Plan Maroc Vert, Génération Green : la récolte qui n’arrive pas au panier

En près de deux décennies, le Maroc a injecté plus d’une centaine de milliards de dirhams dans son agriculture, doublé son PIB agricole et porté ses exportations agroalimentaires à des sommets. Pourtant, au souk comme à la boucherie, le citoyen ordinaire cherche encore le dividende de ces deux grandes stratégies.
Il y a dans le panier de la ménagère marocaine une vérité que les bilans officiels peinent à capter. Le kilo de viande bovine, qui se négociait entre 65 et 75 dirhams en 2021, s’affiche autour de 120 dirhams en 2026, et frôle les 200 dirhams dans certaines boucheries haut de gamme en plein été. Le poulet, longtemps protéine du pauvre, a franchi la barre des 20 dirhams le kilo. L’oignon, la tomate, les fruits ont connu leurs propres flambées, au gré des sécheresses et des humeurs des intermédiaires.
Ce constat heurte de plein fouet le récit d’une agriculture conquérante. Depuis 2008, le Royaume a déroulé successivement le Plan Maroc Vert, puis, à partir de 2020, la stratégie Génération Green 2020-2030. Deux feuilles de route ambitieuses, abondamment financées, présentées comme des modèles régionaux. Le Marocain lambda en attendait un effet simple et concret : manger mieux, et moins cher. Cet effet, il ne l’a pas ressenti.
La raison tient en une phrase, que les chiffres qui suivent vont étayer. Ces stratégies ont été conçues d’abord pour produire de la valeur, des devises et de l’influence, et seulement accessoirement pour nourrir le marché intérieur à bon prix.
Un effort financier sans précédent
Rarement un secteur aura mobilisé autant de ressources en si peu de temps. Selon le bilan officiel « Le Plan Maroc Vert : bilan et impacts 2008-2018 », le cumul des investissements agricoles a atteint 104 Mds de DH sur la décennie, dont 41 milliards d’argent public, soit 39 %, et 63 milliards d’investissements privés. Certaines présentations ultérieures arrondissent ce total à 108 milliards. Le ministère aimait rappeler que chaque dirham d’incitation publique avait entraîné 2,30 dirhams d’investissement privé.
À ces montants s’ajoutent près de 58 Mds de DH de crédits accordés par le Crédit Agricole du Maroc aux projets agricoles, et plus de 34 milliards mobilisés auprès des bailleurs internationaux. L’édifice institutionnel a suivi : 19 contrats-programmes signés avec les filières, 12 plans agricoles régionaux, quatre nouvelles agences et quelque 4 500 textes juridiques entrés en vigueur.
Génération Green a prolongé l’effort en changeant de discours. La nouvelle stratégie place « l’élément humain » au centre, promet l’émergence d’une classe moyenne agricole et vise un PIB agricole de 200 à 250 Mds de DH à l’horizon 2030. Le seul volet hydraulique a absorbé 28 milliards de dirhams entre 2020 et mi-2024, entre irrigation et dessalement. Le ministère a en outre lancé en 2025 une étude de bilan à mi-parcours, d’un coût de 9,9 millions de dirhams, dont les conclusions sont attendues pour proposer un « plan d’accélération » d’ici 2030.
Il faut enfin compter les dépenses de crise, qui ne figurent dans aucune stratégie mais en sont le revers. Le programme de soutien à l’élevage a mobilisé, selon les estimations débattues au Parlement, jusqu’à 13 Mds de DH sur 2022-2026, chiffre que le gouvernement a contesté. La charge de compensation, qui soutient le butane, le sucre et la farine de blé tendre, est programmée à 13,77 Mds de DH pour 2026.
Des réalisations réelles, tournées vers l’extérieur
Il serait injuste de nier les résultats. Le PIB agricole est passé d’une base comprise entre 65 et 79 milliards de dirhams selon les sources à 125 milliards en 2018, puis à plus de 127 milliards en 2021. Le revenu agricole par habitant aurait progressé de 5 700 à 9 500 dirhams, et les autorités revendiquent entre 250 000 et 350 000 équivalents emplois créés. Les surfaces irriguées au goutte-à-goutte ont plus que triplé, pour une économie d’eau estimée à 2 milliards de mètres cubes.
Mais c’est à l’export que la transformation est la plus spectaculaire. Les exportations agricoles sont passées de 15,2 Mds de DH en 2008 à 36,3 milliards en 2018, soit un rythme de croissance proche de 10 % par an. Intégrant les produits transformés, les exportations agroalimentaires ont ensuite poursuivi leur envolée : près de 62 milliards de dirhams en 2020, et un record de 86,2 milliards en 2025, en hausse de 38 % en cinq ans. Tomates, fruits rouges, agrumes, avocats, maraîchage primeur : le Maroc s’est imposé comme un fournisseur de premier plan des étals européens.
Le bénéfice pour la balance commerciale est indéniable. Entre 2008 et 2018, le déficit commercial agricole a reculé d’environ 31 %, de 25,2 à 17,4 milliards de dirhams, grâce, souligne le bilan officiel, à la hausse des ventes de tomates, de maraîchage et de fruits rouges. Autrement dit, la réussite se mesure en devises encaissées. Elle se mesure beaucoup moins en kilos de denrées de base accessibles au consommateur national.
Le panier de la ménagère, grand oublié
Les statistiques d’inflation racontent une histoire rassurante qui ne correspond pas au vécu. Le Haut-Commissariat au Plan a enregistré une hausse moyenne des prix de 0,8 % en 2025, et de 0,3 % seulement sur les huit premiers mois de 2026. Mais une inflation faible signifie que les prix montent peu, pas qu’ils redescendent. Or le choc a déjà eu lieu : l’indice des prix alimentaires a dépassé 132 points au début de 2025, base 100 en 2017, soit une hausse cumulée de plus de 32 % du panier alimentaire en moins de quatre ans. Il s’établit encore à 129,2 points à fin août 2026.
L’impact est d’autant plus brutal que l’alimentation pèse 38,2 % des dépenses du ménage moyen. Toute tension sur la viande, les légumes ou l’huile se répercute immédiatement sur le budget familial, sans que la modération de l’indice global n’en adoucisse la perception.
La viande rouge est le symbole de cet échec. Six années de sécheresse ont décimé le troupeau : selon le ministre de l’Agriculture, le cheptel national avait reculé de 38 % par rapport au recensement de 2016. La situation était telle qu’en 2025, le Souverain a appelé les Marocains à renoncer au sacrifice de l’Aïd al-Adha, une première depuis 29 ans. En 2026, alors que les autorités recensaient une offre de près de 8 millions de têtes, les prix dépassaient fréquemment 5 000 dirhams par bête, poussant de nombreux ménages modestes à renoncer.
Le paradoxe est encore plus saisissant pour les fruits. Le pays qui inonde l’Europe d’agrumes et de fruits rouges a dû importer en 2025 et 2026 bananes, poires, pommes, mangues et ananas, dont près de 22 000 tonnes de kiwis en une seule année. L’agriculture marocaine a appris à vendre au plus offrant ; elle n’a pas appris à servir en priorité son propre marché. Les intermédiaires, les fameux « chennaqa », les coûts de transport et l’opacité des marchés de gros achèvent de capter ce qui aurait pu revenir au consommateur.
Le pouvoir politique lui-même en a pris acte. Dès 2023, le chef du gouvernement appelait les professionnels à exporter moins pour mieux approvisionner le marché local, un aveu implicite que la logique exportatrice avait pris le pas sur la souveraineté alimentaire.
Un pays agricole qui importe pour se nourrir
Comment un pays qui se veut agricole peut-il afficher un déficit alimentaire ? C’est pourtant le cas. En 2025, selon l’Office des changes, la facture des importations alimentaires a atteint 94,6 milliards de dirhams, en hausse de 3,3 % sur un an, soit 11,5 % de l’ensemble des achats du Royaume à l’étranger. Dans le même temps, les recettes d’exportations alimentaires plafonnaient à 86,8 milliards. Résultat : un déficit de 7,78 milliards de dirhams. Le champion de la tomate et de l’avocat achète davantage de nourriture qu’il n’en vend.
Quatre postes concentrent à eux seuls près de 42 % de cette facture, soit 39,7 Mds de DH: le blé, le sucre, le maïs et les animaux vivants. Ces derniers ont bondi de 25 % en 2025, à près de 7 milliards de dirhams, dopés par la suspension des droits de douane et de la TVA sur les bovins, ovins, caprins et camélidés. Le quota de bovins importés en franchise a été doublé à 300 000 têtes en août 2025. Avant même la décision sur l’Aïd, le pays avait déjà fait venir quelque 167 000 bovins, 906 000 ovins et 1 724 tonnes de viande.
Les céréales restent le talon d’Achille. Entre juin et septembre 2025, en quatre mois seulement, le Maroc a importé près de 3,9 millions de tonnes de céréales. Selon les données compilées par les operateurs économiques, le pays ne couvrirait qu’environ 28 % de ses besoins céréaliers en année sèche, 27 % de sa consommation d’huiles végétales et moins de 20 % de ses besoins en sucre. Les huiles sont le cas le plus extrême : 98 % de la matière première nécessaire à l’huile de table est importée, les productions locales de colza et de tournesol ne pesant que 1 à 2 %.
Il serait faux d’attribuer cette dépendance à la seule sécheresse. Dès 2018, le HCP prévenait, dans ses projections à l’horizon 2025, que le Maroc continuerait d’importer des quantités importantes de céréales et que la couverture des besoins en sucre resterait critique, malgré les soutiens apportés aux filières. Le diagnostic était posé : le modèle orientait l’eau, la terre et le capital vers les cultures à haute valeur exportable, au détriment des productions vivrières de base. La récolte exceptionnelle de 2026, avec 93 millions de quintaux de céréales, ne doit pas faire oublier cette fragilité structurelle.
L’agro-industrie de substitution : transformer l’importé
Face à cette dépendance, le Maroc a fait un choix pragmatique : plutôt que de produire lui-même la matière première, il a développé une industrie qui transforme localement ce qu’il importe. Les raffineries de sucre traitent le sucre brut acheté à l’étranger. Les huileries raffinent l’huile brute de soja et de tournesol, importée pour l’essentiel d’Europe, alors même que les graines triturées là-bas proviennent en majorité d’Argentine. Les minoteries écrasent le blé tendre étranger pour fabriquer la farine subventionnée. Les fabricants d’aliments du bétail assemblent maïs et tourteaux venus d’ailleurs : en 2022 déjà, le pays importait 2,7 millions de tonnes de maïs pour 6,6 milliards de dirhams et 2,2 millions de tonnes de tourteaux pour 7 milliards. Jusqu’au lait en poudre, dont les achats sont passés de 6 500 tonnes en 2019 à 37 000 tonnes en 2022.
Cette industrie de substitution présente une logique indéniable. Elle crée des emplois, de la valeur ajoutée, des recettes fiscales, et assure une certaine régularité d’approvisionnement. Le contrat-programme de l’agro-industrie 2017-2021 prévoyait à lui seul 12 milliards de dirhams d’investissements, dont 4 milliards publics. Importer du sucre brut, reconnaissaient d’ailleurs certains acteurs de la filière, reste souvent moins coûteux que de le produire sur place.
Mais elle a un coût caché. Elle déplace la dépendance plutôt qu’elle ne la résorbe : la valeur ajoutée est marocaine, la matière première ne l’est pas. Le prix de l’huile, du pain, du sucre ou des œufs reste indexé sur les cours mondiaux, sur le dollar et sur le fret. La crise de 2022 l’a démontré sans appel : la facture d’huiles végétales a atteint un record de 8,1 milliards de dirhams, et celle des céréales et de l’huile de soja s’est envolée de 10,7 à 15,8 milliards de dirhams sur les seuls cinq premiers mois de l’année. Le consommateur paie alors deux fois : à la caisse, et à travers la compensation financée par le budget de l’État.
Le secteur commence à corriger le tir. Cosumar engage ainsi, pour la campagne 2026-2027, un programme de 63 000 hectares de plantes sucrières, et des contrats-programmes oléagineux tentent de relancer colza et tournesol. Ces efforts restent cependant modestes au regard de l’ampleur des besoins.
L’agriculture, instrument de politique étrangère
Si le panier n’a pas été la priorité, c’est aussi parce que l’agriculture a été investie d’une autre mission : servir la diplomatie du Royaume. La relation avec l’Union européenne en est l’illustration la plus nette. Avec plus de 60 milliards d’euros d’échanges annuels, le Maroc est le premier partenaire commercial de l’UE en Afrique et dans le monde arabe, et l’accord agricole en constitue l’un des piliers.
Cet accord est devenu un enjeu de souveraineté. Après son annulation par la Cour de justice de l’Union européenne en 2024, au motif de son application au Sahara, Rabat et Bruxelles ont signé le 3 octobre 2025 un échange de lettres amendant l’accord et y intégrant les provinces du Sud. Le ministre des Affaires étrangères y a vu des « signaux forts », tandis que de nombreux analystes ont lu dans ce texte économique une reconnaissance implicite de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Les exploitations maraîchères de Dakhla, dont les tomates cerises gagnent les marchés européens, sont ainsi devenues autant d’arguments politiques que de sources de devises.
Le même ressort joue en direction du continent africain. Dès ses premières années, le Plan Maroc Vert a été présenté comme un modèle exportable, et les accords de coopération signés à l’étranger affichaient l’ambition de faire du Maroc une plateforme de transfert de savoir-faire agricole vers l’Afrique. Expertise, engrais, formation et investissements agricoles ont accompagné le retour du Royaume dans les instances africaines.
Cette dimension n’a rien d’illégitime : elle a rapporté au Maroc des soutiens diplomatiques précieux. Mais elle éclaire les arbitrages. Une agriculture pensée comme vitrine internationale et comme levier de négociation privilégie naturellement les filières qui s’exportent, se voient et se négocient, plutôt que le blé dur, les légumineuses ou les oléagineux qui nourrissent les ménages sans faire de bruit.
Le chantier du nouveau gouvernement : de la vitrine à l’assiette
L’alternance politique offre une fenêtre rare pour corriger la trajectoire. Nommé le 16 octobre 2026, le gouvernement conduit par Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme à diriger l’exécutif marocain, a envoyé un premier signal : le ministère de l’Agriculture porte désormais l’intitulé « Agriculture, Pêche maritime et Souveraineté alimentaire », et il est confié à Khalid Hatimy. La souveraineté alimentaire n’est plus un slogan de circonstance ; elle devient une attribution ministérielle.
Le programme gouvernemental 2027-2031, présenté au Parlement le 19 octobre, en précise les contours. Il promet de passer d’un soutien conjoncturel à une meilleure maîtrise des facteurs de production, de porter la part des semences nationales de 20 % à 50 % au cours du mandat, de réviser les réserves céréalières, de réguler les exportations des filières sensibles et de reconstituer le cheptel. Il fixe une inflation cible de 2 % par an et prévoit de mobiliser 1,8 milliard de mètres cubes d’eau dessalée à l’horizon 2031. Les intentions sont là. Reste à les transformer en obligations de résultat, mesurables par le consommateur. Six chantiers paraissent décisifs.
Inscrire le panier dans le tableau de bord. Le premier geste consiste à changer ce que l’on mesure. Le bilan à mi-parcours de Génération Green devrait intégrer, à côté du PIB agricole et des exportations, des cibles chiffrées de taux de couverture pour les céréales, les huiles, le sucre et les viandes rouges, ainsi qu’un indicateur de prix à la consommation des produits de base. Publiés chaque année, ces indicateurs obligeraient l’administration à rendre compte de ce que le citoyen ressent, et non seulement de ce que la balance commerciale enregistre.
Réorienter les incitations vers les cultures vivrières. Les aides du Fonds de développement agricole ont largement financé l’arboriculture et le maraîchage d’export. Une part significative devrait être réservée aux légumineuses, au blé dur, aux oléagineux comme le colza et le tournesol, et aux plantes sucrières, adossée à des contrats d’agrégation garantissant un prix d’achat aux petits producteurs. Les subventions à l’irrigation pourraient être modulées selon le stress hydrique de chaque bassin, afin de ne plus financer des cultures très consommatrices d’eau dans les zones où les nappes s’effondrent.
Réguler l’export sans casser l’outil. Les restrictions d’exportation décidées dans l’urgence, comme celles visant la tomate et l’oignon en 2023, désorganisent les filières et fragilisent la crédibilité du Maroc auprès de ses clients. Mieux vaudrait un mécanisme contracyclique transparent : des seuils de prix intérieurs publiés à l’avance, au-delà desquels des quotas ou une contribution temporaire à l’export s’appliquent automatiquement. Les exportateurs y gagneraient en prévisibilité, les ménages en protection.
Faire la lumière sur les exonérations et les circuits. Les suspensions de droits de douane et de TVA sur le bétail, ainsi que les primes à l’importation d’ovins, ont mobilisé des ressources publiques importantes sans effet visible sur l’étal du boucher. Un audit indépendant, publié, devrait établir qui en a bénéficié et quelle part a réellement atteint le consommateur. Toute aide future à l’importation gagnerait à être conditionnée à des engagements de prix vérifiables. En parallèle, la réforme des marchés de gros, la modernisation des abattoirs et la publication quotidienne des prix de gros, sous le contrôle du Conseil de la concurrence, s’attaqueraient enfin à la marge des intermédiaires.
Bâtir une vraie sécurité des approvisionnements. Le pays reste exposé aux cours mondiaux du blé, du sucre et de l’huile. Des stocks stratégiques reconstitués et contrôlés, une diversification des fournisseurs et des achats couverts en période de prix bas réduiraient la vulnérabilité aux chocs comme celui de 2022. L’objectif des semences nationales et la relance d’une filière fourragère et de tourteaux locaux, indispensables à la reconstitution du cheptel, s’inscrivent dans la même logique.
Protéger les ménages modestes pendant la transition. La décompensation progressive du butane et du sucre pèse d’abord sur les foyers les plus vulnérables. Elle doit s’accompagner d’un ajustement de l’aide sociale directe, ciblée grâce au Registre social unifié, afin que la réforme des prix ne se fasse pas au détriment de l’alimentation des familles.
Aucune de ces mesures n’impose de renoncer à la réussite exportatrice. Elles demandent seulement de la mettre au service d’un objectif plus large : que la richesse produite par la terre marocaine se retrouve aussi dans l’assiette des Marocains.
De la puissance exportatrice à la souveraineté alimentaire
Le bilan est donc double. Le Plan Maroc Vert et Génération Green ont modernisé l’agriculture, attiré l’investissement, doublé la richesse créée et fait du Maroc un exportateur respecté. Ils ont rempli les objectifs qu’ils s’étaient fixés : la valeur, les devises, le rayonnement. Mais ils n’avaient pas fait du prix du panier un indicateur de réussite, et le panier en porte la marque.
La question de l’eau rend ce choix plus pressant. Chaque tonne de pastèque, d’avocat ou de tomate exportée emporte avec elle de l’eau puisée dans des nappes surexploitées, dans un pays sorti à peine de six années de sécheresse. Exporter de l’eau virtuelle tout en important du blé, du sucre et de l’huile n’est soutenable qu’aussi longtemps que les devises rentrent et que les marchés mondiaux restent calmes.
Le nouveau gouvernement a nommé le problème : la souveraineté alimentaire figure désormais dans l’intitulé d’un ministère. Il lui reste à en faire une obligation de résultat, mesurée non plus en milliards de dirhams exportés, mais en kilos de pain, d’huile et de viande accessibles au plus grand nombre. À défaut, le Maroc continuera d’être ce pays paradoxal, champion du verger européen, dont les familles comptent leurs dirhams devant l’étal du boucher.


