Partant de l’année d’installation du gouvernement actuel (2021), tous les chiffres connus de l’électricité du Maroc sont présentés sans voile ni carré blanc, la totalité étant issue de sources officielles et seule une petite partie de ceux de 2025 est estimée.
Le Tableau 1 montre l’évolution, durant les cinq dernières années, des chiffres détaillés des capacités installées ainsi que ceux de la puissance maximale appelée.

Tableau 1 Cinq ans de capacités installées et de satisfaction de la demande en puissance
Concernant l’ONEE-BE, il est utile de signaler :
– une baisse de 102 MW des capacités aux sources fossiles qui semble être due au démantèlement, à confirmer, de génératrices réseau (26 MW) et de petites distributions isolées (76 MW),
– une augmentation de 350 MW des capacités de production d’électricité par déstockage d’énergie due à la mise en service en 2024 de la Station de Transfert d’Énergie par Pompage de Abdelmoumen (350 MW), avec 10 ans de retard sur le planning ; son adjudication date de 2018 (gouvernement El Othmani) avec un appel d’offres datant de 2013 (gouvernement Benkirane).
Notons une augmentation de 817 MW chez les producteurs concessionnels. Mais il faut signaler que :
– le parc éolien de Taza (152 MW) a été mis en service en 2022 après un appel d’offres lancé en 2010 (gouvernement El Fassi) et une adjudication en 2012 (gouvernement Benkirane),
– l’appel d’offres du Plan Marocain Intégré d’Energie Eolienne (PMIEE, 1’050 MW sur 6 parcs dont 5 en concession et un en EPC) a été lancé en 2010 (gouvernement El Fassi) dont :
– le parc éolien au Nord-Est de Boujdour (296 MW mis en service en 2023),
– le parc éolien de Jbel lahdid (270 MW mis en service en 2024).
– seul le repowering de l’ancien site de Koudia Al Baïda (50 MW) a vu le démarrage du chantier et la mise en service (100 MW) durant cette législature.
Quant aux opérateurs produisant de l’électricité éolienne dans la cadre de la Loi 13/09,
– seul le parc éolien du Dakhla (60 MW) a vu le démarrage du chantier et la mise en service durant ce gouvernement.
– les travaux d’extension du parc éolien de Aftissat au Sud de Boujdour (de 202 à 403 MW) ont démarré début 2022 après avoir été autorisés lors du gouvernement El Othmani.
Finalement, on doit aussi retenir :
– les appels d’offres de l’ONEE-BE pour :
– pour la construction (fin en 2027) d’une turbine à gaz (990 MW) alimentée au gaz naturel près du barrage d’El Wahda,
– 1’600 MWh de stockage sur batterie (BESS) sur une dizaine de sites,
– l’appel d’offres des fermes solaires de Noor Midelt 2 et 3 (400 MWc chacun couplé à 602 MWh de stockage en BESS) a été lancé en 2023 et adjugé en 2025, sans que le Ministère de la Transition Énergétique et du Développement Durable (MTEDD) n’ait résolu l’imbroglio de la ferme solaire Noor Midelt 1, pourtant lancé en 2016 et adjugé en 2019.
Si l’on exclut les capacités de stockage pour ne retenir que les équipements de production, on peut créditer la période de ce gouvernement d’avoir vu le lancement des appels d’offres totalisant 1’950 MW :
– 800 MW de production solaire (Noor Midelt 2 et 3),
– 160 MW de production éolienne (100 MW à Koudia Al Baïda et 60 MW à Dakhla),
– 1’000 MW additionnels de cycles combinés à Tahaddart prévus par un consortium privé.
Nous ignorons volontairement :
– les 990 MW des deux turbines à gaz de l’ONEE-BE (Al Wahda) car il est hautement improbable que l’on envisage de produire avec des turbines à gaz de l’électricité coûtant plus 2 Dh/kWh en dehors des heures crête (19h-22h),
– les capacités de stockage car elles ne font que restituer une partie de l’électricité que d’autres équipements ont produit et ne sont actuellement utilisées, elles aussi, que pendant les heures crête.
Alors pourquoi un tel bilan est-il insuffisant ? – La réponse à cette question se trouve dans la satisfaction de la demande puisque, sur la législature, l’augmentation moyenne de l’électricité nette appelée a été de 2’000 GWh par an (voir bas du Tableau 2), et il aurait fallu, en moyenne, mettre en service, donc adjuger :
– ou bien 900 MW de solaire annuellement, soit 4’500 MW par législature.
– ou bien 540 MW d’éolien annuellement, soit 2’700 MW par législature.
– ou bien 360 MW de cycles combinés au gaz naturel annuellement, soit 1’800 MW par législature.
Dès lors, on comprend qu’avec un tel déficit, la communication du MTEDD de ces dernières semaines ait lourdement insisté sur les cumuls des puissances et budgets de projets qu’il a autorisés à la hâte pour faire des annonces de plusieurs milliers de MW sans en donner la consistance et les modalités de mise en œuvre pour revendiquer à l’avance la paternité de ces futurs projets, avant même qu’il n’y ait d’autres appel d’offres lancés que ceux déjà cités. Le gouvernement actuel a donc beaucoup surfé sur la mise en service de projets lancés par ses prédécesseurs.
La communication maladroite du MTEDD n’est pas la seule conséquence de ce déficit puisque les chiffres détaillés des productions électriques et de l’électricité nette appelée du Tableau 2 montrent d’autres corollaires : son avant-dernière ligne montre, sans équivoque, qu’entre 2021 et 2025, la croissance de la production locale a été trop lente pour empêcher que la contribution de la production locale à la satisfaction des besoins ne descende à 92.4% en 2025. Le déficit de production annuel comblé par les imports d’Espagne s’est régulièrement accru de +163 GWh en 2021 pour atteindre +3’708 GWh à fin 2025. Certes, l’électricité espagnole, entre 0,50 et 0,65 Dh/kWh, coûte moins cher que toute électricité d’origine thermique fossile produite au Maroc dont certaines capacités sont sous-utilisées mais on aurait pas eu à se limiter à une tel choix binaire si l’on avait assuré un rythme beaucoup plus soutenu de mises en service de centrales solaires et éoliennes avec lesquelles on aurait aussi gagné en indépendance énergétique et en intensité des émissions de notre électricité. Franchement, j’ai espéré que le triangle MASEN-ONEE-MTEDD eût été capable de bien mieux que ça.

Tableau 2 Cinq ans de production d’électricité et de satisfaction de la demande en électricité
La part non-fossile dans la puissance totale installée (Tableau 1) est plus grande que la même part non-fossile dans la production nette appelée (Tableau 2), à cause des pertes dans le pompage – turbinage, mais, au Maroc, et seulement au Maroc, on continue à parler des STEP comme si elles produisaient de l’électricité de source renouvelable alors que leur bilan énergétique est négatif.
Je ne me livrerais pas au même bilan des quatre gouvernements qui se sont succédés depuis la Stratégie Energétique Nationale mais je pense qu’en termes de chiffres tangibles qualifiant l’indépendance énergétique et les énergies renouvelables, le gouvernement actuel n’aurait pas forcément sa place sur le podium. Par contre, il cède au prochain gouvernement un handicap de retard à surmonter.
Par Amin Bennouna,

