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Finances publiques

PLF 2027 : le budget d’un autre

PLF budget

Il y a des gouvernements qui héritent d’une maison. Celui de Fatima Ezzahra El Mansouri a hérité d’une maison meublée, chauffée, avec le règlement de copropriété déjà signé par l’ancien locataire. Nommé le 16 octobre 2026, l’exécutif adoptait quatre jours plus tard un projet de loi de finances dont la lettre de cadrage portait la signature d’Aziz Akhannouch. Le PLF 2027 est-il le budget d’un nouveau gouvernement, ou le dernier budget de l’ancien revêtu d’un nouveau costume ? 

Ratissage : ce que contient réellement le PLF 2027

Le PLF 2027, projet de loi n° 60.26, repose sur une croissance de 3,7 %, un déficit tenu à 3 % du PIB et 400 Mds de DH d’investissement public. La programmation triennale vise une dette du Trésor ramenée à 63 % du PIB en 2029, avec un Brent à 75 dollars et une inflation de 1,6 % . Le gouvernement affiche 62 milliards de dirhams d’engagements sociaux et économiques.

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Les dispositions qui touchent directement les ménages et les entreprises se lisent en six blocs.

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L’impôt sur le revenu d’abord: la réforme s’étale de 2027 à 2031. Le seuil annuel d’exonération passe de 40 000 à 60 000 dirhams, et les salaires nets inférieurs à 10 000 dirhams par mois sortent de l’impôt dès janvier. Le barème sera ramené à trois tranches (10 %, 20 % et 30 %), le taux marginal descendant de 37 % à 30 %. Selon le ministre, 87 % des salariés ne paieront plus d’IR et la majorité des bénéficiaires gagnera environ 500 dirhams par mois, pour un coût de 5,5 milliards en 2027.

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Les retraités ensuite : la pension minimale est portée à 1 700 dirhams en janvier 2027 pour quelque 500 000 personnes, soit environ 3 milliards, avant d’atteindre 3 000 dirhams en fin de législature. La pension de réversion des veuves passe de 50 % à 100 % de celle du conjoint décédé : 431 000 bénéficiaires, 7,3 milliards par an.

Les ménages vulnérables : l‘aide sociale directe minimale passe de 500 à 600 dirhams, puis augmentera de 100 dirhams par an jusqu’à 1 000 dirhams, pour un surcoût d’environ 3 milliards la première année. L’emploi d’un membre du foyer n’entraînera plus automatiquement la perte de l’aide. L’État prendra en charge, dès janvier, les factures d’électricité mensuelles n’excédant pas 100 dirhams : environ 6 millions de clients, soit 60 % des abonnés, pour 2,8 milliards par an.

Les prix : un milliard de dirhams ira à la modernisation des marchés de gros et à la création de six sociétés régionales d’agrégation et de commercialisation. Les filières viande et poisson seront réorganisées pour réduire le poids des intermédiaires, et l’importation de viandes rouges bénéficie d’une exonération permanente de TVA.

L’emploi, les territoires et les services publics : le texte crée 34 454 postes budgétaires et lance un programme national pour l’emploi des jeunes doté d’environ 6 milliards en 2027. Il ouvre 25 milliards pour les programmes territoriaux intégrés, porte la santé à 45,4 milliards et l’éducation-formation à 121,3 milliards.

Les entreprises : les importateurs et distributeurs d’hydrocarbures passent à un IS de 40 %, comme les banques. Le timbre sur les véhicules de luxe augmente, l’incitation à la formalisation de l’informel est rétablie, et un régime fiscal temporaire couvre l’organisation du Mondial 2030, au bénéfice de la FIFA, des joueurs non-résidents et des volontaires.

Première observation : additionnées, les mesures nouvelles chiffrées (IR, pensions, veuves, aide sociale, électricité, circuits) pèsent environ 22,6 milliards de dirhams. Le reste des 62 milliards agrège donc des dépenses déjà engagées, ce que le groupe RNI a d’ailleurs relevé en commission.

Seconde observation, moins photogénique : les crédits de compensation des produits de base reculent de 22 à 19,4 milliards de dirhams. La baisse peut s’expliquer par des hypothèses de prix internationaux plus clémentes. Elle n’en compense pas moins, presque au dirham près, le coût de la gratuité des petites factures d’électricité. On donne la lumière d’une main ; on surveille le gaz de l’autre.

Enfin, le décor régalien : le texte autorise 190,5 milliards de dirhams d’engagements sur le compte d’acquisition et de réparation des matériels des FAR. Le Mondial 2030 et la défense ne sont pas des postes partisans ; ils s’imposent à toute majorité.

Dans quelle case ranger ce budget ?

Verdict : un social-libéralisme de « troisième voie » sous tutelle orthodoxe, assaisonné d’une pincée de colbertisme agricole. Ni révolution sociale-démocrate, ni néolibéralisme pur : un budget qui redistribue à la marge sans toucher au thermostat macroéconomique.

Les marqueurs de l’orthodoxie sont nets. Déficit à 3 % verrouillé jusqu’en 2029, dette en baisse, et une doctrine que Fouzi Lekjaa, alors ministre délégué au Budget, résumait déjà : dépasser les limites de déficit et d’endettement est une « ligne rouge ». Fouzi Lekjaa a aussi réaffirmé son opposition aux subventions généralisées des carburants, jugées mal ciblées. C’est le crédo du ciblage cher aux institutions de Bretton Woods.

Les marqueurs de l’économie de l’offre ne manquent pas davantage. Abaisser le taux marginal de l’IR de 37 % à 30 % relève d’une logique d’attractivité et de consentement à l’impôt, pas de redistribution. À terme, c’est le haut du barème qui empochera les gains les plus élevés en valeur absolue.

Le volet social, lui, emprunte à la social-démocratie ses outils, mais dans leur version ciblée. Pension minimale, réversion intégrale pour les veuves, aide directe rehaussée, électricité offerte aux petits consommateurs : ce sont des transferts ciblés, pas des droits universels financés par un impôt plus progressif. L’impôt sur la fortune proposé par le PPS n’a pas franchi la porte.

Restent deux touches hétérodoxes. L’État entre dans la commercialisation agricole via des sociétés régionales d’agrégation : un interventionnisme de marché qui ferait sourire Colbert. Et l’IS à 40 % sur les distributeurs d’hydrocarbures emprunte à l’ordolibéralisme sa méfiance envers les rentes de position. L’investissement public de 400 milliards, adossé au Mondial 2030, ajoute un keynésianisme d’infrastructures, mais il préexistait à la coalition.

Deux lectures s’affrontent sur ce classement. Les défenseurs du texte y voient un État social réel, puisque 87 % des salariés sortiront de l’IR et que les plus fragiles gagnent en revenu. Les critiques, à gauche comme au PJD, y voient une politique de l’offre habillée de social, dont le coût n’est pas documenté. Les deux ont un point commun : aucun n’y lit une rupture.

Il faut enfin rappeler une spécificité marocaine que les manuels oublient. Les grandes orientations, de l’État social au Mondial, découlent des discours royaux et s’imposent à toute majorité. La marge partisane se loge donc dans les curseurs, pas dans la direction. Classer un gouvernement marocain par courant économique, c’est un peu comme classer un pilote de ligne par son goût pour la voltige : le plan de vol est déposé ailleurs.

Promesses de campagne contre lignes budgétaires

Le PLF 2027 est d’abord le programme du PAM, raboté et étalé dans le temps. L’Istiqlal y retrouve quelques mots, l’USFP un cadrage, le PPS presque rien. La coalition totalise 207 sièges sur 395, dont 97 pour le seul PAM : la hiérarchie des urnes se lit dans le budget.

Le PAM, servi mais raboté. Le parti promettait d’exonérer d’IR les salaires bruts inférieurs à 15 000 dirhams, avec trois tranches et un taux maximal ramené à 20 % . Le PLF exonère les salaires nets inférieurs à 10 000 dirhams et garde trois tranches, mais fixe le taux maximal à 30 % et étire la montée en charge jusqu’en 2031. La pension minimale de 3 000 dirhams, promise dès la deuxième année du mandat, devient 1 700 dirhams en 2027 et 3 000 dirhams « en fin de législature ». L’aide sociale minimale de 1 000 dirhams arrivera par paliers de 100 dirhams. En revanche, deux promesses sont tenues dès janvier 2027 : la réversion intégrale pour les veuves et la gratuité des petites factures d’électricité.

L’Istiqlal, entendu sur deux points. Son idée d’un IS pouvant atteindre 40 % pour les rentes et positions monopolistiques se retrouve appliquée, mais à un seul secteur : la distribution d’hydrocarbures. Son mécanisme national de suivi des marges commerciales trouve un écho dans le milliard consacré aux circuits de distribution et aux sociétés régionales d’agrégation.

L’USFP, à moitié servie. Elle voulait réduire de 10 % la pression fiscale sur les salariés et augmenter de 15 % les salaires nets. La baisse de l’IR répond au premier objectif ; le second, qui relève du dialogue social, n’apparaît pas dans le texte.

Le PPS, resté sur le palier. L’impôt sur la fortune, la hausse de 15 % du SMIG et l’obligation faite aux banques de consacrer 40 % de leurs crédits aux TPME sont absents des dispositions recensées.

La croissance, ambition commune reportée. Le PAM et le PPS tablaient sur 5 % par an, l’USFP sur au moins 6 %. Le PLF retient 3,7 % pour 2027.

Le PAM avait chiffré son programme à 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit 70 milliards par an, financés pour l’essentiel par une croissance moyenne de 5 %. Le PLF 2027 retient 3,7 %. L’écart de 1,3 point est précisément celui qui devait payer les promesses : on comprend que le calendrier ait glissé.

Le PPS, lui, avait chiffré un programme à 575 milliards et promettait une rupture assumée avec la majorité sortante. Son secrétaire général, Nabil Benabdallah, détient désormais l’Éducation nationale, et défendra en séance un budget sans impôt sur la fortune. La gauche gouvernementale découvre une loi physique ancienne : au pouvoir, la rupture se conjugue au futur antérieur.

Défendre bec et ongles le budget d’un autre

Le paradoxe est réel, mais moins vertigineux qu’il n’y paraît : le PAM et l’Istiqlal siégeaient déjà dans la majorité sortante. Le « nouveau » gouvernement ne défend pas le budget d’un autre ; il défend, pour moitié, le sien.

La chronologie suffit à poser le décor. Le 22 juillet 2026, Nadia Fettah présente aux commissions des finances le cadre général et la programmation 2027-2029. Le 5 août, Aziz Akhannouch adresse à ses ministres la lettre de cadrage. Le 12 août suit la note d’orientation aux départements, puis, le 11 septembre, le rapport d’exécution budgétaire et de cadrage macroéconomique.

Le 23 septembre, les urnes parlent : 97 sièges pour le PAM, 66 pour le RNI, 65 pour l’Istiqlal, 54 pour le PJD, avec une participation de 38 %. La cheffe du gouvernement est nommée le 29 septembre, l’alliance à quatre officialisée le 12 octobre, le gouvernement nommé le 16.

Puis tout s’accélère. Le 17 octobre, le Conseil des ministres examine les orientations du PLF. Le 19, la cheffe du gouvernement présente son programme au Parlement. Le 20, jour limite fixé par l’article 48 de la loi organique 130-13, le Conseil de gouvernement adopte le texte. Les 22 et 23 octobre, Fouzi Lekjaa le défend devant les deux Chambres.

Quatre jours séparent la nomination du gouvernement de l’adoption du PLF. Quatre jours, c’est le temps qu’il faut pour déménager un bureau, pas pour réécrire un budget de l’État.

Comment, dès lors, l’exécutif défend-il ce texte avec autant d’aplomb ? Trois raisons, dont une seule est avouable en séance.

  1. La continuité des hommes. Fouzi Lekjaa était ministre délégué au Budget du gouvernement sortant ;
  2. La greffe sur l’ossature. La lettre de cadrage ne contenait aucune mesure fiscale chiffrée pour les particuliers. Les mesures vitrines (IR, veuves, électricité) viennent du programme du PAM. L’exécutif peut donc soutenir, sans mentir, que la chair est neuve, même si le squelette (déficit à 3 %, plafonds ministériels, hypothèses de prix) a été coulé en août.
  3. Le précédent. En 2021, Aziz Akhannouch avait lui-même endossé un PLF 2022 préparé sous Saad Dine El Othmani, déposé onze jours après sa nomination. L’institution budgétaire marocaine fonctionne en relais : le témoin change de main, pas de piste.

L’ironie la plus noire est ailleurs. Le RNI, dont le président a signé la lettre de cadrage, siège désormais dans l’opposition avec 66 députés. Son groupe réclame en commission des précisions sur le financement d’un budget dont il a dessiné le cadre. Et le seul secteur nouvellement porté à l’IS de 40 %, aux côtés des banques, est celui de la distribution d’hydrocarbures, où le groupe familial de l’ancien chef du gouvernement figure parmi les premiers acteurs. Aucun commentateur ne prouvera une intention ; aucun ne manquera la coïncidence.

Les moulinettes ont-elles tourné ?

Réponse courte : les coûts ont été calculés, les impacts beaucoup moins. Entre un coût budgétaire et un effet sur le pouvoir d’achat, il y a la même distance qu’entre le prix d’un médicament et sa notice.

Ce qui a été vérifié

Le gouvernement n’est pas parti à l’aveugle. Le programme du PAM avait été chiffré en septembre sous la houlette de Fouzi Lekjaa, alors encore ministre délégué au Budget. La moulinette existait donc avant les urnes ; elle tournait simplement en mode campagne. Chaque mesure phare dispose d’un coût annuel et d’un nombre de bénéficiaires.

L’exécutif dispose aussi d’un coussin : à fin septembre 2026, les recettes fiscales atteignaient 288,3 Mds de DH en hausse de 11,7 % sur un an. C’est ce dynamisme qui permet d’annoncer des baisses d’impôts sans toucher à l’objectif de 3 %.

Ce qui ne l’a pas été, ou pas publiquement

  • Le coût complet de la réforme de l’IR. le dispositif du projet ne chiffre pas le coût de la réforme pour le Trésor. Les 5,5 milliards annoncés portent sur 2027 seulement ; le barème cible de 2031, avec un taux marginal à 30 %, n’a pas d’étiquette publique. Le PJD l’a demandée en commission.
  • La répartition des gains. À notre connaissance, aucune étude d’impact par décile de revenu n’a été publiée. Or les chiffres officiels parlent d’eux-mêmes : environ 500 DH par mois pour la majorité des salariés concernés par l’IR, 100 DH de plus pour les ménages bénéficiaires de l’aide directe. L’État social roule à deux vitesses : TGV pour le salarié déclaré, carriole pour le ménage du registre social.
  • Les angles morts de l’IR. Une baisse d’impôt ne profite qu’à ceux qui en paient. Le travailleur informel, l’ouvrier agricole saisonnier ou l’artisan non déclaré ne verront rien de la réforme phare. Ils sont pourtant les premiers exposés à l’inflation alimentaire.
  • Les effets de seuil sur l’électricité. Le dispositif vise les factures n’excédant pas 100 DH. S’il fonctionne comme un couperet, un ménage à 101 DH paiera plein tarif quand son voisin à 99 DH ne paiera rien. Les modalités précises (lissage, prise en compte des compteurs partagés, contrôle des fractionnements) restent à connaître.
  • Le financement des retraites. Revaloriser la pension minimale et doubler la réversion coûtera plus de 10 milliards de dirhams par an. Le RNI réclame une vision globale de la réforme des régimes, avec coût, sources de financement et concertation. La question de savoir quelle caisse paie, et avec quelles réserves, demeure ouverte.
  • L’effet réel sur les prix. Les sociétés régionales d’agrégation et la modernisation des marchés de gros sont des chantiers de plusieurs années. Le PJD a d’ailleurs interrogé leur efficacité. Le consommateur de 2027 paiera ses tomates aux prix de 2026, intermédiaires compris.

Le bilan net pour un ménage

Pour un salarié du secteur formel gagnant près de 10 000 DH nets, le gain d’environ 500 DH représente quelque 5 % de revenu, pour une inflation projetée à 1,6 %. Le gain de pouvoir d’achat est alors réel. Pour un ménage pauvre hors salariat, les 100 DH d’aide supplémentaire et une facture d’électricité offerte constituent un soulagement, mais restent à la merci d’une hausse des prix alimentaires ou du gaz butane, dont l’enveloppe de compensation recule.

Quatre jours suffisent à vérifier qu’une mesure entre dans une enveloppe. Ils ne suffisent pas à mesurer qui gagne, qui perd et comment les comportements réagiront. Ce travail-là se fera en exécution, c’est-à-dire sur le dos des bénéficiaires. En audit, on appellerait cela un contrôle a posteriori ; en politique, on l’appelle une réforme.

La loi de finances rectificative, l’arme laissée au vestiaire

Le silence est assourdissant : dans l’entourage du nouveau gouvernement, nul n’évoque une loi de finances rectificative pour 2027. Ni la déclaration gouvernementale du 19 octobre, ni les interventions de Fouzi Lekjaa devant les deux Chambres et à la télévision, ni les échanges en commission n’en font mention, à notre connaissance.

C’est pourtant l’outil logique pour un exécutif qui hérite d’un cadre budgétaire conçu par d’autres. Une LFR permettrait, une fois les équipes installées et les simulations faites, de réajuster les équilibres, de corriger les hypothèses et de financer des priorités propres. Elle offrirait aussi l’occasion de publier enfin ce qui manque au débat : le coût complet de la réforme de l’IR, l’impact par catégorie de ménages et le schéma de financement des retraites.

Trois raisons expliquent sans doute cette réticence.

  1. La culture de la maison. EcoActu rappelait, dès le lendemain du scrutin, que le recours à une LFR ne fait guère partie des habitudes des équipes au pouvoir, même lorsque les hypothèses initiales sont fortement démenties par les faits. Au Maroc, la loi de finances rectificative reste une procédure d’exception, dont l’usage est perçu comme un aveu d’erreur de prévision plutôt que comme un acte de gouvernement.
  2. Le message aux marchés. Un exécutif qui fait de la trajectoire à 3 % de déficit un marqueur de crédibilité ne souhaite pas signaler, dès sa première année, que son budget initial était provisoire. Annoncer une LFR, ce serait dire aux agences de notation que le texte voté en décembre n’était qu’un brouillon.
  3. Le piège politique. Admettre la nécessité d’une LFR reviendrait à reconnaître que le PLF 2027 n’est pas pleinement le sien. Or toute la stratégie de défense repose sur l’affirmation inverse. Le gouvernement s’interdit donc l’instrument qui lui permettrait d’assumer sa différence, pour ne pas avoir à avouer qu’elle existe.

Le risque est réel. Si la croissance déçoit, si les cours du pétrole dépassent les 75 dollars retenus, ou si les mesures sociales coûtent plus cher que prévu, l’ajustement se fera sans débat parlementaire : gel de crédits, reports d’investissements, décrets de régulation. Ce sont des instruments moins visibles qu’une LFR, et c’est précisément pour cela qu’ils sont préférés. On ne corrige pas sa copie en public ; on gomme discrètement dans la marge.

L’absence de LFR dans le paysage prévisible a une conséquence simple : le PLF 2027 tel que déposé sera, à quelques amendements près, le budget exécuté toute l’année. Le cadre d’août ne sera pas révisé en cours de route. Il ne sera réellement remplacé que par la loi de finances 2028.

Un budget de passation, pas de rupture

Le PLF 2027 n’est ni une trahison ni une révolution. C’est un budget de passation : une ossature d’août signée Akhannouch, une chair d’octobre signée PAM, et une signature finale d’El Mansouri qui engage désormais sa responsabilité devant le Parlement.

Sur le plan doctrinal, il s’inscrit dans un social-libéralisme ciblé, adossé à une orthodoxie budgétaire que personne, dans la coalition, ne conteste vraiment. Sur le plan partisan, il honore le PAM, cite l’Istiqlal, écoute l’USFP et laisse le PPS à la porte de ses propres promesses. Sur le plan technique, il a été chiffré dans ses coûts mais pas démontré dans ses effets.

Faute de loi de finances rectificative en vue, la véritable épreuve viendra en 2028, premier budget intégralement conçu par cette équipe, de la lettre de cadrage au dépôt. D’ici là, le gouvernement pourra toujours dire que les failles viennent du cadre hérité, et que les réussites viennent de lui.

Au Maroc comme ailleurs, la paternité budgétaire se reconnaît au moment des résultats, jamais au moment de la conception.

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