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Economie

Reddition des comptes : le grand angle mort de l’ère Akhannouch

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Ecrit par Lamiae Boumahrou I

À l’approche de la fin du mandat de l’Exécutif, les débats sur la gouvernance, les conflits d’intérêts et la transparence une question centrale revient en boucle : celle de la reddition des comptes, principe constitutionnel encore largement en décalage avec sa mise en œuvre dans la pratique politique.

À quelques mois de la fin du mandat du gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch, le bilan paraît contrasté. Entre réalisations revendiquées et promesses non tenues, l’Exécutif a également été marqué par une série de scandales liés à des accusations de conflits d’intérêts.

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Le RNI est régulièrement cité en tête des formations les plus associées aux controverses portant sur les conflits d’intérêts dans les débats relatifs à la gouvernance et aux marchés publics.

Parmi les dossiers ayant suscité le plus de débats, figure le marché de la station de dessalement d’eau de mer à Casablanca, les controverses autour des marchés publics du secteur pharmaceutique, l’affaire des subventions au bétail estimées à 17 Mds de DH ainsi que, plus récemment, les interrogations soulevées au Parlement concernant des marchés liés au transfert d’eau entre bassins hydrauliques.

Ces différentes affaires ravivent une question centrale : celle de la reddition des comptes. Ancrée dans les principes de la Constitution de 2011, cette exigence peine à s’imposer pleinement dans le paysage politique.

Dans ce contexte, certains s’interrogent sur la capacité de l’Exécutif à garantir une véritable transparence et à répondre aux attentes en matière de contrôle et de responsabilité publique, à l’heure où les polémiques autour des conflits d’intérêts ont marqué une partie significative de ce mandat. Mais comme dit l’adage : « Nul ne peut être juge et partie ».

Déjà en 2024, à l’occasion du dernier remaniement ministériel, l’absence de toute évaluation publique des responsabilités avait interpellé. Le changement d’hommes avait alors servi de réponse politique, sans qu’un véritable éclairage ne soit apporté aux citoyens sur les défaillances, les choix contestés ou les arbitrages opérés. Deux ans plus tard, le constat demeure inchangé, et semble même aggravé.

Les différentes affaires liées à des suspicions de conflits d’intérêts n’ont, à ce stade, donné lieu à aucune suite institutionnelle notable dans l’objectif de lever définitivement les doutes ou établir les responsabilités. Elles continuent surtout d’alimenter le débat politique et de nourrir les analyses médiatiques, sans déboucher sur des mécanismes visibles de reddition des comptes.

Or, dans toute démocratie, le soupçon, à lui seul, devrait suffire à déclencher des mécanismes de vérification indépendants. Non pour condamner, mais pour clarifier.

En France par exemple, les membres du gouvernement peuvent être traduits devant la Cour de justice de la République pour des faits liés à leurs fonctions. Au Royaume-Uni, le strict respect du « Ministerial Code » impose des démissions rapides dès lors que des conflits d’intérêts sont suspectés. Aux États-Unis, le Congrès et les agences fédérales disposent de pouvoirs d’enquête étendus, avec auditions publiques et forte médiatisation.

Certes, ces systèmes ne sont pas exempts de critiques. Les procédures peuvent être longues, politisées, parfois incomplètes. Mais au moins une constante demeure : le doute déclenche presque systématiquement une réponse institutionnelle.

Ce qui n’est pas le cas chez nous. C’est précisément cette mécanique qui fait défaut. Non pas que les controverses soient plus nombreuses ou plus graves qu’ailleurs, mais parce qu’elles restent souvent sans suite visible. Comme si la gestion du débat public se substituait à l’exigence de transparence.

La reddition des comptes ne peut se réduire à un exercice de communication en fin de mandat. Elle suppose des mécanismes clairs, des évaluations publiques et une capacité à affronter les zones d’ombre. À défaut, elle devient un principe abstrait, invoqué mais rarement appliqué. La reddition des comptes demeure malheuresement, dans la pratique, une lettre morte de la Constitution.

Si dans les démocraties établies, le soupçon appelle l’enquête, au Maroc, souvent il s’éteint dans le silence. Entre ces deux logiques, ce n’est pas seulement une différence de pratiques, mais une différence de rapport à la responsabilité publique.

À l’heure d’ouvrir un nouveau cycle politique, la question dépasse donc le seul bilan du gouvernement. Elle touche aux fondements mêmes de la confiance : peut-on durablement réformer sans transparence ? Peut-on renforcer la crédibilité de l’action publique sans rendre de comptes ?

En 2024, l’absence de reddition pouvait apparaître comme une occasion manquée. En 2026, elle s’impose désormais comme un test. Et peut-être, à terme, comme un tournant.

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