Taux directeur : la baisse, nouveau boost pour l’économie ?

La première réduction surprise du taux directeur à 2,75% augure-t-elle d’une retour vers une politique monétaire plus accommodante à même de rebooster l’économie ? Selon BKGR, la prévision de croissance pour 2024 demeure inchangée à 2,6%. Les détails.
Bank Al-Maghrib a procédé, lors de son deuxième conseil trimestriel, à la réduction de son taux directeur de -25 pbs à 2,75%. Cette décision, expliquée par le ralentissement de l’inflation et la robustesse économique soutenue, est perçue comme une mesure stratégique afin de stimuler l’économie et encourager les investissements.
Dans ce sillage, la Banque Centrale a actualisé ses prévisions relatives à la composante principale d’inflation à +1,5% pour 2024 (vs. +2,2% pour ses anticipations de mars) avant une remontée anticipée à +2,7% en 2025 (vs. +2,4% pour ses anticipations de mars), consécutivement à la mise en œuvre du programme de décompensation des prix du gaz butane.
A l’issue de ce mois de mai, l’inflation domestique ressort en net ralentissement passant de +6,1% en 2023 à +0,4% à fin mai 2024 (vs. +0,2% un mois auparavant).
S’agissant de la croissance économique et après une hausse du PIB de +3,4% en 2023 selon l’HCP, BANK AL-MAGHRIB prévoit désormais un ralentissement du profil de croissance à +2,8% en 2024 (vs. +2,1% initialement et +2,6% pour le scenario central de BKGR).
Cette dynamique devrait être principalement portée par l’accélération de l’activité non agricole à +3,8% (contre +3,5% en 2023) soutenue principalement par l’investissement public et privé, la dynamique du secteur touristique et la reprise de la consommation des ménages dans le sillage de l’atténuation des pressions inflationnistes… Ce qui devrait atténuer, voire compenser la contraction de la valeur ajoutée agricole de -6,9% (vs. +1,4% en 2023) sous l’hypothèse d’une récolte céréalière de 31,2 MQx (contre 25 MQx prévus en mars).
En 2025, le rythme de croissance devrait s’accélérer à +4,5% sous l’hypothèse d’un retour à une production céréalière moyenne de 55 MQx.
En attendant la confirmation de ces projections, l’arrêté des comptes nationaux du premier trimestre de 2024 fait ressortir un ralentissement de la croissance de l’économie nationale à +2,5% contre +3,9% au T1 2023.
Il faut dire que les investissements publics et privés demeurent les piliers de la croissance économique escomptée. Dans ce contexte, les dépenses d’équipement du Budget General de l’Etat s’établissent à 36,1 Mds de DH en 2024 au moment où la BANQUE MONDIALE a accordé un financement de 600 millions de dollars visant l’amélioration de la performance du secteur public et la qualité de ses services au Maroc.
De son côté, le Gouvernement a intensifié ses efforts pour attirer les investissements étrangers notamment à travers la signature d’une convention d’investissement avec le Groupe GOTION HIGH- TECH pour la construction de la première gigafactory avec une capacité prévue de 100 GWh pour un montant global de 65 Mds de DH devant générer 17 000 postes d’emplois directs, indirects et induits.
Parallèlement, la 5ème Commission nationale a procédé à l’approbation de 27 projets d’investissement portant sur un montant total de 7,7 Mds de DH et devant générer plus de 7.000 postes d’emploi et la signature d’une convention d’investissement d’un projet dans le secteur de mobilité électrique pour un montant de 12,8 Mds de DH devant permettre la création de 17.600 emplois. Cette dynamique d’investissement, encouragée par les mesures déployées par le Gouvernement, témoigne de la confiance croissante des investisseurs dans le potentiel économique du Royaume.
Pour sa part, le secteur touristique, autre socle de la croissance économique, poursuit sa forte reprise. C’est ainsi et au terme des premiers cinq mois de l’année que le volume des arrivées aux postes frontières a atteint 5,9 millions de touristes à fin mai 2024, en forte amélioration de +15,1% par rapport à un an auparavant. Sur le seul mois de mai, les arrivées de touristes se sont établies à 1,3 millions, soit une progression de +18,2% comparativement au mois de mai 2023. A noter que cette dynamique devrait se poursuivre cet été, comme en atteste le taux d’occupation et le nombre de réservations élevés enregistrés notamment à Marrakech.
COFACE confirme, elle aussi, le trend positif de l’économie nationale, en maintenant le risque pays à « B » pour le Maroc avec une note de « A4 » pour le climat des affaires, selon la dernière grille du risque pays et de la qualité de l’environnement publiée par l’assureur crédit en juin 2024.
Au volet des finances publiques, le déficit budgétaire s’est allégé à -11,2 Mds de DH à fin mai 2024 (vs. -20,4 Mds de DH à la même période une année auparavant) consécutivement à la progression des recettes ordinaires de +13,6% à 143,2 Mds de DH, compte tenu de l’amélioration de +12,2% des recettes fiscales à 126,8 Mds de DH et de la hausse de +26,2% des recettes non fiscales à 16,5 Mds de DH d’un coté ;
Et de l’autre, de la contraction de -2,3% des dépenses ordinaires se fixant à 128,4 Mds de DH, suite principalement à la baisse significative des dépenses de compensation de -49,5% à 4,6 Mds de DH tandis que les remboursements, dégrèvements et restitutions fiscaux avancent de +3,5% à 4,8 Mds de DH.
Afin de couvrir ce déficit, le Trésor a fait appel aux adjudications pour un montant global de 31,2 Mds de DH (vs. 34,2 Mds de DH à fin mai 2023).
S’agissant des échanges extérieurs, le déficit commercial ressort en allégement de -1% à -117 Mds de DH à fin mai 2024 par rapport à la même période de l’année écoulée, soit un taux de couverture en progression à 62,1% contre 60,8% à fin mai 2023.
Cette évolution favorable est attribuable principalement aussi bien à l’amélioration des exportations de +4,4% en y-o-y à 191,7 Mds de DH portée par la poursuite de la bonne performance des ventes du secteur automobile (+12% à 67,5 Mds de DH) et de celles des phosphates et dérivés (+5,3% à 32 Mds de DH) ; qu’à l’accroissement de +2,3% des importations à 308,8 Mds de DH, suite aux hausses respectives de +6,8% à 71,8 Mds de DH et de +6,5% à 66,8 Mds de DH des produits finis d’équipement et des demi-produits.
Le Taux d’Utilisation des Capacités de production ressort, de son coté, stable à 78% à fin mai 2024 et ce, dans un contexte marqué par la bonne tenue des activités d’export couplée à la hausse des ventes sur le marché local.
Au volet des paiements, les flux nets d’IDE affichent un bond de +2,1x à 10,1 Mds de DH au moment où les transferts des MRE et les recettes de voyages poursuivent leur amélioration (+2,4% à 46,4 Mds de DH et de +1,6% à 41,3 Mds de DH respectivement à fin mai 2024).
Au niveau du marché boursier, la nouvelle phase d’assouplissement monétaire entamée par Bank Al-Maghrib a fortement soutenu la Bourse de Casablanca qui a vu son principal indice afficher un rebond de +2,17% en une seule séance suite à cette annonce.
Cela étant, le marché actions s’est inscrit en juin dans une consolidation baissière avec un MASI et un MASI 20 qui ressortent respectivement à -0,07% et +0,18% pour clôturer le semestre sur des performances annuelles de +9,99% et de +8,58%.
Tenant compte des éléments susmentionnés et dans l’expectative d’une confirmation de l’orientation dovish de BANK AL-MAGHRIB, BMCE Capital Global Research a maintenu son scénario économique (2,6% de croissance en 2024) ainsi que sa cartographie des risques et opportunités inchangés.
