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Economie

Avec 74% des dépenses de soins AMO Tadamoun orientés vers le privé, le pôle public est-il dénigré ?

santé

Ecrit par Lamiae Boumahrou I

Le rapport de la Cour des comptes vient de dévoiler ce que le gouvernement dissimule au moment de dresser le bilan de la généralisation de la couverture sanitaire notamment pour la population AMO Tadamoun. Avec 74% des dépenses des prestations de soins relatifs à ce régime orientés vers le secteur privé soit 11,47 Mds de DH, la question de l’échec de la réforme du système national de la santé s’impose avec acuité.  Le gouvernement s’est-il désengagé de l’hôpital public ?

La mise en œuvre de la généralisation de la protection sociale rencontre quelques embûches que le gouvernement tente, tant bien que mal, de cacher. Heureusement nous disposons d’instances indépendantes qui accèdent à l’information et jettent la lumière sur la partie cachée de l’iceberg.

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C’est le cas de la Cour des comptes qui révèle dans ces rapports la réalité de la gestion de la chose publique. Dans son dernier rapport annuel 2023-2024, un chiffre dans le paragraphe relatif au chantier de la généralisation de la couverture sanitaire interpelle. Il s’agit des dépenses des prestations de soins relatifs au régime de l’AMO Tadamoun (ex-ramédistes). Il ressort du rapport que 74% des dépenses de ce régime sont orientés vers le secteur privé ce qui pose plusieurs points d’interrogation.

En montant, l’Etat, qui assure le financement de ce régime à hauteur de 9,5 Mds de DH par an, a versé, par le biais de la CNSS, au secteur privé de la santé environ 11,477 Mds de DH soit 74% du total des dépenses qui s’élèvent à 15,51 Mds de DH pour la période allant de décembre 2022 à fin septembre 2024 (Selon la cour des comptes).

Un chiffre énorme qui en dit long sur les écueils non pas du chantier mais de sa mise en œuvre d’une part et de l’autre part du rôle du secteur public dans le système national de santé. Nous avions tiré la sonnette d’alarme dans un article en mars 2023, soit à peine 4 mois après le basculement des ramedistes vers AMO Tadamoun, sur l’afflux de cette population vers le privé. Mais c’est tombé dans l’oreille d’un sourd.

On comprend mieux pourquoi ces chiffres n’ont pas été évoqués par le Chef du gouvernement lors de son exposé devant le Parlement sur les réalisations à mi-mandat en avril dernier, ni dans le livre relatif aux réalisations à mi-mandat qui devait contenir les détails des détails. Ne dit-on pas que le Diable se trouve dans les détails.

Un livre, qui selon le gouvernement, devait témoigner de l’approche novatrice fondée sur la transparence et la participation citoyenne dans l’évaluation de son bilan d’action. Je dis ça je dis rien (Sic).

Mais analysons quand même ce pourcentage. Si 74% des dépenses des prestations de soins AMO Tadamoun vont au privé, cela veut-il dire que les hôpitaux publics ne soignent plus les Marocains en particulier cette population qui ne pouvait pas, avant la généralisation de l’AMO, accéder au secteur privé ?

Une question légitime puisque les hôpitaux publics ne captent plus que les 26% restants des dépenses de l’AMO Tadamoun soit l’équivalant d’environ 4 Mds de DH pratiquement en 2 ans. Donc moins de personnes à soigner et, par ricochet, moins de rentrées d’argent. Faut-il rappeler qu’avant la généralisation de l’AMO, les 10 Mds de DH/an de cotisations de l’Etat destinées aux ramédistes étaient versés au secteur public pour assurer leur couverture médicale.

En esquivant ces chiffres, le gouvernement occulte aussi l’échec de la réforme du système national de la santé et la défaillance de l’hôpital public.

Rappelons que les 4 piliers de cette réforme sont l’adoption d’une bonne gouvernance visant à renforcer les mécanismes de régulation, à contrôler l’activité des acteurs, à améliorer la gouvernance hospitalière et la planification territoriale de l’offre de soins ; la valorisation des ressources humaines ; la réhabilitation de l’offre de soins afin de répondre aux attentes des Marocains, en facilitant l’accès aux services médicaux et en améliorant leur qualité ainsi que la digitalisation du système national de santé par la création d’un système d’information intégré, pour collecter, traiter et exploiter toutes les informations de base liées au système de santé.

Si le secteur public de la Santé répondait aux besoins de la population notamment celle concernée par le Régime AMO Tadamoun, il serait étonnant de voir des personnes vulnérables, sans revenus, se diriger vers le secteur privé pour se faire soigner et supporter les 30% de différence des dépenses. Cela dit, heureusement que nous avons un secteur privé qui se développe, dans les 4 coins du Maroc, qui répond à la demande de soins de plus en plus croissante depuis la généralisation de l’assurance maladie et qui est aux standards internationaux.

Ces chiffres démontrent aussi l’échec du gouvernement et plus particulièrement du ministère de tutelle de mettre à niveau  l’hôpital public et d’en faire un vrai pilier du secteur de la santé au Maroc. La santé au Maroc a besoin de ses deux jambes secteur public et privé. C’est la base fondamentale d’un système de santé équilibré et efficient.

Le gouvernement devrait veiller de plus prés à la pérennité financière du régime d’une part et d’autre part à faire de la réforme du secteur hospitalier public une vraie priorité et non pas des slogans de campagne électorale. Il est temps que le gouvernement arrête de se jeter des fleurs. Qu’il soit plus critique par rapport à la gestion de la chose publique et fasse preuve d’une volonté politique réelle pour faire du secteur public de la santé un véritable acteur dans la société marocaine.

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