Séisme d’Al Haouz : BAM devrait temporiser et maintenir le taux directeur inchangé

Ecrit par Soubha Es-Siari I
Une nouvelle hausse du taux directeur pourrait certes contenir la hausse des prix en rehaussant le coût du crédit mais également à maîtriser la demande globale et plus particulièrement sa composante relative à l’investissement et, accessoirement, la consommation finale. Or, au lendemain du séisme d’Al Haouz, l’heure est à la mobilisation des financements pour la reconstruction de la zone sinistrée.
Dans un contexte de forte inflation, la politique monétaire s’est fixée comme objectif la lutte contre la spirale inflationniste à travers le resserrement des conditions de crédit. Les autorités monétaires ont ainsi procédé à des hausses successives du taux directeur cumulant 150 points de base sur la période couvrant les dix derniers mois pour faire face à l’amplification du phénomène inflationniste au plan interne.
D’aucuns s’interrogent sans cesse sur la pertinence et l’efficacité de l’outil monétaire tel qu’il a été manipulé arguant le fait que l’inflation est essentiellement d’origine importée.
Aujourd’hui encore suite au séisme qui a frappé fortement ce 8 septembre la région d’Al Haouz, la question sur l’efficacité du resserrement monétaire se pose avec acuité. Outre les objectifs arrêtés dans le cadre du montage budgétaire 2024 visant la mobilisation de moyens plus importants pour la généralisation de la protection sociale et le développement des infrastructures, un autre venant s’ajouter à la liste n’est autre que le relogement et la réhabilitation de la région sinistrée par le séisme d’Al Haouz.
Dans un pareil contexte, le rôle de la politique monétaire dans la dynamisation de l’économie n’est pas à démontrer. D’où les regards braqués sur le taux directeur à quelques jours de la réunion du conseil de la politique monétaire de Bank Al-Maghrib. « Au lendemain du séisme d’Al Haouz, le sentiment du maintien du taux directeur devrait en principe se trouver renforcé au regard de l’importance des financements à mobiliser pour la reconstruction de la zone sinistrée », annoncent des analystes de la place.
Une nouvelle hausse du taux directeur pourrait certes contenir la hausse des prix en rehaussant le coût du crédit mais également à maîtriser la demande globale et plus particulièrement sa composante relative à l’investissement et, accessoirement, la consommation finale. Autrement dit, elle pourrait contrecarrer l’élan économique souhaitable pour financer tout ce qui a été démoli et effondré.
Une nouvelle hausse s’avère-t-elle utile si l’on prend en considération que depuis quelques mois, l’indice des prix à la consommation a emprunté un trend de décélération ? Au mois de juillet, le taux d’inflation est passé sous 5% en glissement annuel. Cela ne signifie nullement que nous sommes sortis de la bulle inflationniste. Loin de là.
Yassine Hmimi, expert en finance et en macroéconomie, corrobore par ailleurs ce qui précède. D’après lui : « Je pense que la banque centrale va prolonger le statu quo avec le maintien du taux directeur à 3%. Il est difficile d’imaginer un autre resserrement monétaire notamment avec l’augmentation prévue des besoins de financement dictée par le contexte actuel, lequel est marqué par les conséquences du tragique tremblement de terre ».
D’autant plus que la transmission des 150 pbs que la banque centrale avait ajoutés au taux directeur se fait progressivement, le taux débiteur moyen a déjà pris +92 pbs entre T4 2022 et T2 2023, et comme corollaire, la désinflation est bien engagée même si la masse monétaire et le crédit bancaire ressortent respectivement en hausse de +2.2% et +0.4% en YTD et de +7.1% et +5.2% en YOY à fin juillet, relève Yassine Hmimi.
Sous d’autres cieux…
Le spectre de la hausse des prix à l’international n’est pas pour autant dissipé. De grandes institutions énergétiques « ont évoqué la perspective d’un marché sous-approvisionné au dernier trimestre de l’année en réponse à la prolongation par l’Arabie Saoudite et la Russie de leurs réductions volontaires de productions et d’exportations de pétrole jusqu’à la fin de l’année. Aussi, l’état de santé de l’économie chinoise, premier importateur de brut au monde est-il scruté par les investisseurs, étant lié au niveau de la demande. Une rareté de l’offre face à une hausse de la demande équivaut à des prix de plus en plus élevés. Le Maroc en tant que pays importateur de cette énergie fossile ne peut que subir cette hausse sur son marché interne avec toutes les conséquences qui en découlent.
Dans la même lignée, il est à rappeler que le jeudi 14 septembre, la BCE a augmenté son taux directeur de 0,25 point, au plus haut niveau de son histoire. Une hausse qui n’a pas du tout été appréciée par les marchés considérant que Christine Lagarde continue à se planter en augmentant les taux et c’est désespérant. Ils conçoivent mal une nouvelle hausse pour une économie européenne au bord de la récession.
Mercredi prochain, les analystes s’attendent à ce que la Réserve fédérale américaine marque une nouvelle pause dans sa hausse des taux qui atteignent déjà plus de 5,25%. En attendant, la réunion de la FED, les spéculations vont bon train. Les taux se situent dans la fourchette de 5,25 à 5,50% après 11 relèvements depuis mars 2022. « Il est largement attendu que la FED maintienne ses taux stables », selon une note des économistes d’Oxford Economics.
Une chose est sûre : alors qu’au Maroc, le resserrement monétaire apparaît inadapté pour la lutte contre l’inflation importée, la hausse du coût de crédit contribue de surcroît à anéantir tout effort visant la sortie de la situation de stagnation de l’activité à travers la demande. La hausse du taux d’intérêt est de nature à alourdir davantage les coûts des financements, à ralentir la demande des opérateurs et à peser sur les anticipations des investisseurs.
Cela dit, dans le contexte de stagflation conjugué à une lourde catastrophe naturelle à multiples relents, le fondement des arbitrages à faire, la détermination des priorités, la pertinence des instruments à mettre en oeuvre… sont à manier avec discernement et prudence.

