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Chronique

Vers une convergence maroco-britannique sur la question du Sahara : diplomatie de clarté et vision partagée de stabilité

me Abdelhakim EL KADIRI BOUTCHICH maroc sahara

1.     Une inflexion diplomatique à saluer dans un contexte géopolitique mouvant.

La déclaration récente du Royaume-Uni en faveur d’une « solution politique, réaliste, pragmatique et durable » pour le Sahara marocain marque une étape importante dans la redéfinition des équilibres internationaux autour de cette question. En s’alignant, même partiellement, sur la position de partenaires comme les États-Unis et l’Allemagne, Londres participe à une clarification progressive du soutien international au plan d’autonomie marocain.

Cette inflexion ne constitue pas encore une reconnaissance explicite de la souveraineté du Maroc sur ses provinces sahariennes. Toutefois, elle reflète une compréhension croissante de la centralité du Maroc dans la stabilité régionale, et la nécessité d’abandonner les illusions d’un référendum irréalisable au profit d’un règlement politique constructif.

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2.     Le plan d’autonomie marocain : une autodétermination responsable et ancrée dans le droit international.

Le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 s’inscrit dans une tradition juridique éprouvée de gestion différenciée des territoires dans un cadre d’unité nationale. Il ne s’agit pas d’une simple proposition administrative, mais d’un mécanisme sophistiqué de gouvernance régionale fondé sur :

– L’élection libre des institutions locales ;

– La gestion autonome des affaires économiques, culturelles et sociales ;

– Le respect des droits fondamentaux et des équilibres institutionnels nationaux.

Cette approche est conforme à la Charte des Nations Unies, à la jurisprudence internationale sur les formes contemporaines de l’autodétermination, et aux expériences réussies de régionalisation avancée en Europe et ailleurs. Elle constitue un modèle de décentralisation pacifique adapté à la complexité des revendications identitaires tout en préservant la souveraineté nationale.

3.     Une convergence d’intérêts stratégiques Maroc–Royaume-Uni dans un contexte post-Brexit

Le Royaume-Uni, dans sa redéfinition de ses partenariats post-Brexit, a tout à gagner à approfondir ses relations avec des pôles de stabilité en Afrique du Nord. Le Maroc, en tant que hub logistique, énergétique, financier et technologique, incarne un partenaire de choix.

– En sécurité régionale, les Forces Armées Royales coopèrent déjà avec la British Army dans des exercices conjoints.

– En investissement vert et transition énergétique, les complémentarités sont nombreuses : le Maroc exporte de l’énergie solaire et hydrogène vert ; le Royaume-Uni recherche des relais durables.

– En gouvernance et diplomatie, les deux Royaumes partagent une tradition monarchique stable, un attachement à l’ordre juridique international et une volonté d’arbitrage pacifique des différends.

Soutenir pleinement le plan marocain d’autonomie, c’est renforcer un partenaire qui œuvre activement pour la paix régionale, la lutte contre l’extrémisme et le co-développement sud-sud.

4.     Dépasser les héritages idéologiques pour une architecture africaine moderne

Certaines postures idéologiques héritées de la Guerre froide — encore visibles dans les discours de quelques États africains — freinent l’intégration continentale. Le Maroc, en quittant l’OUA en 1984 pour dénoncer une approche biaisée, puis en réintégrant l’Union africaine en 2017 avec une démarche d’ouverture et de coopération, a démontré sa maturité stratégique.

Le Royaume-Uni, en se rapprochant de la lecture marocaine de la question saharienne, envoie un signal fort à l’Afrique : celui du partenariat avec les forces de réforme, de développement et de responsabilité souveraine.

5.     Pour une diplomatie de clarté et un partenariat de long terme

Le contexte mondial actuel (tensions géopolitiques, crises énergétiques, mutations logistiques ) impose de clarifier les alliances. L’ambiguïté ne peut être une stratégie durable. Le Maroc, par son plan d’autonomie, propose une sortie responsable, modérée et conforme au droit, à un conflit qui menace la cohésion régionale depuis des décennies.

Il est donc dans l’intérêt du Royaume-Uni de :

– Soutenir clairement le plan d’autonomie comme cadre de référence crédible et équilibré ;

– Accroître les investissements conjoints dans les provinces du Sud, à fort potentiel stratégique ;

– Favoriser un dialogue euro-africain lucide, fondé sur la reconnaissance des efforts souverains du Maroc en matière de stabilité et de gouvernance.

6. Conclusion : un tournant diplomatique à consolider

À mesure que les lignes bougent, une opportunité s’offre au Royaume-Uni : jouer un rôle moteur dans l’alignement stratégique euro-atlantique sur la question du Sahara. En consolidant son rapprochement avec le Maroc sur ce dossier clé, Londres ne renforce pas seulement ses intérêts en Afrique du Nord — elle contribue à forger un partenariat d’avenir fondé sur la paix durable, la responsabilité partagée et la croissance inclusive.

Le moment est venu pour la diplomatie britannique de franchir une étape supplémentaire : transformer une inflexion prudente en engagement clair, au nom de la stabilité régionale, de la cohérence stratégique, et du respect des efforts réels pour la paix.

Par Me Abdelhakim El Kadiri Boutchich,

 Juge à la Cour internationale de règlement des différends – Londres, Arbitre international agréé (commerce, ingénierie, sport), Expert international en audit, droit des affaires et évaluation – Genève
www.expertkadiri.com

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