Football et biais cognitif, quel beau mélange !

C’est rare de voir le monde sombrer dans un délire collectif. Depuis la crise Covid, la Coupe du Monde 2026 vient livrer un spectacle à la fois désolant et fascinant. Désolant parce qu’en 2026, le football peut encore nous dépouiller de toute logique et rationalité et fascinant, lorsque c’est un effet de masse à l’échelle de la planète.
Je le disais dans cette rubrique il y a un mois, la Coupe du monde de Football va nous mettre à rude épreuve sur tous les plans et cette édition 2026 a quasiment coché toutes les cases. D’autant que c’est la première édition avec 48 pays participants. Plus on est de fous plus on s’amuse !
Vous l’aurez compris, il ne faut pas prendre les quelques lignes à suivre au premier degré.
D’emblée, on entame la compétition avec le hate-watch ou la haine décomplexée et assumée. Ce concept récent a été même théorisé et qui en somme ressemble étrangement au masochisme caractériel. La question est comment en sommes-nous arrivés là ? Une opinion mondiale polarisée par le football ! Ni les dégâts climatiques que subit la planète, ni les génocides, ni les problématiques qui menacent le monde… n’ont jamais obtenu une telle mobilisation et de tels débats.
Il faut reconnaître que c’est plus facile de savourer l’autre échouer que de devoir arracher une victoire par soi-même. Autrement dit, vivre le « bonheur » par procuration faute de moyens. Une belle échappatoire de la réalité.
L’autre absurdité qui a trouvé bon terrain dans cette compétition de football est celle des complotistes de tous bords : des idées fascinantes, des données presque convaincantes, des vidéos générées par l’IA et des deepfakes qui caressent dans le sens du poil… la théorie du complot est en somme un chant de sirène qui nous fait échouer tout court.
Il ne faut pas oublier qu’encore une fois dans cette coupe du monde de football, on voit les chats remplacer les boules de Crystal dans un jeu de divination qui transcende les frontières, les religions, les croyances… une transe collective lorsqu’un chat va prendre des croquettes à côté d’un drapeau. Madame Irma doit se retourner dans sa tombe.
Suprématisme et racisme, facettes de Janus… là encore, comme par magie surgissent des discours qui vont nous hiérarchiser dans une imposture à peine voilée. Un terrain glissant qui a trouvé dans le football un terrain fertile… Et d’un autre côté, l’adulation excessive de joueur ou d’entraîneur. L’esprit humain peut jouer de mauvais tours. Le délire de cette coupe aussi, tu gagnes ça plait pas, tu perds ça plait pas non plus. Autrement dit, tu gagnes tu perds… quelle logique déboussolée.
Le football et le biais cognitif nous ont livré des idées séduisantes pour combler nos besoins psychologiques loin de toute rationalité et logique. Le tout amplifié par milliards sur les réseaux sociaux. Quel tsunami délirant !
Le football est de fait un terrible ascenseur psychologique et émotionnel ! Croire que le football sort le meilleur de nous-mêmes relèverait de l’oxymore, football et meilleur ne pouvant tenir en une seule phrase.
Et dire que la FIFA réfléchit à passer au format 64 équipes me donne le vertige : imaginez la débandade que ça fera et j’espère que cela ne sera pas pour l’édition que le Maroc accueillera avec l’Espagne et le Portugal.
Bien évidemment il serait injuste de réduire une telle compétition à ces phénomènes qui évoluent véritablement dans une autre dimension. Nous avons savouré, pour les vrais amoureux de football et non les footix, un mois de pure délice, de suspense, de belles révélations et avons nourri de nouvelles ambitions. Encore faut-il avoir le cœur bien accroché.
