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Economie

Politique économique de Trump : faut-il migrer vers une flexibilisation totale du DH ?

TRUMP

Ecrit par Soubha Es-Siari I

Depuis son investiture, le président américain Donald Trump clame haut et fort qu’il veillera à l’application de son programme électoral sur la base duquel il a été élu. Un programme qui se résume au slogan « America First ». La politique économique adoptée par la nouvelle Administration américaine serait ainsi fortement protectionniste à en juger par les fortes hausse des droits de douane annoncées sur les produits importés de Chine, du Canada ou de l’Union européenne.  Les investisseurs tous azimuts craignent que les hausses des droits de douane dictées par les Etats-Unis et leurs partenaires commerciaux viennent freiner une croissance mondiale pour le moment solide.

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Cette nouvelle approche ne serait pas sans impact sur les pays ciblés qui vont riposter en instaurant à leur tour des tarifs douaniers sur les produits en provenance des Etats-Unis. Les relents de cette guerre tarifaire entre les trois puissances économiques mondiales (Chine, Union européenne, Etats-Unis) pourraient aggraver la situation des comptes extérieurs des pays en développement y compris le Maroc.

A rappeler que selon les derniers indicateurs communiqués par l’Office des changes, la position extérieure globale (PEG), qui reflète la situation patrimoniale de l’économie marocaine vis-à-vis du reste du monde, fait ressortir une situation nette débitrice de 785 Mds de DH à fin septembre 2024. Une situation qui s’est détériorée au cours des dernières années sous l’effet de la succession des crises qui se sont abattues sur le monde.

Pour empêcher la dégradation de la situation davantage, les institutions internationales prônent le passage du Maroc à la 2e phase de la flexibilité du DH. Une décision qui ne fait pas l’unanimité. D’aucuns considèrent qu’il faut flexibiliser davantage pour améliorer les comptes extérieurs. D’autres, à l’inverse, estiment que s’il est à choisir entre équilibrer les comptes extérieurs et maintenir les prix internes, la balance planche surtout vers la stabilité des prix.

En effet, toute politique de change se veut un outil destiné à corriger les dérapages conjoncturels issus des chocs sur le commerce extérieur. Toutefois, il est primordial de s’entendre sur la nature et la portée réelle de ces chocs dans le contexte spécifique du Maroc où la problématique de la flexibilité est habituellement corrélée à la seule bonne santé des  indicateurs macro-économiques auxquels on ajoute des mesures complémentaires de nature institutionnelle (marché de change interbancaire, renforcement de la résilience du tissu des TPE…).

La satisfaction à ces seules conditions endogènes garantirait-elle, à terme, la migration de l’approche de change actuelle vers un régime plus performant ? En tout cas le Wali de BAM campe sur sa position annonçant chaque fois que la question se pose que le Maroc n’est pas prêt à franchir ce pas et qu’il vaut mieux attendre. Et pour cause, dès que le Maroc s’engagerait dans cette voie, il ne pourrait plus faire marche arrière. Pour le gouverneur de la Banque Centrale, la décision revient pleinement au Maroc et sera prise au bon moment. 

Même son de cloche chez Nadia Fettah, ministre de l’Economie et des Finances, qui, en marge de la 13e édition de la City Week Finance Conférence tenue, il y a quelques mois, à Londres, a annoncé : « Malgré toute la volatilité des marchés que nous avons connue en 2022, la monnaie est restée au niveau de 5%. Les 5% sont largement suffisants pour évoluer en douceur vers un régime plus flexible lorsque les conditions le permettront ».

C’est pour dire que les autorités veillent au grain et sont conscientes que le changement de paradigme en matière de change ne peut s’opérer de manière fortuite. A ce titre, il est crucial de comprendre qu’il ne s’agit pas uniquement d’élargir la bande de fluctuation mais d’abandonner carrément l’ancrage au panier vers un ciblage de l’inflation. En d’autres termes, l’ancrage ne sera pas celui du taux de change mais plutôt de la politique monétaire et du taux directeur de la banque centrale.

Dans un contexte de pression et de soubresauts à l’international comme c’est le cas aujourd’hui, il est donc important de faire preuve de prudence et de ne pas prendre des mesures draconiennes qui pourraient avoir l’effet inverse.

Energie, eau : deux goulets d’étranglement

Aussi, tout changement dans la gestion du change doit-il être apprécié à l’aune des contraintes qui pèsent lourdement sur la dynamique de la balance commerciale pour ne citer que l’énergie et l’eau. Le Maroc couvre la totalité de ses besoins en énergies fossiles par des importations dont les coûts impactent fortement la situation de ses comptes extérieurs.

Le déficit hydrique, devenu chronique suite à plusieurs années de sécheresse, est l’autre grand boulet aux effets dévastateurs pour les terres cultivables. En cause : le manque de pluie affecte le rendement de la campagne agricole poussant à des importations massives des céréales et autres produits de première nécessité avec des coûts supplémentaires sur la balance commerciale.

L’effet des hausses continues des cours de ces produits est à l’origine de la dégradation du compte courant.

La planche de salut pour le Maroc réside donc dans l’arrivée à maturité de la stratégie nationale des énergies renouvelables, et la réussite de la stratégie de l’eau (accélérer la construction des nouveaux barrages et de plusieurs stations de dessalement de l’eau de mer et d’épuration des eaux usées).

C’est, donc, dans la capacité du pays à apporter des solutions efficientes à ces contraintes d’eau et d’énergie qu’il peut accéder à de nouveaux niveaux de croissance soutenus et durables, préalables indispensables et déterminants effectifs de toute libéralisation d’envergure du change au Maroc.


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