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Chronique

Il y a certes une amélioration tangible de l’efficacité énergétique du Maroc, mais…

gasoil

On ne peut pas demander de faire preuve de sobriété énergétique à un pays qui, à l’instar du Maroc, atteint à peine 0,68 tonnes d’équivalent pétrole par habitant (moitié de la moyenne mondiale et 1/7ème des Etats-Unis). Ceci n’empêche que les classes les plus aisées du Maroc doivent bien, elles, faire preuve de sobriété et ne pas « cacher leur gaspillage » derrière la hausse de la demande énergétique due à une amélioration des conditions de vie des moins aisés.

Les pays comme le Maroc sont tenus d’accompagner l’augmentation de leur demande énergétique par une croissance économique qui soit au moins égale à celle de la demande énergétique pour éviter que leur économie, et leurs habitants, ne croulent sous leur facture énergétique. Les pays exportateurs d’énergie fossile ont, eux, la possibilité de « perfuser » leur population en la faisant bénéficier, en permanence, de prix inférieurs à ceux du marché mais ce n’est évidemment pas le cas du Maroc qui, énergétiquement dépendant des imports, doit, en plus soutenir une politique d’exportation pour acquérir les devises nécessaires pour payer la facture énergétique importée.

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Ainsi donc, si l’on évite le sujet de la dépendance énergétique et son corollaire de besoin en devises, qui n’est pas l’objet de cet article, le Maroc est tout de même tenu d’assurer une croissance économique suffisante pour ne pas perdre son aptitude à générer suffisamment de valeur ajoutée pour contrebalancer la croissance de la demande énergétique d’une population qui, malgré l’accroissement des inégalités, « ne s’appauvrit pas » en moyenne…

L’efficacité énergétique d’un pays définit son aptitude à générer de la valeur ajoutée pour une consommation d’énergie (ou d’électricité seule) donnée. Durant une partie des dernières décades, améliorer l’efficacité énergétique du Maroc a été pratiquement impossible à réaliser car il a fallu, dans le monde rural, généraliser l’électrification rurale après l’utilisation du gaz butane pour lutter contre la déforestation alors que, de manière générale, l’augmentation des usages domestiques de l’énergie est de nature à dégrader l’efficacité énergétique tant qu’elles n’ont pas créé leur contrepartie d’activités génératrices de revenus. La compréhension de l’inertie de ce genre de choses nécessite de faire une observation une structurelle sur de longues durées en évitant bien toute approche conjoncturelle.

Sauf quand spécifiquement mentionné, les sources de données sont strictement officielles : nationales pour les données énergétiques[i], [ii], [iii], [iv], [v], [vi], [vii] et internationales pour les revenus[viii].

 REVENUS  

Pour la période [1980, 2023], la Figure 1 montre :

  • l’évolution du PIB en Dh constants, calculés par nos soins pour l’année 2014 (en tant que nouvelle année de référence de la comptabilité nationale), en cercles bleus se référant à l’échelle de gauche,
  • l’ajustement de l’ensemble des PIB par une cubique, en trait bleu,
  • la croissance relative de l’ajustement des PIB, en trait rouge se référant à l’échelle de droite.

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Figure 1 Évolution du PIB en Dh constants (2014) et de la croissance de son ajustement

Ces PIB seront au numérateur de l’efficacité énergétique (2024 a été obtenu avec croissance de 3,26%).

 ÉNERGIES ÉLECTRIQUE, NON ÉLECTRIQUE ET TOTALE  

Pour compiler les unités commerciales inhomogènes des données originales (tonnes, mètres cubes ou gigawatt heures), celles-ci ont été converties par nos soins en tonnes d’équivalent pétrole (tep) avec :

  • le pouvoir calorifique spécifique approprié pour chaque combustible,
  • le facteur de conversion conventionnel de 0,26 tep/MWh pour l’électricité importée, ainsi que celle de source renouvelable ou bien de chaleur industrielle.

Pour la même période [1980, 2024], la Figure 2 montre (1 ktep = 1 kilotonne de tep = 1’000 tep):

  • en rouge, l’évolution de la composante électrique de la consommation énergétique du Maroc,
  • en vert, l’évolution du reliquat de la consommation énergétique du Maroc (« non – électricité »).

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Figure 2 Évolution du PIB en Dh constants (2014) et de la croissance de son ajustement

Ces PIB seront au numérateur de l’efficacité énergétique (2024 a été estimé par nos soins). Le GWh étant l’unité courante pour l’électricité, on l’utilisera au dénominateur de l’efficacité de l’électricité seule.

 EFFICACITÉS ÉNERGÉTIQUES ÉLECTRIQUE, NON ÉLECTRIQUE ET TOTALE  

Pour la période [1980, 2024], la Figure 3 montre l’évolution de l’efficacité énergétique de l’énergie totale consommée au Maroc, division des PIB de la Figure 1 par les valeurs ad hoc de la Figure 2 (les ronds noirs se rapportant à l’échelle de gauche sont eux aussi ajustés par une cubique donnant la courbe noire) :

  • l’évolution de l’efficacité énergétique de l’électricité nette appelée seule, division des mêmes PIB de la Figure 1 par les valeurs ad hoc de la Figure 2 (les diamants rouges se rapportant à l’échelle de gauche sont eux aussi ajustés par une cubique donnant la courbe rouge),
  • l’évolution de l’efficacité énergétique de l’énergie non-électrique, division des mêmes PIB de la Figure 1 par les valeurs ad hoc de la Figure 2 (les carrés verts se rapportant à l’échelle de droite sont eux aussi ajustés par une cubique donnant la courbe verte).

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Figure 3 Évolution des différentes efficacités énergétiques de leurs ajustements

La Figure 3 montre qu’en passant de 53,3 MDh/tep en 2008 (référence de la Stratégie Energétique Nationale) à 54,0 en 2023, l’efficacité énergétique globale lissée (qui évite les fluctuations conjoncturelles) s’est améliorée de +1,2% en 2024 mais les accélérations actuelles ne permettraient d’atteindre que +9.3% de gain d’efficacité énergétique en 2030.

 CROISSANCE ANNUELLE DES EFFICACITÉS ÉNERGÉTIQUES  

Sans connaître la vitesse et l’accélération passée d’une voiture, il n’y a aucune chance de savoir où elle se trouvera dans les instants suivants et même en connaissant les deux éléments, le risque d’erreur de toute prévision est d’autant plus grand que l’on s’éloigne vers le futur. C’est pour cela que, dans le temps, nous n’irons pas au-delà de 2030 dans cet article, même s’il y aurait sans doute beaucoup à en dire…

Pour la période [1980, 2030], la Figure 4 montre l’évolution des croissances des courbes de la Figure 3 dont, en trait plein noir, celle de l’efficacité énergétique de l’énergie totale consommée au Maroc, et celle de ses deux composantes :

  • en pointillé rouge, l’évolution de la croissance de l’efficacité de l’électricité nette appelée,
  • en trait mixte vert, l’évolution de la croissance de l’efficacité de l’énergie non électrique.

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Figure 4 Comparatif de l’évolution des croissances des différentes efficacités énergétiques de la Figure 3

Dans le passé, avant de commencer à augmenter, les croissances ont toutes les trois plongé vers leur minimum respectif. Nous pensons que c’est surtout la montée des consommations d’énergie domestique non génératrice de revenus qui a causé la baisse des courbes et c’est surtout la montée ultérieure des activités génératrices de revenus permise par l’énergie qui cause la remontée des courbes.

La courbe en trait plein noir est redevenue positive (marqué par un rond noir ●) et l’efficacité énergétique de l’énergie totale aurait donc recommencé à croître en 2017 sous l’impulsion :

  • de l’accélération de l’amélioration de efficacité énergétique de l’électricité qui se serait confirmée en 2024 (marqué par un diamant rouge ◊),
  • de l’accélération de l’amélioration de l’efficacité énergétique de l’énergie non électrique qui se confirmera probablement vers 2028 (marqué par un carré vert ■).

L’extrapolation au-delà de 2024 montre que, dans les prochaines années, c’est l’amélioration de l’efficacité électrique qui sera le moteur de l’amélioration de l’efficacité énergétique globale.

 CONCLUSIONS  

L’embellie tangible de l’efficacité énergétique du pays est certes bel et bien là et le Maroc améliore de plus en plus son aptitude à générer du revenu pour une consommation d’énergie donnée mais l’inertie de son amélioration semble encore trop élevée pour améliorer l’efficacité énergétique de 20% à l’horizon 2030, comme visé par la Stratégie Energétique Nationale, établie sous les orientations royales en 2008.

Pourquoi l’efficacité énergétique s’améliore-t-elle ? – Pour répondre simplement :

  • au numérateur, il y a bien sûr, l’augmentation des activités génératrices de revenus déjà évoquée,
  • au dénominateur, il y a aussi, l’impact des investissements consentis par les consommateurs (professionnels ou particuliers) pour économiser l’énergie mais, pour l’instant, ces investissements semblent se limiter aux moins coûteux ou aux plus rentables d’entre eux. Pour preuve :
    • la très rapide diffusion des lampes fluorescentes d’abord, puis à LED (investissement petit et temps d’amortissement rapide),
    • ensuite la moins rapide diffusion des climatiseurs plus efficaces tels que les « inverter » (investissement moyen et temps d’amortissement moyen),
    • en dernier, la quasi-non application effective de la Réglementation Thermique du Bâtiment, RTBM publiée depuis 2015 et obligatoire depuis 2021 (investissement élevé et amortissement long).

Qu’est-ce qui pourrait faire que l’efficacité énergétique s’améliore plus vite ? – Il est certain que l’on ne peut pas faire des miracles dans un pays où le PIB par habitant est encore modeste mais, on peut rappeler quelques pistes en évitant de parler d’investissements engageant la poche du contribuable :

  • L’exécution de la RTBM est sacrifiée sur l’autel de la corruption puisque des bâtiments dont la non-conformité est visible à l’œil nu continuent à être autorisés avec des Certificats de Conformité de complaisance obtenus auprès de Bureaux d’Etude, payés en espèces et sans facture, bien sûr.
  • L’autoproduction permet d’effacer une partie de l’électricité du Bilan National. En limitant l’injection d’électricité à 20% de la production électrique[1], la Loi 82/21 sur l’Autoproduction d’électricité a sacrifié l’intérêt du pays et de celui des consommateurs, surtout les particuliers, à l’intérêt des distributeurs d’électricité de tous acabits (publics, communaux ou privés).
  • La subvention du gaz butane pousse à sa surconsommation, sinon à son gaspillage, et constitue un frein au développement d’autres alternatives moins énergivores (pompage d’eau solaire pour l’agriculture et chauffage d’eau sanitaire). Il faudrait accélérer la vitesse de démantèlement de ces subventions au moins au rythme d’avancée du nombre de bénéficiaires d’aide sociale et, surtout, ne pas en différer l’exécution pour des raisons électoralistes comme cela a été fait au PLF 2025.
  • L’amélioration des rendements des réseaux électriques contribue elle aussi à l’amélioration de l’efficacité énergétique du pays. Il y a des pertes d’électricité de différentes causes que l’on qualifie pudiquement de « non-techniques » et que nous estimions autour de 2’000 GWh dans le réseau de l’ONEE-BE de la fin de 2023 (4,4% de l’électricité nette appelée). Pourquoi ne les a-t-on pas traitées plus tôt ? Quelles mesures a-t-on prises pour que le transfert de la distribution d’électricité aux Sociétés Régionales Multiservices (SRM) leur permette de faire face à ce fléau ?

Par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)

[1] Limite en énergie indûment expliquée par une prétendue protection du réseau électrique alors que cette protection exige une limite en puissance, tant qu’à faire, à la puissance souscrite par l’abonné puisque le réseau local est calculé pour la supporter.

[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement, Portail qui a été désactivé des statistiques de l’Observatoire Marocain de l’Energie (OME), https://www.observatoirenergie.ma/data/

[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF), Notes de Conjoncture, http://depf.finances.gov.ma/etudes-et-publications/note-de-conjoncture/

[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE), Notes de Conjoncture, https://www.finances.gov.ma/fr/Nos-metiers/Pages/notes-conjoncture.aspx

[1] Royaume du Maroc, Bank Almaghrib, Revue de la Conjoncture Economique, http://www.bkam.ma/Publications-statistiques-et-recherche/Documents-d-analyse-et-de-reference/Revue-de-la-conjoncture-economique

[1] Haut Commissariat au Plan, Annuaire Statistique du Maroc, Version électronique après 2013 https://www.hcp.ma/downloads/Annuaire-statistique-du-Maroc-version-PDF_t11888.html, Version papier ou scannées avant 2013 https://cnd.hcp.ma/

[1] Haut Commissariat au Plan, Bulletins statistiques, https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Bulletins+statistiques

[1] Red Eléctrica de España, Intercambios, https://www.ree.es/es/datos/intercambios

[1] Banque Mondiale, https://donnees.banquemondiale.org/pays/maroc?view=chart

[1] Limite en énergie indûment expliquée par une prétendue protection du réseau électrique alors que cette protection exige une limite en puissance, tant qu’à faire, à la puissance souscrite par l’abonné puisque le réseau local est calculé pour la supporter.

  

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