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Economie

Emploi : le bilan à mi-mandat du gouvernement a-t-il convaincu ?

exportations Akhannouch

Ecrit par Soubha Es-Siari I

Le chômage ou le faible emploi est la pilule au goût amer de l’exercice 2023. L’équipe au pouvoir peut défendre son bilan comme elle le souhaite mais la problématique de l’emploi avec un taux de chômage important la rattrape vite pour attester que les engagements du début de  mandat piétinent toujours.

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Il est utile de rappeler que 2023 a été marquée par une détérioration de l’emploi soit une perte de 157.000 postes d’emploi au niveau national. Ce chiffre inquiétant n’a pas pour autant secoué le chef de gouvernement Aziz Akhannouch. Dans son bilan à mi-mandat, ce dernier a annoncé que les postes d’emploi perdus ne sont pas tous des emplois structurés et de qualité, mais sont pour la plupart « des activités non rémunérées ».

Il rappelle par la même occasion que l’agriculture est le secteur qui a enregistré le plus de pertes de postes d’emploi, en raison des années successives de sécheresse, de l’évolution rapide de la structure du secteur et du développement de la mécanisation agricole.

Or, en scrutant  les indicateurs relatifs à l’emploi publiés par le HCP, il ressort ainsi  que la hausse du chômage est plus importante aussi bien en milieu rural (6,3% contre 5,2%) qu’en milieu urbain (16,8% contre 15,8%). Au-delà même de la sécheresse et son agressivité, comme en attestent les chiffres, d’autres facteurs et pas des moindres sont à prendre en considération.

En parallèle à la perte d’emplois que le chef de gouvernement minimise, le taux de chômage a nettement augmenté pour culminer à 13% en 2023. Un taux qui sous-tend que 1,5 million de personnes sont sans emploi. L’analyse des mêmes chiffres dévoilés par le HCP révèle que telle une tempête, le chômage dévaste aussi bien le milieu rural qu’urbain, hommes et femmes, diplômés et non-diplômés, toutes les catégories d’âge, toutes les branches d’activité…

Parmi les diplômés,  il ainsi enregistré une hausse de 1,1 point (19,7% contre 18,6%), et de 0,7 point parmi les personnes n’ayant aucun diplôme (4,9% contre 4,2%). Cette hausse a concerné l’ensemble des catégories d’âge. Ainsi, le taux de chômage a progressé respectivement de 3,1 points parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans, de 1,4 point pour les personnes âgées de 25 à 34 ans, d’1 point pour celles de 35 à 44 ans,et de 3,3% à 3,7% et de 0,4 point pour celles de 45 ans et plus.

Au-delà de ces chiffres alarmants, la crise de l’emploi, enregistrée, en 2023 met en exergue les défis structurels et conjoncturels auxquels fait face le Maroc. En dépit de ses atouts, l’économie marocaine est confrontée à plusieurs défis qui handicapent la création de l’emploi. Le taux de chômage élevé particulièrement parmi les jeunes et les diplômés se veut un exemple édifiant et remet en selle l’inadéquation emploi-formation dont le Maroc n’arrive pas à s’en débarrasser. Ces défis sont alourdis par une croissance économique qui ne se traduit pas toujours par la création d’emploi pour une foultitude raisons en l’occurrence la réglementation, la vulnérabilité aux chocs externes, la faible transformation structurelle… Résultats des courses : une croissance économique faiblement génératrice d’emplois.

Une telle inéquation taraude les esprits des conjoncturistes qui considèrent que cette croissance sans emplois s’explique par  par plusieurs séries d’acteurs : d’une part l’intégration du Maroc dans l’économie mondiale tout en offrant des opportunités de progrès par l’exportation et l’investissement étranger a pour sa part, conduit à une augmentation de la concurrence sur le marché intérieur. Aussi, les industries traditionnelles, en particulier celles qui sont plus intensives en main-d’œuvre, comme l’agriculture et l’artisanat, se trouvant sous pression, ne peuvent pas rivaliser avec les produits importés. Des gardes-fous sont à mettre en place pour protéger le tissu national sans pour autant biaiser les règles du libre-échange. Dans ce cas de figure, la responsabilité incombe aussi bien à l’Etat qu’aux opérateurs.

D’autre part, la structure de l’économie marocaine est en mutation, avec un déplacement progressif vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée comme l’automobile, l’aéronautique et les technologies de l’information. Ces secteurs contribuent certes de manière importante à l’élévation du PIB, ils nécessitent toutefois un niveau de compétences et une technicité que la majorité de la population active marocaine ne possède pas encore. Un effort supplémentaire en matière de formation est ainsi recommandé.

Ajoutons à cela que l’automatisation et la digitalisation grandissantes des processus de production ne sont pas exemptes d’impact sur l’emploi. Elles améliorent certes la productivité mais réduisent pour autant la dépendance à la main d’œuvre en particulier pour les tâches automatiques.

La répartition inégale de la création de richesses entre régions affaiblit davantage le taux d’emploi sachant que certaines régions et villes notamment Casablanca, Rabat et Tanger qui bénéficient d’une infrastructure plus développée et d’un meilleur accès au marché créent le plus de richesses et donc d’emplois. Les autres régions en marge contribuent faiblement à la création d’emplois.

Le gouvernement ne doit pas occulter que le Maroc peine à créer suffisamment d’emploi de qualité. Laquelle insuffisance conduit, fatalement, à une augmentation du travail informel et du sous-emploi, où les individus sont contraints d’accepter des emplois précaires, souvent mal rémunérés et sans protection sociale. En dépit des efforts déployés, le secteur de l’informel continue à peser de tout son poids sur notre économie. Cela affecte non seulement le bien-être des travailleurs et de leurs familles, mais limite, finalement, leur capacité à contribuer à l’économie par la consommation et l’épargne, freinant ainsi la demande intérieure.

Partant d’un tel constat, le gouvernement doit admettre qu’à à long terme, les répercussions sur le développement durable d’une économie souhaitant intégrer le cercle des pays émergents sont préoccupantes : l’incapacité à offrir des perspectives d’emploi viables et gratifiantes à la population active risque de compromettre les avancées en matière d’éducation et de santé, les deux mamelles de la consolidation socio-économique du Royaume.

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