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Economie

Hausse du prix du gaz butane : quelles sont les raisons du stand-by du gouvernement ?

Gaz butane

Ecrit par Lamiae Boumahrou I

Alors que la 2ème étape de la décompensation était attendue pour 2025, Fouzi Lekjaâ, vient de faire une annonce du moins inattendue : « la hausse du prix du gaz butane n’est pas sur la table du gouvernement ». Que cache cette annonce du gouvernement ? Quelles sont les raisons de cette temporisation ? Le secteur agricole y est-il pour quelque chose ?

Il y a pratiquement une année, soit début 2024, nous nous interrogions sur le suspense qui entourait le démarrage effectif de la réforme de la compensation. Ce n’est que 5 mois plus tard que le verdict de la hausse des prix du gaz butane tombait la veille de son entrée en vigueur. Le prix de la grande bouteille de gaz (12 Kg) est ainsi passé de 40 à 50 DH et celui de la petite (3 Kg) de 10 à 12,5 DH. Aujourd’hui nous nous retrouvons face à la même situation.

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Et pour cause. La réforme progressive de la décompensation devait se poursuivre en 2025 et en 2026 avec une deuxième et troisième hausses des prix comme annoncé par le Chef du gouvernement. Mais voilà, le ministre délégué auprès de la ministre de l’Économie et des Finances, chargé du Budget, Fouzi Lekjaa vient d’annoncer à la chambre des représentants que l’augmentation du prix du gaz butane n’est pas sur la table du gouvernement. « Rassurez-vous, il n’y aura pas d’augmentation du prix du gaz butane », a affirmé le ministre sans donner plus de détails sur les prochaines étapes de la réforme de la décompensation.

Ce qui pourrait expliquer le budget consacré à la compensation dans la LF 2025 qui au lieu de baisser, a augmenté passant de 16,96 Mds de DH en 2024 à 17,14 Mds de DH en 2025.

Lekjaa a rappelé que l’Etat consacre annuellement plus de 15 Mds de DH à la subvention de la consommation du gaz butane qui normalement devait être destinée aux catégories les plus démunies, qui en ont le plus besoin.

Il a aussi précisé que les catégories les plus vulnérables, soit 20% de la population la plus pauvre, ne bénéficient que de 14% de ce soutien, tandis que les catégories les plus aisées, soit les 20% les plus riches, en profitent à hauteur de 27%, soit le double de ce que perçoivent les catégories les plus démunies.

Toutefois, le ministre a précisé que le gouvernement et les différentes composantes du Parlement sont appelées à trouver les mécanismes les plus efficaces pour garantir que ce soutien parvienne intégralement aux catégories démunies, pour lesquelles il a été instauré.

Un appel qui nous interpelle à plus d’un titre. Cela veut-il dire que le gouvernement fait marche arrière quant à la décompensation ? Ou temporise-t-il avant d’entamer la 2ème phase de la réforme en raison de la conjoncture difficile ? N’a-t-il pas étudié tous les scénarios avant le lancement de la réforme en mai dernier ? Pourquoi parle-t-on de trouver de nouveaux mécanismes plus efficaces ? Le secteur de l’agriculture y est-il pour quelque chose ?

Il faut dire que 2025 ne s’annonce pas sous de bons auspices en raison notamment du retard des pluies et du risque d’une 6ème année consécutive de sécheresse qui plane, mettant sous pression le gouvernement et ses prévisions pour l’exercice. Ce qui implique un recours plus accentué aux eaux souterraines. Et qui dit pompage dit augmentation de la consommation du gaz butane voire augmentation de la charge de production.

Ce qui veut dire que le consommateur sera doublement taxé d’une part par la hausse du prix du gaz butane et d’autre part par la hausse des prix des fruits et légumes.

Rappelons que depuis une dizaine d’années le gaz butane constitue l’une des principales sources d’énergie utilisées pour le pompage des eaux souterraines dans les exploitations agricoles, du moins une importante partie. Le gaz butane est utilisé dans environ 300.000 hectares de terres cultivées et représente environ 40% de la subvention du gaz butane.

Nous avions interpellé l’ancien ministre de l’Agriculture, Mohammed Sadiki, sur l’impact de cette hausse sur le secteur. Il avait affirmé que la hausse de 10 DH par bouteille allait avoir un impact d’entre 400 à 500 DH/hectare/an. Soit environ 150 MDH/an de manque à gagner pour les agriculteurs utilisant le gaz butane. Une étude devait être menée pour évaluer l’impact de cette hausse sur le secteur agricole. Nous ne savons pas si elle a été réalisée mais ce qui est certain c’est qu’il faudra non seulement le soutien direct à travers des transferts monétaires ciblés aux catégories vulnérables mais aussi trouver des alternatives à l’utilisation du gaz butane dans le secteur agricole.

Autre question qui s’impose : qu’en est-il du financement du chantier de la généralisation de la couverture sociale ?

Rappelons que le budget nécessaire pour financer le programme d’aide sociale directe s’élève à 25 Mds de DH en 2024 pour atteindre 29 Mds de DH en 2026. A ce budget s’ajouteront les 10 Mds de DH que l’Etat alloue annuellement pour financer la couverture sanitaire des familles pauvres et défavorisées. A partir de 2026, le budget nécessaire à la couverture sanitaire et l’aide sociale directe sera d’environ 40 Mds de DH/an. Sans parler des 2 prochaines phases du chantier de la généralisation de la couverture sociale à savoir la réforme de la retraire et l’indemnité perte d’emploi.

Donc comment l’Etat compte-t-il financer ce chantier d’envergure sans une réforme totale de la compensation alors que la loi cadre sur la protection sociale stipule dans l’article 13 que les ressources de la caisse de compensation vont servir à financer ledit chantier ?

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