Coupe du Monde 2030 : les entreprises marocaines sur le banc de touche ?

Ecrit par Imane Bouhrara I
Depuis l’annonce de l’accueil du Maroc de la Coupe du monde 2023, dans le cadre d’un dossier tripartite avec l’Espagne et le Portugal, les analyses sont légion sur les impacts politique, économique et social d’un tel événement. Mais la question est de savoir comment le tissu économique du pays hôte peut-il véritablement en tirer un réel profit ? La réponse avec Fouzi Lekjaâ.
L’organisation de la Coupe du Monde 2030 au Maroc, en Espagne et au Portugal dans le cadre d’un dossier tripartite a été accueillie dans la liesse. C’est le moins que l’on puisse dire après 5 tentatives précédentes sur une intervalle de 30 ans. Bien évidemment, passée la première vague d’euphorie, les analystes ont commencé à évaluer quelles en seraient les retombées en terme de soft power, de projets économiques et impact social des pays hôtes. Pour le Maroc, on estime un effet se chiffrant jusqu’à 10 milliards de dollars sur le plan économique pour le Maroc.
En effet, la préparation d’un tel évènement nécessite le lancement de plusieurs projets tous azimuts notamment dans des secteurs clés comme les grandes infrastructures, le tourisme, la restauration, le transport, etc.
D’ailleurs, l’effet psychologique est là puisque toutes les perspectives économiques pour 2025 et 2026, à la hausse notamment en matière de croissance, intègrent déjà cette donne.
Mais la question demeure : jusqu’à quelle mesure cela se traduirait-il en bons de commande pour les entreprises marocaines (toutes tailles et tous secteurs confondus) sachant que le cahier de charge est exigeant et les délais ne tolèrent aucun faux bond ?
Comme à l’accoutumée, Fouzi Lekjaâ, ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et des Finances en charge du Budget, accompagné de tout l’Etat major, va à l’essentiel sans fard ni langue de bois, pour répondre à cette question. Invité de la CGEM ce mercredi 22 janvier.
D’emblée, en rappelant la mise en place des mécanismes de gouvernance de ce grand projet qu’est la coupe du Monde 2023, et soit dit en passant que Lekjaâ a été nommé par le Souverain président du Comité Coupe du Monde 2030, il déclare à l’assistance que la place des entreprises marocaines est primordiale à tous les niveaux de réalisation de cette grande ambition.
Il a d’ailleurs avancé que le Maroc aura besoin pour cette messe footballistique de quelque 40.000 volontaires dès l’arrivée des visiteurs aux aéroports du Royaume jusqu’au moment de retour, annonçant au passage qu’un projet est en cours d’élaboration avec l’UM6P relatif à la formation à ces métiers et dès qu’il sera finalisé sera présenté au patronat, promettant par ailleurs que la formation professionnelle nécessite une refonte globale pour intégrer les cités des métiers et compétences dont 8 sont opérationnelles mais aussi les nouveaux métiers avec comme leitmotiv la qualité au lieu de la base et les effectifs, relevant des événements du type Coupe du monde sont des catalyseurs pour plus d’attractivité des secteurs clés et donc poussent à aller en profondeur sur la problématique de la formation.
« Cette coupe du monde a un cahier des charge multidimensionnel ou cahier d’engagement, autrement tout ce qui concerne les politiques publiques en matière de droits de l’homme, transition énergétique, la santé, la formation, etc. », explique F. Lekjaa, précisant qu’une coupe du monde comme celle du Qatar ce sont 15 milliards de dollars nets pour la FIFA, 104 matchs, 7 semaines de compétitions, plus de 10 millions de spectateurs, bien qu’on s’attende à plus en 2030…
Explicitant les grandes lignes du cahier de charges, du moins en ce qui concerne le tissu économique et tout le portefeuille de projets dans les entreprises peuvent tirer profit, F. Lekjaa relève une mise à niveau des infrastructures sportives (en dehors des terrains dans les villes qui accueillent les matchs, c’est 32 camps de base qui nécessitent chacun, au moins deux hôtels et deux terrains d’entrainement l’un principal et l’un secondaire).
« Nous avons séparé cette mise à niveau en deux rounds : le premier c’est la mise à niveau du stade Moulay Abdellah de Rabat et le stade de Tanger. Les travaux seront achevés dans les deux mois qui viennent. Le premier round concerne également le démarrage du Stade Hassan II à Benslimane dans le Grand Casablanca », explique F. Lekjaa.
Le deuxième round de mise à niveau démarre juste à la fin de la CAN 2025 et qui comprendra les stades de Marrakech, Fès et Agadir, ainsi que la poursuite des travaux du grand stade Hassan II dont la fin des travaux est prévue en 2027.
« Encore une fois, vous êtes interpellés à renforcer les capacités de nos entreprises dans les différents domaines. Ça serait dommage de voir de nombreux lots de ces projets couteux attribués à des sociétés étrangères. Si vous voulez, nous organiserons une réunion pour s’informer des plans de charge des terrains, de leurs architectures, de leurs besoins, de leurs plannings, de ce qu’il faut, je vous donne les grands agrégats des différents CPS de ces infrastructures d’ici 2030.
Le deuxième grand projet structurant qui a démarré étant donné que l’ONCF a adjugé tous les marchés, est la LGV Rabat-Kénitra-Marrakech pour un achèvement en 2029. En plus d’un réseau RER entre Kénitra et l’aéroport Mohammed V de Casablanca qui apportera une métamorphose de ce territoire, avec une grande valorisation foncière. Le financement est déjà bouclé, avec la contribution du secteur bancaire et c’est un projet que SM le Roi a fixé comme priorité bien avant l’accord stratégique avec les Émirats Arabes Unis.
Le 3e segment concerne les extensions des aéroports de Marrakech, Tanger, Fès et Rabat qui sera achevé cette année, et surtout la construction d’un hub à Casablanca en phase avec le plan de développement signé avec la RAM pour ramener sa flotte à 200 appareils à horizon 2035.
La Coupe du monde 2030 a amené dans son sillage une nouvelle vague de dynamisme du développement notoire de l’industrie touristique également, tout le monde le remarque souligne Lekjaâ, estimant que c’est une occasion de gérer seulement les flux de millions de visiteurs en 7 semaines, mais de profiter de ces événements qui mettent le Maroc sous les projecteurs.
« Nous sommes en train de finaliser le comité d’organisation de la Coupe du monde, d’ailleurs nous réservons une place importante à la CGEM, lequel comité sera validé par le Souverain. Nous allons vous intégrer sérieusement dans ces projets et dans l’organisation, en vous mettant également dans les contraintes d’organisation et je pense que nous serons ensemble pour relever ces défis », assure Fouzi Lekjaâ.
Le ministre a souligné qu’il considère que la CDM 2030 est africaine et que le choix du Maroc est qu’il représente le continent ajoutant dans ce sens que le comité d’organisation va s’ouvrir les potentialités africaines. Il a invité d’ailleurs la CGEM d’impliquer les entreprises africaines, sous forme de partenariat, dans les différents chantiers qu’offrent cette coupe du monde.
Bien évidemment, dans son intervention, Fouzi Lekjaa énonce les grandes lignes concernant la CDM étant donné que lors de cette rencontre avec la CGEM, il avait plus sa casquette de ministre en charge du Budget mais ce qui n’exclue pas qu’il reviendra à la charge sur plusieurs détails qui impliquent les entreprises marocaines lors des sessions d’information à venir, comme on l’espère. En tout cas, Lekjaâ a bien centré la balle dans le camp du patronat.

