A propos de la découverte de pétrole au large d’Agadir. Souvenons-nous de Talsint !

Un article publié le 10 Décembre 2024 dans le portail espagnol Ecoticias[1] refait parler les médias marocains de découverte de pétrole dans la baie d’Agadir dans des profondeurs d’eau de 600 m à 2’000 m à environ 100 kilomètres de la frontière maritime avec l’Espagne et à environ 200 kilomètres de l’île espagnole de « La Graciosa » de l’archipel des Canaries. Qu’en penser ?
De quoi s’agit-il ? En fait, il s’agit de la même information qui circule depuis 2022 et fréquemment réactivée par des annonces faites par la société Europa Oil & Gas, cotée à la bourse de Londres, qui détient le permis d’explorer la zone d’Inezgane offshore. Le projet de forage d’exploration dans la zone couvre une superficie de 11’228 km² allant jusqu’aux côtes de Tarfaya, Sidi Ifni et Tan Tan. Comme dans tous les contrats d’affermage accordés aux explorateurs d’hydrocarbures, 75% des fruits d’une découverte rentable reviendraient à Europa Oil & Gas, l’Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM) bénéficiant des 25% restants.
De combien s’agit-il ? Selon les estimations de Europa Oil & Gas, elles-mêmes rapportées par le portail espagnol1, ce gisement contiendrait 1 milliard de tonnes de réserves dites « prouvées » de pétrole, ce qui correspondrait certes à 22% de la consommation mondiale de pétrole actuelle (4,5 milliards de tonnes) mais seulement 0,43% des réserves mondiales prouvées à date (237 milliards de tonnes) ou bien à une production annuelle de 0,75% de la production mondiale si le puits était exploité pendant 30 ans. Négligeable ? – Non, pas du tout puisqu’une telle production équivaudrait aussi à 275% des 12 millions de tonnes des besoins estimés du Maroc en produits pétroliers en 2024, toujours pendant trente ans. Ce qui suppose que le Maroc pourrait même en exporter.
Qu’en penser ? – Dans ce domaine, il faut savoir garder la tête très très très froide et ne pas s’exciter car il est très fréquent que toutes sortes de projets, dont ceux des sociétés d’exploration d’hydrocarbures, fassent des déclarations fracassantes pour drainer des fonds ou séduire des partenaires. Depuis 2020, la presse marocaine a rapporté toutes sortes de propos contradictoires de Simon Oddie, PDG de Europa Oil & Gas, qui aurait tantôt lancé des déclarations fracassantes, tantôt annoncé des abandons par manque de partenariat.
Souvenons-nous de Talsint ! Le sensationnalisme doit-il se faire au risque de créer de faux espoirs ?
Souvenons-nous de la fable de l’enfant qui criait indûment au loup. Sa morale disait « que les menteurs ne gagnent qu’une chose, c’est de n’être pas crus, même lorsqu’ils disent la vérité« . Cherchons-nous cela ?
Il convient de savoir raison garder, c’est-à-dire que la presse et le grand public évitent d’être trop sensibles à ce genre d’annonces, d’autant plus que le concessionnaire a un partenaire public fiable et qui connaît tout à fait le domaine, et le crédit à accorder à ces annonces. Alors la meilleure consigne est : « Attendre que l’ONHYM se manifeste avant de gober les déclarations fracassantes d’une entité juge et partie.«
Par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)
RÉFÉRENCES
[1] Ecoticias , « La mina de petróleo que España no quiere abrir: 1000 millones de toneladas y 100 000 millones de euros« , https://www.ecoticias.com/hoyeco/mina-petroleo-espana-marruecos/14425/

