[Edito] Jusqu’à quand le gouvernement continuera-t-il d’attiser la grogne sociale ?
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Ecrit par Lamiae Boumahrou I
De la frustration, de l’incompréhension, de la colère, de l’incapacité, de l’injustice et j’en passe, autant de sensations et d’émotions qui orchestrent notre quotidien au point où je me demande si vraiment il y a un pilote dans l’avion.
Nous vivons dans un monde schizophrène, diraient certains, où les orientations et les objectifs ne vont pas de pair ni avec la réalité ni avec les discours. Où la communication gouvernement-citoyens est presque inexistante. Où les plus vulnérables se sentent plus délaissés. Un bref diagnostic de la vie quotidienne nous rappelle à quel point nous naviguons à vue.
La tension sociale monte. Des voix s’élèvent pour dénoncer des injustices sociales pressantes. Et la toile commence à s’enflammer par des Marocains qui sont à bout. Il suffit de faire un tour dans les réseaux sociaux pour palper la colère notamment en raison de la cherté du coût de la vie mais aussi pour d’autres raisons entre autres la vague des opérations d’expropriation qui s’enchainent à la veille du mois sacré de Ramadan. Les victimes dénoncent une stratégie d’expropriation inhumaine. Des locataires voire des propriétaires de maisons ont été contraints de quitter leur demeure dans un délai de 15 jours.
Quant aux indemnisations, les victimes dénoncent des montants dérisoires par rapport à la valeur des terrains. Certes nous sommes contre l’anarchie mais aussi nous ne pouvons fermer les yeux face à l’humiliation et le non respect des droits les plus légitimes.
Autre sujet qui attise les réseaux, le prix des sardines qu’un vendeur vend à Marrakech à 5 DH voire 4 DH défiant ainsi gouvernement et intermédiaires. Le vendeur affirme sur les réseaux que c’est le prix exact des sardines avec une petite marge de gain qu’il estime raisonnable. D’autres lui ont emboité le pas. Alors pourquoi les sardines sont vendues à 15 voire 20 DH alors qu’elles sortent des ports à moins de 3 DH ? C’est le cas aussi pour la viande avec des vendeurs qui annoncent sur les réseaux un prix ne dépassant pas les 80 DH. Mais ce qui est grave c’est que ces vendeurs affirment qu’ils subissent de la pression, de part et d’autre, et reçoivent même des menaces. Mais malgré cette effervescence, le gouvernement continue de briller par son silence assourdissant.
Pourquoi ne réagit-il pas et n’agit-il pas rapidement pour ouvrir une enquête et poursuivre tous ceux qui manipulent les marchés ? Ou en sommes-nous des pratiques de libre concurrence ? Le Maroc se dore-t-il le blason au détriment de ses enfants ?
Ce qui est certain, il y a un malaise général dans tous les secteurs et à tous les niveaux. Et au lieu de calmer les ardeurs, le gouvernement maintient sa posture d’ignorer tout ce qui se passe autour de lui et préfère adopter la politique de l’autruche. On a beau essayer de voir la moitié pleine du verre, mais on ne peut plus se voiler la face. La réalité du vécu quotidien commence à peser lourdement. Nous arrivons à la conclusion que cet état social que le gouvernement prône n’a de social que le nom.
Au point où je me demande vraiment si nous vivons dans ce même Maroc qui ambitionne d’organiser la CAN 2025, la Coupe du monde 2030, de s’inscrire dans le cercle fermé des pays émergents…
Mais que t’arrive-t-il cher pays ? Pourquoi on ne soigne pas tes plaies ? Pourquoi on ne stoppe pas ton hémorragie ? Pourquoi l’injustice prend le dessus ? Pourquoi les réformes trainent ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Autant de « pourquoi » qui restent malheureusement sans réponses. Sommes-nous devenus trop pessimistes ? Peut-être !
Car autant le retard peut être tolérable et compréhensible dans le cas des grandes réformes, il ne l’est pas dans le cas des réformes dites urgentes qui peuvent non seulement améliorer le quotidien des Marocains mais aussi avoir un impact sur l’économie et la croissance.
Je citerai un exemple, bien que banal de la vie quotidienne, mais qui nous interpelle fortement sur la volonté réelle du gouvernement à opérer des changements. Se déplacer en ville peut relever du parcours du combattant et peut même vous valoir un passage au commissariat.
J’explique. Si vous n’êtes pas motorisés vous avez deux choix. Soit vous être contraints de vous mettre sur la chaussée attendre un taxi, je ne sais pour combien de temps au risque de vous faire agresser ou de vous faire faucher par une voiture, sans être sûr de pouvoir en prendre un. Car ce n’est un secret pour personne, les taxis font leur loi et vous mettent à leur merci puisque ce sont eux qui décident de vous prendre ou pas, qui décident même du lieu et vous imposent des personnes que vous ne connaissez pas.
Soit de faire le choix de la sécurité, du confort et de la rapidité en faisant appel à un chauffeur des applications de mobilité urbaine au risque de finir au commissariat pour faire votre déposition afin d’attester l’infraction du chauffeur.
La question est pourquoi à ce jour les pouvoirs publics n’ont toujours pas réglementé cette activité et bien d’autres ? Pourquoi ne pas en finir une fois pour toutes avec l’ancien modèle de rente des taxis et ouvrir le marché à d’autres acteurs ?
Faut-il rappeler que l’échelle de la CAN 2025 s’approche à grands pas et le Maroc ne peut prétendre l’émergence s’il ne s’aligne pas avec les standards internationaux notamment en matière de mobilité urbaine. D’autant plus, avec ce retard, le gouvernement ne fait qu’encourager ce qu’il prétend combattre à savoir l’informel aussi bien dans ce secteur que dans d’autres.
Et pourtant, la réglementation et la régularisation de certaines activités non seulement va réduire l’informel qui continue de gangrener notre économie avec plus de 30% du PIB mais aussi va contribuer à améliorer l’employabilité notamment des jeunes. Faut-il rappeler à notre cher gouvernement que le taux de chômage a atteint des niveaux alarmants de 13,3% en 2024 et que sans un réel changement de paradigme, la tendance ne risque pas de se renverser. Faut-il aussi rappeler que les programmes d’appui à l’auto-entrepreunariat se sont avérés un fiasco et qu’il faudra innover pour atteindre les objectifs fixés en matière de création d’emplois. Nous n’encourageons pas l’informel mais nous appelons le gouvernement au bon sens, à la raison, à l’intérêt des plus vulnérables…
On ne peut gouverner d’en haut. Il faut descendre dans la rue pour comprendre ce qui ne marche pas et pour comprendre pourquoi personne ne croit aux discours politiques. Il faut une réelle politique de proximité pour s’assurer que les stratégies gouvernementales servent le citoyen lambda.
Le Maroc qu’on nous promet ne peut pas avoir deux visages et ne peut pas avancer à deux vitesses. A 18 mois des prochaines élections, le gouvernement a intérêt à revoir sa copie, à rattraper ses retards et à changer de paradigme.
