Finance verte : le Maroc pose les bases d’un nouveau standard pour orienter les investissements durable

Le Maroc franchit une nouvelle étape dans la structuration de la finance durable avec la mise en place de la Taxonomie Financière Verte du Maroc (TFVM), un référentiel destiné à définir clairement quelles activités économiques peuvent être considérées comme « vertes ».
Ce chantier stratégique, dont la consultation publique s’est achevée le 31 juillet 2026, vise à instaurer un langage commun entre les pouvoirs publics, les institutions financières, les investisseurs et les porteurs de projets.
Pilotée conjointement par le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib, l’AMMC, l’ACAPS et le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, cette initiative répond à un enjeu majeur : orienter plus efficacement les flux financiers vers les activités contribuant à la transition écologique.
Comme le souligne l’Observatoire Régional de Veille Stratégique et d’Intelligence Territoriale de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, cette évolution est appelée à transformer progressivement les critères d’évaluation des projets territoriaux et la relation entre les porteurs de projets et les financeurs. « Observer le territoire pour mieux éclairer l’action régionale » constitue d’ailleurs le principe directeur de cette démarche d’anticipation stratégique.
La future taxonomie repose sur deux grands piliers : l’atténuation du changement climatique et l’adaptation aux risques climatiques. Dans une première phase, les secteurs de l’énergie, du transport et de l’industrie manufacturière figurent parmi les domaines prioritaires couverts par le dispositif.
Le référentiel introduit cependant une distinction essentielle : être actif dans un secteur concerné ne suffit pas pour être qualifié d’activité verte. Les projets devront démontrer leur conformité à des critères techniques précis, respecter le principe de « ne pas causer de préjudice significatif » (DNSH) et intégrer des garanties sociales minimales.
Cette approche rapproche progressivement le Maroc des standards internationaux en matière de finance durable et devrait contribuer à améliorer la lisibilité des projets pour les investisseurs.
Des conséquences directes pour les territoires
L’introduction de la TFVM pourrait modifier en profondeur la manière dont les collectivités, les établissements publics et les entreprises conçoivent leurs projets d’investissement. Selon l’Observatoire Régional de Veille Stratégique et d’Intelligence Territoriale de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, plusieurs impacts sont attendus.
D’abord, les projets devront intégrer davantage de critères environnementaux mesurables dès leur conception. Ensuite, le dialogue avec les banques, les bailleurs de fonds et les investisseurs devrait gagner en transparence grâce à l’existence d’un référentiel partagé. Enfin, les porteurs de projets devront renforcer leurs capacités de collecte et de traitement des données relatives aux émissions, à la consommation énergétique, à l’utilisation de l’eau ou encore aux risques climatiques.
Les secteurs de l’énergie, de la mobilité, de l’industrie, des infrastructures et de la résilience climatique figurent parmi les premiers concernés par cette transformation.
Un chantier encore en construction
Malgré les perspectives ouvertes par cette réforme, plusieurs points de vigilance demeurent. La TFVM est encore en phase de finalisation et son périmètre est susceptible d’évoluer. Par ailleurs, l’alignement d’un projet avec les critères de la taxonomie ne garantit pas automatiquement l’obtention d’un financement.
Autre enjeu majeur : la qualité de la documentation produite. Les acteurs économiques devront disposer de données fiables et vérifiables pour démontrer leur conformité aux exigences de la taxonomie.
Pour les territoires, l’enjeu dépasse donc la seule conformité réglementaire. Il s’agit désormais de se préparer à un environnement où l’accès au financement sera de plus en plus lié à la capacité des projets à démontrer leur contribution effective aux objectifs de durabilité. Comme le rappelle l’Observatoire Régional de Veille Stratégique et d’Intelligence Territoriale de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, observer les mutations économiques et réglementaires aujourd’hui constitue une condition essentielle pour mieux orienter les stratégies de développement territorial de demain.
