Afrique : résilience et durabilité bousculent l’agenda des Caisses de Dépôt

Ecrit par Imane Bouhrara I
Le rôle des Caisses de dépôt dans la mobilisation de financements et le développement des pays n’est plus à démontrer, surtout en Afrique où elles répondent à des besoins urgents de développement. Une mission qui s’accentue avec l’impératif d’une croissance durable et une résilience climatique. Des priorités qui appellent à une souplesse sans perdre de vue l’impératif de rentabilité.
Les financements à longs termes sont cruciaux pour le développement des chantiers d’envergure dans chaque pays et dans ce sens, les Caisses de dépôt jouent un rôle central.
Dans ce sens où ces institutionnels portent sur leurs épaules l’intérêt général, balisent le terrain ver d’autres investissements notamment privés tout en veillant à la rentabilité des financements.
Un mandat public qui interroge l’évolution du rôle de ces Caisses notamment en Afrique où les priorités de durabilité et de résilience s’imposent dans l’agenda des politiques publiques des gouvernements impliquant des besoins importants en financements.
C’est un thème éludé lors du SIDE Évent organisé par la CDG en marge de l’AFIS 2024 autour du thème « Le Modèle des Caisses de Dépôt en Afrique : Mobiliser les ressources financières domestiques pour la croissance économique et le développement durable ».
En effet, en Afrique, le besoin de solutions de financement à long terme est devenu essentiel pour répondre aux objectifs de développement urgents, des infrastructures et de la résilience climatique à la croissance durable.
Dans ce contexte, le mécanisme « Caisse de dépôt » remplit une mission centrale dans la mobilisation de ressources financières nationales vers ces domaines critiques, contribuant ainsi à la résilience économique et relevant les défis climatiques.
Comment les caisses de dépôt parviennent-elles dans le contexte actuel à stimuler la finance durable, donner la priorité aux investissements dans les secteurs du climat et de la croissance, et tirer parti des mandats publics pour favoriser des modèles de financement innovants.
Le mot clé est la souplesse dans leur rôle mais aussi dans leur mode d’examiner des opportunités parce qu’elles ne doivent pas sacrifier la rentabilité des engagements et des investissements faits, indique Khalid Safir, Directeur général de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG).
Une agilité nécessaire pour anticiper les besoins exprimés par les États pour apporter des réponses à des doléances données, tout en veillant à remplir leur mandat général à savoir sécuriser et faire fructifier l’épargne des déposants.
Bien sûr, tout en étant autonomes, elles restent à l’écoute des attentes de leurs économies nationales et des gouvernements et aujourd’hui la transition énergétique et la durabilité sont des principes qui s’imposent plus et les causses peuvent jouer un rôle moteur dans le cadre de financement de cette transirions, précise-t-il.
Un rôle qu’elles ont de tout temps rempli puisqu’elles vont là où le privé ne va pas encore.
« Elles peuvent être pionnières dans certains nombres de projets notamment en finançant tout ce qui tourne dans l’orbite de l’économie verte, de la production des énergies renouvelables, de l’amélioration de l’efficacité énergétique, de l’amélioration de la gestion des ressources hydriques, l’atténuation face au changement climatique… », abonde-t-il.
Elles jouent également le rôle de levier de mobilisation de financement vert, parce qu’elles en ont les moyens.
Et Khalid Safir de rappeler que les caisses de dépôt « Sont des institutionnels qui sont patients, qui s’inscrivent dans le long terme et sont contracycliques et donc qui peuvent permettre d’aller sur ces nouveaux types de financements et attirer par la suite le secteur privé.
Autrement dit, elles sont ce rôle de baliser le terrain vers d’autres investissements notamment privés, en appuyant la stratégie nationale de développement et financer des projets d’envergure à caractère structurant autrement remplir leur mandat d’intérêt développement, le cas de la CDG.
En Tunisie, l’impératif dicté par la durabilité a incité à explorer les financement verts et les green bonds, pour financer les projets d’adaptation et d’atténuation climatiques.
« Du fait de notre ADN nous sommes des institutions portées sur l’intérêt général. Et qui dit intérêt général dit un investissement responsable et du coup on a des stratégies d’investissement triptyques au regard du rendement financier, du risque mais aussi de l’impact. A travers cet impact nous ciblons des projets qui ont un impact que ce soit sur le développement régional pour réduire les disparités entre régions mais aussi d’agir pour lever des financements pour des projets qui permettent de lutter contre le changement climatique », explique Nejia Gharbi, CEO de CDC Tunisie.
La stratégie d’investissement dans ce pays africain poursuit deux enjeux majeurs : soutenir la transition écologique et énergétique d’un côté et de l’autre, la transition numérique, que la CDC cible à travers ses investissements.
Autre pays et autre configuration mais toujours avec les mêmes préoccupations majeurs de durabilité et de résilience climatique, la Côte d’Ivoire. Pays riche en ressources naturelles notamment le lithium indispensable à l’industrie des batteries électriques, le pays a donc lancé en avril 2024 la Facilité d’Investissement à Long Terme (FILT), dénommée CDC-CI Capital, dotée d’une enveloppe de 38 milliards de FCFA, explique Serge Kouao Kablan, conseiller technique du DG de CDC-CI de la côte d’Ivoire.
CDC-CI Capital apporte ainsi des financements supplémentaires au financement classique des banques.
Au Gabon, la Caisse de dépôt et de consignations est actuellement en discussion avec tous les acteurs de la biodiversité et la finance verte pour pouvoir mettre en œuvre les différents codes pour préserver l’environnement, souligne pour sa part Marius Issa Nkori, Administrateur directeur général de CDC Gabon.
De l’adaptation côtière au reboisement des forêts, la CDC Gabon est de tous notamment sur le projet de première centrale électrique solaire à Libreville.
C’est dire que les défis de durabilité, de transition énergétique et de résilience climatique s’imposent dans les agendas des caisses de dépôt africaines.
Des défis commun au continent en termes de développement durable, d’atténuation des effets de changements climatiques, de préparation du continent à cette transition qui doit faire face à cette poussée démographique avec comme défi l’employabilité des jeunes et de développement des PME, d’encouragement de l’innovation et des startups, mais aussi, et c’est là que les besoins de financement sont énormes, de construction des infrastructures nécessaires à ce développement, notamment de mobilité, de production d’énergies, de fourniture d’eau… énumère Khalid Safir.
Des défis énormes qui nécessitent des financements énormes et propulsent les caisses de dépôts au premier plan.
« À l’ouverture de l’AFIS 2024, la discussion a tournée autour de deux points importants, d’un côté la mobilisation de l’épargne domestique comme solution et de l’autre coté la mise en place d’instruments financiers de long terme. Ces deux impératifs majeurs soulevés auxquels les CDC peuvent apporter des réponses. Ces deux éléments sont d’ailleurs inscrits dans l’ADN des caisses de dépôt », rappelle Khalid Safir.
Il souligne que les Caisses de dépôt suivent le court du temps et les priorités économiques nationales et s’adaptent, le cas du Maroc, où la CDG a toujours accompagné les politiques sectorielles nationales, les efforts d’investissements nationaux depuis sa création et aujourd’hui elle se place dans la dynamique de cette transition écologique et énergétique et d’investissement dans les infrastructures de production d’énergie, de dessalement de l’eau, d’adaptation et d’atténuation et d’émergence d’une économie verte.
Face à de tels défis, la pérennité du modèle actuel interpelle. Dans ce sens, le DG de la CDG soutient que cela implique plus de communication et de vulgariser le rôle d’un caisse de dépôt auprès des décideurs politiques, de sauvegarder l’accès à ces ressources, le cas du Maroc notamment avec la réforme des retraites et donc son impact sur la mobilisation de ces ressources.
Pour ce qui est des instruments, l’échange et la concertation avec les autres acteurs du système financier est importante pour qu’il y ait un complétude entre les différents intervenants.
