Les plateformes numériques sont basées partiellement sur les technologies de l’information. Or, ces technologies peuvent apporter des biais, voire des injustices, auxquels il va falloir être très attentif. Premier sujet important, c’est le statut des gens qui travaillent chez ces entreprises-là. D’où l’enjeu de protéger les citoyens et surtout ceux qui n’ont pas les moyens de se protéger eux-mêmes. Regards croisés sur les défis et enjeux liés à la complexité des plateformes numériques.
La régulation est appelée à se concentrer sur trois axes prioritaires, à savoir l’encadrement et la redéfinition des “relations entre plateformes et acteurs locaux”, la “transparence des algorithmes” et des politiques de prix des plateformes opérant au Maroc, l’”élargissement du concept de protection des données” et la Protection du Consommateur, a relevé R. Mezzour lors d’une intervention vidéo pré-enregistrée à la conférence internationale “Plateformes numériques : évolution des métiers et défis concurrentiels”.
Tout en rappelant que les plateformes numériques sont devenues des “intermédiaires incontournables” et des “écosystèmes intégrés”, porteurs de potentiel en matière d’innovation et de création de valeur et d’emploi, il a indiqué que cette économie génère aussi d’importants défis en termes de transparence, de loyauté des pratiques, de sécurité juridique, de “souveraineté numérique” et de protection des consommateurs.
Dans ce contexte, le ministre a fait savoir que son département prépare un projet de loi spécifiquement dédié au renforcement de la protection du consommateur dans le domaine du commerce électronique, précisant que le ministère s’engage aussi à renforcer la compétitivité et à protéger le tissu productif local à travers le lancement imminent d’une étude nationale sur le commerce électronique pour définir une nouvelle politique publique en la matière, le déploiement de plateformes d’appui “TijarIA” (pour les informations sur le commerce extérieur, basée sur l’IA) et “MRTB” (Moroccan Retail Tech Builder) pour l’accompagnement de startups dans l’e-commerce et la préservation de la souveraineté en favorisant l’émergence de plateformes locales.
De son côté, Younes Sekkouri, ministre de l’inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences rappelle qu’il s’agit d’une thématique de société. Ce n’est pas une thématique économique, ce n’est pas une thématique sociale. Car en définitive, après les travaux de cette conférence ou de ce colloque, l’une des réponses les plus attendues par toutes, c’est quelle est la posture de ceux qui sont présents, qui représentent l’État et ses démembrements, bien sûr, dans le respect du partage des responsabilités et des pouvoirs.
Et d’ajouter : » la réflexion qui doit être la nôtre en matière de production de normes, de réglementation de lois, doit tenir compte des aspirations de la population avec une ligne de conduite qui, je pense, doit être présente et qui doit refléter une conviction démocratique, politique, importante pour ne pas être prisonnier d’une quelconque vision technique sur ce sujet. C’est pour dire que nos populations doivent avoir le choix de mener un mode de vie, le mode de vie qu’ils veulent.
« Prenons une personne de la génération Z par exemple ou celle qui va venir après, la génération Alpha, qui va vouloir peut-être disposer de la capacité, de la possibilité d’avoir plusieurs employeurs, plusieurs jobs. À une période de la vie, cette personne pourra faire un travail offert par les plateformes numériques, par exemple, pour compléter un revenu, pour générer le tiers d’un revenu, en attendant de construire son avenir à travers des études que cette personne n’a pas les moyens de financer sur quelques années parce que les conditions sociales n’étant pas égales entre les différentes couches de la population. Et donc ce que nous devons faire doit pouvoir permettre à ces gens-là de mener cette vie-là et d’avoir le choix.
Pour sa part Amal Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la transition numérique et de la réforme de l’Administration : » Les plateformes numériques ne se limitent plus à de simples espaces d’échanges ou de transactions, mais elles reconfigurent en profondeur les chaînes de valeurs mondiales, influencent les comportements économiques et transforment les relations entre citoyens et institutions ».
Elles interpellent nos modèles de régulation, nos cadres de concurrence et nos systèmes fiscaux, tout en soulevant des enjeux majeurs de confiance, de transparence et de souveraineté numérique. Dans un contexte où la donnée s’impose comme une ressource importante, voire stratégique, il nous appartient de trouver le juste équilibre entre l’innovation et la protection, la liberté d’entreprendre et la responsabilité collective.
Alors concrètement qu’est-ce que cela veut dire en termes de politique publique et en termes effectivement de réglementation, la régulation étant l’apanage du conseil. Cela veut dire d’abord s’attaquer à la question du travail. Alors le travail depuis plus de deux siècles obéit à des normes issues de la révolution industrielle, à des façons de gérer la représentativité, à des façons de mener des négociations avec des représentants de la société, à savoir les syndicats, les représentants des employeurs. Mais les dogmes qui ont toujours conditionné ces négociations ont été effectivement limités à une forme de relation contractuelle entre les employeurs et les employés.
Donc si nous admettons qu’une société très dynamique comme la société marocaine, et j’imagine les sociétés arabo-africaines, doivent pouvoir se libérer et libérer les énergies, permettre aux jeunes de faire des choix, d’entreprendre, mais également de passer par des cases de salariat ou de pouvoir tester les deux à un moment où la personne a besoin de s’affirmer, elle a besoin de tester des choix, elle a besoin de voir quel est son potentiel pour ne pas le regretter par la suite.
Organisée par le Conseil de la concurrence, cette conférence dédiée aux plateformes numériques, à leur rôle accru dans l’économie mondiale et aux défis qu’elles soulèvent en matière de concurrence et de régulation, réunit des représentants d’instances de gouvernance, d’institutions et d’organisations nationales, internationales et régionales, ainsi que des acteurs socio-économiques concernés par les questions soulevées par l’essor des plateformes numériques, en plus d’experts et de spécialistes de questions connexes.
Cette rencontre, qui met en lumière les progrès accomplis et les défis à relever dans ce domaine stratégique, constitue également l’occasion de partager les bonnes pratiques en la matière, et partant, de contribuer à concevoir une gouvernance économique en phase avec les intérêts des citoyens, des entreprises et des États.






