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Chronique

Transition énergétique en Méditerranée : le Maroc attire-t-il vraiment les IDE verts ?

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La Méditerranée traverse une phase de recomposition stratégique profonde, où la transition énergétique s’impose comme un nouveau terrain de rivalités économiques et industrielles. Dans ce contexte, le Maroc cherche à transformer sa position géographique en avantage compétitif durable.

Les chiffres traduisent une progression réelle : à la fin de l’année 2024, la capacité installée en énergies renouvelables atteignait environ 5 439 MW, représentant près de 45 % de la capacité électrique nationale.

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L’objectif officiel reste fixé à plus de 52 % à l’horizon 2030. Cette montée en puissance n’est pas anodine : elle envoie un signal clair aux investisseurs internationaux, notamment européens, à la recherche de plateformes stables pour sécuriser leurs approvisionnements énergétiques décarbonés.

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Dans un environnement méditerranéen marqué par l’instabilité politique et les tensions énergétiques, le Maroc capitalise sur sa stabilité institutionnelle et sur une stratégie énergétique lisible pour attirer des flux d’investissements orientés vers le solaire, l’éolien et désormais l’hydrogène vert.

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L’ampleur des projets programmés confirme cette ambition. Le plan d’extension des capacités électriques à l’horizon 2030 prévoit environ 15 GW supplémentaires, dont près de 13 GW issus des énergies renouvelables, pour un investissement global estimé à près de 120 Mds de DH. Ce volume d’investissement crée un effet d’entraînement sur les IDE greenfield, notamment dans les équipements, l’ingénierie et les infrastructures de réseau. Par ailleurs, la dynamique de l’hydrogène vert marque une nouvelle étape. Des projets totalisant plus de 300 Mds de DH ont été annoncés, visant la production d’ammoniac vert, d’acier bas carbone et de carburants industriels destinés à l’exportation. Le positionnement est stratégique : il ne s’agit plus seulement de produire de l’électricité renouvelable, mais de s’insérer dans les futures chaînes de valeur industrielles européennes liées à la décarbonation.

Cependant, l’attraction d’IDE verts ne garantit pas automatiquement une transformation structurelle de l’économie nationale. Le risque principal est celui d’une économie d’enclave, où de grands projets fortement capitalistiques coexistent avec un tissu productif local peu intégré.

La question décisive porte sur la profondeur des retombées : transfert technologique, développement de fournisseurs locaux, montée en compétence de la main-d’œuvre, création de centres de recherche et d’innovation. Sans ces effets d’ancrage, les mégaprojets énergétiques pourraient rester essentiellement tournés vers l’exportation, avec une valeur ajoutée domestique limitée. L’enjeu n’est donc pas uniquement quantitatif — combien de milliards investis — mais qualitatif : quelle transformation industrielle réelle ?

Un autre facteur critique réside dans la contrainte hydrique. La production d’hydrogène vert nécessite d’importantes quantités d’eau, dans un pays confronté à un stress hydrique structurel. Le Maroc a accéléré ses programmes de dessalination, avec plusieurs stations en fonctionnement produisant plusieurs centaines de millions de mètres cubes par an, et une capacité visée dépassant 1,5 milliard de mètres cubes d’ici 2030.

Cette stratégie permet de sécuriser les besoins urbains et industriels, mais elle renchérit les coûts et impose une gestion fine des arbitrages entre agriculture, consommation domestique et usages énergétiques. La compétitivité des IDE verts dépendra donc aussi du coût réel de l’eau et de l’électricité intégrée dans ces projets.

Enfin, l’intégration massive des renouvelables pose un défi technique majeur : la flexibilité du réseau électrique. Atteindre plus de 50 % de capacité installée en énergies renouvelables implique de gérer l’intermittence, d’investir dans le stockage, d’améliorer les interconnexions et de moderniser la régulation du marché électrique. Si ces investissements d’accompagnement ne suivent pas le rythme des annonces, l’attractivité verte pourrait se fragiliser.

Les investisseurs internationaux recherchent non seulement des ressources naturelles abondantes, mais aussi un environnement réglementaire stable, des contrats bancables et une infrastructure fiable.

Au final, le Maroc attire indéniablement davantage d’IDE orientés vers la transition énergétique qu’il y a une décennie. La trajectoire est cohérente, les montants engagés sont significatifs et la stratégie est alignée avec la reconfiguration énergétique euro-méditerranéenne. Mais la véritable bataille commence maintenant : transformer ces flux en levier d’industrialisation verte, en emplois qualifiés et en souveraineté technologique. Dans une Méditerranée sous tension, l’avantage comparatif ne se mesurera pas seulement en mégawatts installés, mais en capacité à bâtir un écosystème productif intégré, durable et compétitif.

Écrit par Hamid Fayou,

Docteur en  économie

et membre adhérent du Centre africain pour la recherche et les études stratégiques.

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