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Société

Personnes âgées : près de 900 MDH pour la 1e stratégie du genre au Maroc

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Ecrit par Imane Bouhrara I

La part des personnes âgées de 60 ans et plus est passée de 9,4% en 2014 à 12,7 % en 2023, et d’ici 2050 elle représentera près d’un quart de la population marocaine. A cet effet, le Maroc a lancé la première Stratégie Nationale de la Santé des Personnes Âgées qui vient définir les orientations majeures et le cadre national d’intervention, permettant l’harmonisation de la prise en charge globale et transversale de cette population, dans notre pays, tout en optimisant la mobilisation efficiente des ressources disponibles. Le budget prévisionnel de la stratégie frôle les 900 MDH, essentiellement financés par le budget de l’Etat.

Comment contribuer à l’amélioration de l’état de santé des personnes âgées et la préservation de leur bien-être dans le cadre d’une approche intégrée et participative ? C’est l’objectif général de la première Stratégie Nationale de la Santé des Personnes Âgées au Maroc (2024-2050).

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Le pays se trouve confronté, à l’instar de la majorité des pays à l’échelle mondiale, à un vieillissement de sa population.

Les études nationales, publiées par le Haut-Commissariat au Plan, mettent en exergue que la part des personnes âgées de 60 ans et plus est passée de 9,4% en 2014 à 12,7 % en 2023, et d’ici 2050 elle représentera près d’un quart de la population marocaine.

Selon le ministre de la Santé, cette évolution résulte certes des changements socio-économiques et culturels que connait notre pays, mais elle est également le fruit des avancées réalisées par les politiques nationales de la santé à travers l’amélioration de l’accès aux services de santé, de la prévention ciblant les maladies évitables ainsi que de la qualité de la prise en charge des maladies non transmissibles, tout en favorisant la promotion des modes de vie sains et l’adoption du self care.

Sur le plan démographique, ces progrès se sont traduits par un prolongement de l’espérance de vie à la naissance, estimée à 76,6 années en 2020. En d’autres termes, si dans les années soixante du siècle dernier, le citoyen marocain espérait à sa naissance, vivre en moyenne 47 ans, son espérance de vie en 2020, s’est prolongée de plus de trente ans. Ce bénéfice reste comme produit essentiel de la diminution de la mortalité aux différents groupes d’âge ainsi que de l’amélioration des conditions de vie et de santé.

Cette évolution favorable de l’espérance de vie, liée à l’amélioration du bien-être relatif à la santé, reflète les effets de la transition démographique qui a induit une transition épidémiologique marquée par une recrudescence des maladies non transmissibles, l’installation en cascade des poly-pathologies et la survenue des incapacités fonctionnelles et des déficits cognitifs, favorisant le glissement vers la perte d’autonomie et le handicap.

Et c’est là la source d’une préoccupation capitale et un défi majeur pour le système de santé marocain, d’autant plus qu’il entraîne l’augmentation inflationniste des dépenses publiques en soins de santé et accentue la précarité et la vulnérabilité des familles.

C’est dans ce contexte que l’élaboration de la première Stratégie Nationale de la Santé des Personnes Âgées vient définir les orientations majeures et le cadre national d’intervention, permettant l’harmonisation de la prise en charge globale et transversale de cette population, dans notre pays, tout en optimisant la mobilisation efficiente des ressources disponibles.

La Stratégie s’inscrit dans la lignée des préoccupations exprimées par Sa Majesté le Roi, à l’occasion du 21ème anniversaire de la fête du Trône, soulignant « I ‘intérêt bienveillant que je porte à la santé de chaque citoyen marocain et à la sécurité de sa famille est à l’aune de mes préoccupations à l’égard de mes propres enfants et de ma propre famille… ».

La Stratégie adhère, également, aux engagements internationaux du Royaume et particulièrement ceux avec l’Organisation Mondiale de la Santé en adoptant le concept « Vieillir en bonne santé », et soutient la réalisation des Objectifs de Développement Durable, visant à réduire les inégalités en matière de santé et à améliorer le bien-être et la qualité de vie des personnes âgées et de leurs familles.

Par ailleurs, Il convient de noter que le lancement de cette Stratégie coïncide avec une conjoncture nationale propice, marquée par la généralisation de la protection sociale à tous les citoyens marocains et qui aura des effets tangibles directs sur l’amélioration des conditions de vie et du pouvoir d’achat des personnes âgées. Elle concorde, également, avec le lancement du chantier de la nouvelle réforme du système de santé national visant la régionalisation de la prise en charge des citoyens, ainsi qu’avec l’adoption du registre social unique qui va permettre un meilleur ciblage des populations démunies, y compris celles des personnes âgées.

900 MDH, 115 mesures autour de 5 axes stratégiques

L’amélioration de la situation des sujets âgés, dans notre pays, requiert une appropriation nationale effective de la problématique du vieillissement rapide de la population. Cela implique l’intégration des besoins spécifiques de cette tranche d’âge dans les politiques nationales de développement ainsi que l’efficacité de la collaboration intersectorielle et de la participation communautaire, dans le respect de la dignité des citoyens âgés marocains et de leur droit à la participation et à l’inclusion sociale.

L’ossature de la stratégie se construit donc autour de 5 axes stratégiques d’intervention regroupant quelque 115 mesures spécifiques.

En premier lieu, la promotion et la prévention pour un vieillissement en bonne santé, qui passent par des modes de vie sains, la prévention des malades et carences évitables par la vaccination et les supplémentations chez les sujet âgés, la prévention des accidents domestiques et favoriser le bon usage des médicaments.

D’ailleurs, l’une des mesures prévoit d’instaurer « la classe des séniors » et l’implanter dans l’offre de soin spécifiques aux personnes âgées.

Justement le deuxième axe majeur de cette stratégies prévoit la création d’un service de gériatrie et gérontologie au sein de chaque CHU et chaque CHR avec des unités de cours séjour gériatrique.

Le système de santé marocain est appelé ainsi à développer et organiser les prestations de soins spécifiques aux personnes âgées tout en améliorant l’accès aux soins et aux différents programmes de santés. L’une des mesures prévoit par ailleurs d’introduire le tiers payant dans le cadre de la prise en charge des appareillages et dispositifs médicaux destinés aux personnes âgées.

Cette nouvelle orientation introduit l’impératif de renforcer la formation et les compétences des professionnels impliqués dans la prise en charges de cette catégorie de la population, notamment les médecin gériatres soit à travers la formation de base ou l’accès des médecins généralistes au diplôme universitaire de gériatrie. Ou encore la généralisation de la mise en place de la filière des soins infirmiers spécialistes en gériatrie et la formation des agents communautaires pour l’accompagnement des personnes âgées et leur faciliter l’accès aux soins.

Et autant dire, qu’il y a du pain sur la planche. En effet, en 2021, le Maroc compte au total 27.881 médecins dans les deux secteurs public et privé, dont 18.187 (65%) sont des spécialistes. La densité nationale est estimée à 7,1 médecins pour 10.000 habitants, ce qui est encore très loin du standard de l’ OMS fixé à 15,3 médecins pour 10.000 habitants (43,2 dans la région Europe). La densité du personnel infirmier est de 9,7 pour 10.000 habitants dans le secteur public et de 13,5 pour les deux secteurs, contre 16,4 dans la région OMS/EMR et 77,8 dans la région Europe. Le milieu rural souffre davantage de cette pénurie. Seuls 1.441 médecins y sont installés, soit 5,2% de l’ensemble du corps médical avec des parts respectives de 7,3% en public et 3,0% en privé. Pour le personnel infirmier exerçant dans le secteur public, leur effectif se limite à 5.639 en milieu rural, soit 15,7% de l’ensemble du personnel infirmier public, estimé à 35.789.

De plus, malgré l’existence de six résidents actuellement spécialisés en gériatrie au niveau national et l’obtention du diplôme universitaire en gériatrie, au cours des dernières années, par 200 médecins généralistes, la pénurie parmi les spécialistes impliqués dans la prise en charge des personnes âgées persiste encore de manière significative. Elle est exacerbée par une concentration très faible, voire une absence totale dans certaines régions, notamment dans les régions de Béni Mellal-Khénifra, Souss-Massa, Drâa-Tafilalet, Dakhla-Oued Ed-Dahab, Guelmim – Oued Noun et de Laayoune-Sakia El Hamra.

Le quatrième axe de la stratégie implique la mobilisation de tous pour des environnements adaptés aux besoins des personnes âgées et lutte contre l’âgisme. Cela passe par plusieurs actions dont l’institutionnalisation du statut du proche aidant. Ou encore le plaidoyer pour un revenu décent pour les personnes âgées dans le cadre du chantier de la protection sociale.

Toutes ces ambitions resteraient au stade de vœu pieu dans une amélioration de la gouvernance, du suivi-évaluation et renforcement de la recherche scientifique en rapport avec la santé des personnes âgées.

A cet effet, il est prévu de mettre en place d’un comité de pilotage national de la santé des personnes âgées pour une meilleure coordination intersectorielle, mais aussi au niveau régional. Autre mesure, l’accompagnement des groupements sanitaires territoriaux dans l’élaboration de leurs plans régionaux de santé des personnes âgées. Le renforcement du plan juridique n’est pas en reste ainsi que l’établissement d’une nomenclature générale des actes professionnels relative aux soins de santé à domicile nécessaires pour la prise en charge adéquate de la personne âgée en perte d’autonomie.

Concernant, la recherche scientifique, la stratégie plaidera pour le financement de la recherche en gériatrie et gérontologie.

La Stratégie se positionne comme un instrument de mobilisation des ressources pour renforcer la mise en œuvre des activités en faveur de l’amélioration de la santé des personnes âgées dans notre pays.

Le budget total prévisionnel alloué à sa mise en œuvre est estimé à 892.830.000 DH, étalé sur une période de sept ans. Le deuxième axe stratégique d’intervention représente la majeure partie des prévisions, totalisant 736.200.000 DH, dans le but d’améliorer l’accès de la population âgée à des prestations de soins adaptées à leurs besoins, soit près de 82,5% du montant total cumulé. L’axe d’orientation stratégique n°3, relatif au renforcement de la formation et des compétences des professionnels impliqués dans la prise en charge des sujets âgés, occupe la deuxième place des prévisions, avec un coût apprécié à 112.900.000 DH. Une attention particulière est, également, accordée au renforcement des volets promotionnel et préventif avec un budget prévu de 15.530.000 DH.

La principale source de financement est imputée au budget de l’État avec une somme estimée à 805.300.000 DH, justifiée essentiellement par les investissements nécessaires pour le renforcement de l’offre de soins en termes de structures et d’équipements adaptés aux spécificités de la population âgée. Par ailleurs, certaines mesures peuvent être cofinancées à partir du budget de l’État et des contributions des divers partenaires de coopération, totalisant ainsi un montant de 86.550.000 DH.

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