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Chronique

Les probables ‘good news’ de 2024 en énergie et électricité

gasoil

Dans un océan de grisaille de la géopolitique internationale, quel plaisir de se réveiller en 2025 avec, au moins, quelques bonnes nouvelles potentielles « au saut du lit ». Voici donc mon premier article de l’année qui, depuis 6 ans et hors COVID, me rapproche de la 100ème contribution bénévole à EcoActu.ma.

Trop occupés qu’ils sont encore à vous décrire l’année 2023 (et parfois même 2022 !), il est donc beaucoup beaucoup beaucoup trop tôt pour que nos officiels vous parlent des résultats énergétiques de 2024. Et pourtant, ils devraient ! Les chiffres disponibles de 2024, quoique incomplets, me permettent déjà de faire quelques estimations de la fin de 2024 et même si les estimations de détail risquent d’être encore trop approximatives, leurs agrégats comportent peu de risques d’erreur à la date où nous sommes. Alors, dans ces toutes fraîches estimations de fin 2024, allons à la pêche des meilleures bonnes nouvelles énergétiques marocaines que l’on peut y trouver. Waw ! Rien qu’à écrire de telles phrases me fait oublier certaines souffrances et fait du bien aux vieux os de mon Maroc… mais cessons nos effusions et passons au concret.

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Quand la production renouvelable progresse, le pays coche trois cases : l’indépendance énergétique, l’économie de devises et l’environnement. Or, si depuis 2010 solaire et éolien ont déjà réussi à compenser la chute de la part de l’hydroélectricité ainsi que l’abandon du charbon de Jerada, en cette fin de 2024 :

  • avec 12.9%, l’indice de dépendance énergétique serait à des niveaux inégalés depuis plus de 40 ans.
  • avec 26.5%, l’indice de dépendance électrique serait à des niveaux inégalés depuis plus de 28 ans,
  • avec 26.5%, la part de l’électricité renouvelable serait à des niveaux inégalés depuis plus de 43 ans,
  • descendue autour de 620 geqCO2/kWh, si la baisse de l’intensité spécifique des émissions de GES continue, les véhicules électriques seront bientôt moins émetteurs que ceux à moteur Diesel récent.

Nous partirons des chiffres agrégées avant de descendre vers les autres graphiques qui expliquent ces « macro-bonnes nouvelles », nous verrons les évolutions passées puisque « Lorsque tu ne sais pas où tu vas, alors retourne-toi et regarde d’où tu viens. » (Proverbe revendiqué par les ivoiriens et les sud-africains).

 L’INDÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE ATTEINDRAIT DES NIVEAUX INÉGALÉS DEPUIS 1984 

Pour les 45 dernières années, la Figure 1 montre l’évolution de :

  • du pourcentage d’électricité renouvelable dans le mix électrique marocain (en triangles rouges se référant à l’échelle de droite, décroissante). Cette part contient la somme des contributions de l’énergie hydraulique, éolienne etsolaire mais aussi la petite contribution (inférieure à 1%) des excédents d’électricité produite à partir de chaleur industrielle que nous ont cédé les grands autoproducteurs industriels (OCP, COSUMAR, SNEP, SAMIR, et autres).  Les grandes oscillations de cette courbe en rouge étaient surtout dues à la fluctuation de l’eau disponible dans nos barrages hydroélectriques. Si nos estimations mensuelles de fin 2024 se confirmaient, la part de l’électricité renouvelable serait montée à des niveaux inégalés depuis au moins 43 ans (1981).

 

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Figure 1 Indices de dépendance électrique et énergétique pilotés par la part d’électricité renouvelable

  • de l’indice de dépendance électrique (en cercles bleus pleins se référant à l’échelle de gauche). Parfaitement complémentaire du précédent depuis la cessation de l’utilisation du charbon de Jerada en 2000, celui-ci constitue la contribution de toutes les énergies importées pour satisfaire la demande électrique (charbon, gaz naturel, produits pétroliers et… électricité). Si nos estimations électriques mensuelles de fin 2024 se confirmaient, l’indice de dépendance électrique serait descendu à des niveaux inégalés depuis au moins 28 ans (1996 ou 1988 selon chiffres finaux).
  • de l’indice de dépendance énergétique (en carrés bleus et se référant à l’échelle de gauche). Il constitue la contribution de toutes les énergies importées pour satisfaire toute la demande énergétique. Si nos estimations de combustibles fossiles se confirmaient pour 2024, l’indice de dépendance énergétique serait descendu à des niveaux inégalés depuis au moins 40 ans (1984).

La meilleure, c’est que la performance de 2024 aura été assurée malgré une hydroélectricité réduite à sa plus simple expression (nous avons compté 353 GWh, soit 10 fois moins qu’en 2010 avec 3’468 GWh) : et dire qu’avec la pluviométrie de 2010, la part de l’électricité renouvelable aurait pu atteindre 33% ! Ainsi, durant les douze dernières années, la croissance de la production électrique solaire et éolienne a non seulement compensé la chute, erratique mais permanente, de la part de l’hydroélectricité[1] mais aussi l’abandon, depuis 2000, du charbon local de Jerada, semble-t-il peu efficace et très polluant.

 CINÉTIQUE DE L’AUGMENTATION DE LA PART D’ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE 

La Figure 2 montre, sur douze mois glissants, les parts de l’électricité satisfaisant la demande d’électricité nette appelée. L’usage des douze mois glissants affranchit simplement des variations saisonnières.

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Figure 2 Mode de satisfaction de l’électricité nette appelée sur 12 mois glissants

Depuis le milieu de 2022, les renouvelables ont enfin entamé une ascension régulière. Les chiffres officiels de 2024 confirmeront sans aucun doute que la croissance de la part de l’électricité de sources renouvelables (sans doute autour de +35%) aura été suffisante pour permettre une baisse de la production d’électricité de sources fossiles (sans doute autour de -10%). Regardons bien la croissance de la courbe verte : début 2024, j’avais bien tenté de susciter l’intérêt de la presse[2] à l’impact de la mise en service de parcs éoliens sans inaugurations en 2023. Mais il n’y a rien à faire, trop de journalistes continuent à n’accorder de l’importance qu’aux réseaux sociaux et à la sortie des tambours et trompettes pour les inaugurations.

 COMMENT LES STEP AUGMENTERAIENT-ELLES LA PART DES RENOUVELABLES ? 

Alors, après celle Afourer (464 MW depuis 2005) même s’il n’y a pas encore de chiffres pour la production de la nouvelle STEP de Abdelmoumen (350 MW), une augmentation anormale de l’absorption par le pompage suggère que Afourer et Abdelmoumen sont maintenant toutes deux opérationnelles… sans tambours, ni trompettes.

Alors, après avoir exclu l’électricité des STEP des calculs des parts renouvelables1 parce qu’elles n’utilisent pas une source primaire renouvelable, il faut quand même dire en quoi elles peuvent améliorer la part d’électricité renouvelable. − Les STEP permettent de stocker toute électricité bon marché des heures creuses pour l’utiliser aux heures de pointe mais elles permettent aussi de stocker les excédents « encombrants » dont la fréquence augmente avec les parts d’électricité renouvelable si l’on ne dispose pas de « réservoirs de stockage » d’électricité (batteries ou STEP) de capacité adéquate pour différer l’usage d’excédents coupés, donc perdus. Ainsi donc, les 814 MW des deux centrales à STEP, comme les 3 à 400 MW de la future de El Menzel dont l’appel d’offres vient de pré qualifier trois groupements[3], permettent, comme n’importe quelle batterie, de ne pas perdre les excédents dus à l’intermittence du solaire et de l’éolien et donc de contribuer à augmenter les parts de l’électricité produite par les centrales renouvelables du pays.

 BAISSE DE PART FOSSILE ET BAISSE DE L’INTENSITÉ DES ÉMISSIONS DE GES   

La Figure 3 montre comment, depuis la fin de 2022 la baisse de la part d’électricité de source fossile (charbon, gaz naturel et produits pétroliers) entraîne une baisse de l’intensité spécifique des émissions de gaz à effet de serre par l’électricité produite au Maroc (en geqCO2/ kWh de la production nette locale). L’intensité des émissions a été calculée (i) par la masse de combustible consommé et (ii) par des ratios génériques utilisés par « Red Eléctrica de España » pour les différentes électricités fossiles.

Cette fois-ci les valeurs mensuelles ont été montrées sur la Figure 3 pour rendre compte des fluctuations qui, pour le calcul par la masse des combustibles, sont amplifiées par la mauvaise qualité des données.

Mais en fait, puisque le Maroc ne représente que 0,18% des émissions énergétiques mondiales de gaz à effet de serre, pourquoi s’inquiéter de l’intensité spécifique des émissions de gaz à effet de serre par l’électricité ? – Les raisons objectives sont au moins au nombre de deux :

  • Les exportateurs marocains vers l’UE qui n’ont pas d’autre choix que d’acheter de l’électricité sur le réseau électrique marocain auront une empreinte carbone élevée qui les soumettra à une taxe carbone d’importation[4] dans les pays de l’UE et rendra leurs produits moins compétitifs.
  • Dans un article précédent[5], j’avais montré que, pour qu’un véhicule électrique rechargé sur le réseau marocain soit moins polluant qu’un Diesel récent, il fallait que l’intensité spécifique de l’électricité produite au Maroc descende en dessous de 550 geqCO2/ kWh. Si la baisse de l’intensité spécifique des émissions de gaz à effet de serre continue, les véhicules électriques chargés au Maroc deviendront bientôt moins émetteurs de gaz à effet de serre que ceux à combustion… mais nous n’y sommes pas !

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Figure 3 Part des énergies fossiles (bleu) et intensités des émissions de GES de la PNL (rouge)

Par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)

 RÉFÉRENCES  

[1] Le Maroc est le seul pays qui additionne la puissance des STEP aux renouvelables ! Pourtant, l’électricité sortant des STEP (Station de Transfert d’Énergie par Pompage, comme celle d’Afourer ou de Abdelmoumen) doit être ignorée dans tout calcul de l’électricité renouvelable car elles n’utilisent pas une source primaire d’énergie car elles sont un moyen de stockage d’électricité dont le bilan énergétique est négatif : elles génèrent moins d’électricité (heures de pointe) qu’elles n’en ont absorbé (heures creuses).

[2] Amin Bennouna, « Les faits marquants de l’éolien 2023 ne suscitent pas la liesse auprès de la presse !« , EcoActu, 02 Février (2024), https://ecoactu.ma/aits-marquants-eolien-2023/

[3] ONEE-BE, « Trois groupements de leaders mondiaux de stations de transfert d’énergie par pompage en lice pour le projet de la STEP El Menzel de l’ONEE« , Site web, 02 janvier 2025, http://www.one.org.ma/fr/pages/actua.asp?esp=2&id1=8&id2=70&t2=1&id=3610

[4] Wikipédia, l’Encyclopédie Libre,  Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, https://fr.wikipedia.org/wiki/Mécanisme_d’ajustement_carbone_aux_frontières

[5] Amin Bennouna, « La majorité véhicules électriques du Maroc contribuent plus qu’ailleurs au réchauffement climatique« , EcoActu, 04 Mars (2022), https://www.ecoactu.ma/vehicules-electriques-rechauffement-climatique/

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1 commentaire

  1. David Barr dit :

    Monsieur Bennouna, merci pour vos nombreuses contributions sur Ecoactu, toujours pertinentes. Belle façon de commencer l’année avec ce bilan positif !

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