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Economie

[Interview] Santé : Dr. Rochdi Talib « On a besoin d’un secteur public fort et d’une complémentarité avec le privé »

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Le développement du secteur privé de la santé au Maroc demeure entravé par plusieurs contraintes structurelles, au premier rang desquelles figurent les lenteurs administratives, les difficultés d’accès au foncier et la disponibilité des ressources humaines qualifiées. Pour Dr. Rochdi Talib, président de la Fédération Marocaine des Entreprises de Services de Santé (FMAESS) et président du groupe Akdital, la levée de ces obstacles constitue un préalable à l’accélération de l’investissement et au renforcement des capacités nationales de prise en charge. Il appelle, en parallèle, à une articulation plus étroite entre les secteurs public et privé ainsi qu’à une révision urgente de la tarification nationale de référence (TNR).

Autorisations : instaurer un cadre plus lisible et prévisible

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La simplification des procédures administratives figure parmi les priorités défendues par Dr. Rochdi Talib. Déplorant les difficultés auxquelles se heurtent les opérateurs privés pour obtenir les autorisations nécessaires à l’ouverture de nouveaux établissements, il appelle à l’instauration d’un dispositif davantage fondé sur des critères objectifs et transparents.

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« Le premier levier à actionner urgemment est la simplification des procédures», souligne-t-il, rappelant le caractère stratégique d’un secteur directement lié à la santé et à la vie des citoyens.

Selon lui, la délivrance des autorisations d’ouverture des hôpitaux et des cliniques privées demeure excessivement restrictive. Pour y remédier, il préconise l’établissement d’un cahier des charges rigoureux, définissant précisément les normes sanitaires et techniques auxquelles les établissements doivent se conformer. Le respect de ces exigences devrait, à ses yeux, ouvrir droit à une autorisation sans délais injustifiés.

« Si on répond à ces normes, à ce moment-là, l’autorisation doit être automatique », insiste-t-il, plaidant pour un cadre réglementaire qui substitue à l’incertitude administrative des règles claires, opposables et prévisibles.

Cette évolution permettrait, selon lui, de libérer davantage le potentiel d’investissement du secteur privé, tout en préservant les prérogatives de l’État en matière de contrôle, de régulation et de qualité des soins.

Concentration des opérateurs : des besoins encore importants

Face aux interrogations suscitées par la montée en puissance des groupes privés, Dr. Rochdi Talib estime que le Maroc demeure confronté à un déficit de capacités hospitalières qui justifie la poursuite des investissements. Il avance un ratio de 1,2 lit pour 1.000 habitants au Maroc, contre 4,4 dans les pays de l’OCDE, pour souligner l’ampleur des besoins à satisfaire.

« Le pays a encore besoin d’investissement dans le secteur privé », affirme-t-il, considérant que la structuration des opérateurs en groupes peut contribuer à mobiliser les capitaux nécessaires au développement de l’offre de soins.

Il met notamment en avant l’implantation d’établissements dans les territoires insuffisamment desservis. « Le groupe que je dirige se trouve concentré à 70 % en dehors de l’axe Casablanca-Rabat », indique-t-il, citant les besoins en oncologie, en cardiologie interventionnelle et en réanimation parmi les domaines nécessitant un renforcement des capacités de prise en charge.

Pour autant, le développement du secteur privé ne saurait, selon lui, se concevoir indépendamment de l’effort public. Il appelle à une complémentarité effective entre les deux composantes du système de santé, estimant que l’investissement privé peut contribuer à répondre à la demande, à condition de s’inscrire dans un cadre de régulation approprié.

TNR : une révision urgente pour alléger le reste à charge

Autre chantier jugé prioritaire : l’actualisation de la tarification nationale de référence, dont le barème remonte à 2006. Dr. Rochdi Talib estime que son adaptation à l’évolution des coûts des prestations médicales est indispensable, tant pour assurer la cohérence du financement des soins que pour limiter les dépenses supportées directement par les patients.

« Il faudrait revoir en urgence la tarification nationale de référence pour pouvoir faire diminuer le out of pocket, c’est-à-dire la charge du patient », souligne-t-il.

Au-delà de l’ajustement des tarifs, cette révision devrait favoriser un accès plus précoce aux soins, notamment en matière de dépistage, en réduisant les obstacles financiers susceptibles de retarder la consultation.

Interrogé sur la part importante des dépenses de l’assurance maladie obligatoire (AMO) consacrée au secteur privé, Dr. Rochdi Talib récuse l’idée d’une captation indue des ressources du régime. Il considère que cette situation traduit aussi le recours des assurés aux établissements privés et la place qu’ils occupent dans l’offre de soins.

« On n’arrache pas les malades de la santé publique. C’est une offre de soins qui répond aux normes », affirme-t-il.

Il souligne les investissements consentis par les groupes privés pour moderniser leurs équipements et améliorer leurs prestations, tout en appelant les établissements publics à poursuivre leurs efforts en matière de gouvernance, de formation, d’équipement et d’organisation des parcours de soins.

« On a besoin d’un secteur public fort »

Loin de préconiser un modèle centré exclusivement sur le privé, Dr. Rochdi Talib défend la consolidation du secteur public, qu’il considère comme une composante indispensable à l’équilibre du système national de santé.

« On n’a pas besoin d’un secteur public faible, on a besoin d’un secteur public fort », déclare-t-il.

Selon lui, la performance des établissements publics conditionne notamment la qualité de la formation médicale et paramédicale, ainsi que l’amélioration globale de la prise en charge des patients. L’enjeu consiste donc moins à opposer les deux secteurs qu’à organiser leur complémentarité autour d’objectifs communs.

Relancer le partenariat public-privé et mieux répartir les capacités de soins

Dans cette perspective, le président du groupe Akdital plaide pour une relance du partenariat public-privé, notamment afin de répondre aux besoins des territoires éloignés des grands centres urbains. Il préconise une planification plus précise des implantations, adossée à une carte sanitaire permettant d’identifier les zones prioritaires et d’orienter les investissements en conséquence.

« Au lieu d’aller investir dans des endroits reculés, qu’ils mettent en place une carte sanitaire et puis qu’ils nous disent : “Venez, on a besoin de vous voir vous installer dans tel ou tel endroit” », propose-t-il.

Cette approche permettrait de mieux coordonner les investissements publics et privés, tout en mobilisant les compétences médicales là où elles font le plus défaut.

Dr. Rochdi Talib défend également une circulation accrue des professionnels entre les deux secteurs, selon des modalités clairement encadrées. Il évoque notamment la possibilité pour les médecins du privé de contribuer aux activités des hôpitaux publics et, inversement, de permettre aux praticiens du public d’exercer certaines activités dans le privé, sous réserve d’obligations précises de service. « On est en train de soigner les Marocains, que ce soit public ou privé », rappelle-t-il.

Au-delà de la simplification administrative, de l’actualisation de la TNR et de l’encouragement à l’investissement, son plaidoyer met ainsi en avant une exigence centrale : construire un système de santé fondé sur la complémentarité des capacités publiques et privées, une régulation effective et une répartition plus équilibrée de l’offre de soins sur l’ensemble du territoire.

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