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Economie

Soufre cher, marchés sous tension : comment l’OCP renforce son avantage compétitif

ocp nutricrops

La conjoncture de 2026 met en lumière les mutations en cours dans l’industrie phosphatière marocaine. Alors que les prix internationaux du phosphate et du DAP atteignent des niveaux élevés, les contraintes liées à l’approvisionnement en soufre et aux perturbations du commerce mondial pèsent sur les performances du secteur. Face à ces défis, l’OCP poursuit une stratégie de montée en gamme fondée sur le développement d’engrais transformés et de produits à plus forte valeur ajoutée. Cette évolution traduit un changement de paradigme : la compétitivité du Maroc ne repose plus uniquement sur l’abondance de ses réserves phosphatières, mais de plus en plus sur sa capacité à créer davantage de valeur industrielle 

La principale réponse de l’OCP aux turbulences actuelles du marché mondial ne réside pas dans la recherche de volumes supplémentaires, mais dans l’accélération de sa stratégie de transformation industrielle. Cette orientation apparaît d’autant plus pertinente que le secteur évolue dans un environnement marqué par la flambée du coût du soufre, les perturbations logistiques internationales et le ralentissement de la production nationale. 

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En 2026, le paradoxe du secteur phosphatier marocain est saisissant. Alors que les cours internationaux demeurent à des niveaux élevés, les performances productives et exportatrices du secteur sont sous pression. Le prix du phosphate brut marocain (70 % BPL, FOB Casablanca) s’est établi à 170 dollars la tonne en août 2026, après être resté à 152,5 dollars pendant une longue période. Dans le même temps, le DAP (phosphate diammonique), produit de référence sur le marché mondial des engrais phosphatés, a atteint 793,5 dollars la tonne, son niveau le plus élevé depuis un an, selon la Note de Conjoncture de la DEPF.

Pourtant, cette hausse des prix ne s’est pas traduite mécaniquement par une amélioration de l’activité nationale. La production de phosphate roche a reculé de 17,4 % au premier semestre 2026, tandis que celle des dérivés phosphatés a diminué de 17,3 %. Plus largement, l’indice de production du secteur extractif a chuté de 28,8 % au deuxième trimestre 2026, selon la Note de Conjoncture.

Les exportations de phosphates et dérivés ont ainsi baissé de 7,8 % à fin juillet 2026 pour s’établir à 51 Mds de DH. Ce recul s’explique notamment par la chute des exportations de phosphate brut (-19,8 %) et par le repli des dérivés phosphatés (-6,4 %). 

C’est précisément dans ce contexte que la stratégie de montée en gamme de l’OCP prend tout son sens.

Passer du minerai aux produits à forte valeur ajoutée

Depuis plusieurs années, le groupe OCP œuvre à réduire progressivement la part du phosphate brut dans ses exportations au profit de produits transformés, générateurs d’une valeur ajoutée plus importante. L’objectif consiste à déplacer la création de richesse de l’activité extractive vers l’activité industrielle.

Cette stratégie repose sur le développement de fertilisants élaborés et d’intermédiaires chimiques à fort contenu industriel, notamment le DAP, le Triple Super Phosphate (TSP) et l’acide phosphorique. Ces produits nécessitent davantage de transformation, mobilisent davantage de savoir-faire technologique et dégagent une valeur unitaire supérieure à celle de la roche phosphatée exportée à l’état brut. 

Les chiffres de 2026 illustrent déjà cette évolution. Alors que les exportations de phosphate brut reculent de près de 20 %, les ventes d’acide phosphorique progressent encore de 2,1 %. Cette divergence montre que les segments les plus transformés résistent mieux aux turbulences du marché mondial. 

Le TSP, symbole de la nouvelle stratégie industrielle

Le développement du Triple Super Phosphate constitue l’exemple le plus révélateur de cette montée en gamme.

Dans le contexte actuel, marqué par l’envolée des coûts des intrants, le TSP présente un avantage compétitif significatif : il nécessite moins de soufre et ne requiert pas d’ammoniac. Or, le soufre est devenu l’un des principaux facteurs de vulnérabilité de l’industrie mondiale des engrais phosphatés. 

Pour le Maroc, l’enjeu est majeur. Entre janvier et juillet 2026, la facture d’importation du soufre a atteint 20,2 Mds de DH contre 7,9 Mds de DH sur la même période de l’année précédente, soit une hausse de 157 %. Dans le même temps, le prix moyen à l’importation a bondi de 182 % pour atteindre 5.490 DH la tonne. 

Face à cette contrainte, l’OCP a accéléré la réorientation de son portefeuille de produits. Le TSP représente désormais plus de 50 % des volumes commercialisés par OCP Nutricrops, contre environ 30 % en 2025. Cette progression rapide montre que le groupe adapte son modèle industriel afin de réduire sa sensibilité à la volatilité des marchés des intrants. 

Cette évolution s’inscrit d’ailleurs dans une stratégie de plus long terme. Présenté devant le roi Mohammed VI en décembre 2022, le programme d’investissement vert de l’OCP pour la période 2023-2027, doté d’une enveloppe de 13 milliards de dollars, vise à accroître les capacités de production du groupe tout en accélérant sa transition vers les énergies vertes et l’ammoniac vert. Dans cette perspective, la montée en gamme observée aujourd’hui ne constitue pas seulement une réponse aux tensions conjoncturelles sur le soufre ou aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. Elle s’inscrit dans une ambition plus large de repositionnement industriel visant à renforcer la part des produits à forte valeur ajoutée dans les exportations marocaines. Reste que la réussite de ce pari dépendra de la capacité du groupe à transformer ces investissements massifs en gains durables de compétitivité dans un marché mondial des fertilisants toujours marqué par une forte volatilité.

Une stratégie de résilience à long terme

Au-delà de la réponse conjoncturelle à la crise actuelle, cette transformation traduit un changement plus profond du rôle de l’OCP dans l’économie mondiale des fertilisants.

Le groupe cherche progressivement à se positionner non plus uniquement comme exportateur de phosphate, mais comme fournisseur de solutions de nutrition des plantes. Dans cette logique, la valeur créée dépend moins du volume extrait que de la capacité à proposer des produits adaptés aux besoins des agricultures de différentes régions du monde. Cette évolution permet de mieux absorber les fluctuations des prix des matières premières et d’accroître la part de richesse captée par le Maroc tout au long de la chaîne de valeur. 

Les données de 2026 confirment ainsi que la montée en gamme n’est plus un simple axe de développement industriel. Elle est devenue un véritable instrument de résilience économique. Alors que les volumes de production et d’exportation subissent les effets des tensions géopolitiques et logistiques mondiales, l’accent mis sur les produits transformés, comme le TSP ou l’acide phosphorique, permet à l’OCP de renforcer sa compétitivité et de préserver sa position de leader mondial dans un environnement de plus en plus incertain.

En effet, la portée de cette stratégie dépasse le seul cadre industriel. Premier détenteur mondial de réserves phosphatières et acteur majeur du marché des engrais, l’OCP occupe une position centrale dans une chaîne de valeur directement liée à la production agricole mondiale. Dès lors, les choix du groupe en matière d’investissement, de capacités de production ou de développement de nouveaux fertilisants sont suivis de près par les marchés internationaux. Dans un environnement marqué par la volatilité des approvisionnements et les préoccupations croissantes liées à la sécurité alimentaire, cette position confère au groupe marocain une responsabilité particulière dans la continuité de l’offre mondiale en engrais phosphatés.

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