Maroc s’est bien positionné sur l’échiquier de l’industrie automobile mondiale, se frayer une place au soleil des véhicules électriques se heurte à un problème de taille : le stress hydrique.
Le climat aride du pays et les ressources limitées en eau douce présentent des obstacles à la production à grande échelle de véhicules électriques et de leurs composants, en particulier dans les processus de fabrication gourmands en eau tels que la production de batteries.
Le Maroc est en train d’étendre sa position de constructeur automobile leader en Afrique et de bénéficier de l’évolution rapide du paysage industriel mondial en ce qui concerne la transition vers l’électromobilité. Afin de réaliser tout le potentiel de la révolution industrielle en cours vers l’électromobilité et la « triple transition » associée, une approche holistique est recommandée selon la GIZ.
Cela passe en premier lieu par le développement d’une gouvernance intégrée et un cadre politique pour la « triple transition », ce qui implique un engagement des parties prenantes et un cadre politique qui intègrent de manière transparente les secteurs de l’énergie, des transports et du numérique, faisant ainsi progresser la « triple transition » vers les véhicules électriques, les énergies renouvelables et les technologies numériques.
Il faut également concevoir des politiques qui encouragent des infrastructures de recharge généralisées et innovantes et promouvoir l’utilisation de sources d’énergies renouvelables dans les infrastructures de recharge des véhicules électriques, en favorisant la collaboration entre les secteurs de l’énergie et des transports.
Ce cadre devrait mettre l’accent sur les réseaux intelligents et la technologie véhicule-à-réseau (V2G), et inclure des modèles commerciaux tels que la batterie en tant que service (BaaS) et les services innovants de recharge de batteries de véhicules électriques.
Sans oublier de proposer une combinaison d’incitations fiscales et non fiscales, telles que des allègements fiscaux, des subventions et des programmes préférentiels de stationnement et d’accès aux véhicules électriques. Établissez des bacs à sable réglementaires pour permettre des tests contrôlés de nouvelles technologies et de modèles commerciaux intégrés pour les énergies renouvelables et les véhicules électriques.
Un autre niveau de mesures s’impose au Maroc notamment la recherche et développement. Pour renforcer le rôle du Maroc dans le secteur de l’électromobilité et de l’innovation Made in Morocco, concentrer l’accent sur la R&D en encourageant la collaboration entre les institutions universitaires, les centres de recherche et les entreprises privées. Développer des incitations à la R&D et introduire des programmes éducatifs visant à intégrer la technologie et les modèles commerciaux des véhicules électriques et énergétiques.
Pour ce faire, il est crucial de mettre en œuvre des politiques qui attirent les investissements étrangers tout en favorisant l’entrepreneuriat et les start-ups locales. Et bien sûr, renforcer les institutions de recherche sur les batteries telles que le Centre d’excellence sur les batteries (CEB@UPF).
Aussi, le Maroc gagnerait-il à développer un cadre complet pour façonner activement des normes industrielles robustes, en particulier pour la fabrication et le recyclage des batteries, ainsi que de nouvelles technologies telles que l’échange de batteries.
Il est évident par ailleurs, et face aux doléances de différents acteurs notamment du privé, il est impératif de développer un système d’infrastructure holistique : faire de l’expansion du réseau de recharge des véhicules électriques une priorité absolue dans le cadre plus large du développement des infrastructures, y compris les installations d’échange de batteries.
Et cela ne concerne pas uniquement l’échelle micro puisque la GIZ recommande d’exploiter les technologies numériques pour établir un réseau de transport connecté et intelligent, améliorant ainsi l’efficacité et la sécurité des véhicules électriques et de favoriser le développement de plateformes de mobilité intelligente dans les centres de contrôle des villes intelligentes offrant des données en temps réel sur la disponibilité des bornes de recharge, les conditions de circulation et les performances des véhicules électriques.
Le financement étant le nerfs de la guerre, le rapport de la GIZ suggère une collaboration avec les institutions financières pour développer des options de financement spécialisées pour l’achat de véhicules électriques, les installations d’infrastructures de recharge et les investissements dans des entreprises connexes. Cela pourrait impliquer des partenariats avec des banques, des coopératives de crédit et des sociétés de capital-risque pour fournir des prêts abordables, des options de location et des opportunités d’investissement dans le secteur de l’électromobilité.
Mais pas seulement. Les ambitions du Maroc passent également par des stratégies ciblées de développement du marché du travail adaptées aux besoins du secteur de l’électromobilité au Maroc, avec un accent particulier sur la promotion de la participation des femmes et des jeunes. S’inscrire dans une démarche de durabilité est plus qu’un leitmotiv pour le Maroc qui doit se donner les moyens de ses ambitions. Il faudra néanmoins veiller à ce que le grand public adhère aussi à cette ambition à travers des campagnes de sensibilisation pour éduquer les citoyens sur les avantages de l’électromobilité, en mettant l’accent sur la durabilité environnementale, l’efficacité énergétique et les avantages économiques.

