80e Session de l’Assemblée générale de l’ONU : contexte mondial tendu et participation active du Maroc

La 80ème session de l’Assemblée générale de l’ONU se tient au siège de l’ONU à New York du 22 au 30 Septembre 2025 sur le thème « Mieux ensemble : 80 ans et plus pour la paix, le développement et les droits humains ». Cette Assemblée se tient dans un contexte mondial tendu : guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, crise climatique, inégalités, crise financière des Nations Unies.
Dans son discours introductif, le Secrétaire général de l’ONU a insisté sur une plus grande action sur le climat, l’égalité de genre, l’importance de l’intelligence artificielle, et la nécessaire réforme du système multilatéral.
Le conflit israélo-palestinien a fait l’objet de la Déclaration de New-York du 12 Septembre 2025 soutenant la solution à deux Etats par la création d’un Etat de Palestine. Cette Déclaration a été adoptée par 142 voix pour, 10 contre et 12 abstentions. Elle appelle à un cessez-le-feu immédiat à Gaza pour l’arrêt des actes de génocide commis par Israël, le désarmement du Hamas, et des garanties de sécurité au futur Etat palestinien. A noter que pendant cette 80ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, la France ainsi que plusieurs autres pays occidentaux ont reconnu l’Etat de Palestine portant le total des reconnaissances à 158 sur 193 membres de l’ONU. Concernant la guerre en Ukraine, l’Assemblée générale a adopté une résolution pour une paix juste et durable qui a été votée par 93 pays, et pour une mobilisation internationale afin de mettre fin au conflit. L’Assemblée générale a été informée de la crise financière de l’ONU avec une baisse de 15% des contributions, notamment le retrait pour le moment de la contribution des Etats-Unis, qui représente 22% du budget de l’organisation. Cette baisse risque de diminuer la capacité de l’ONU à pourvoir à l’aide humanitaire et au développement des pays les plus défavorisés.
Sur le problème du climat, le Secrétaire général de l’ONU a demandé l’abandon progressif des énergies fossiles, et le respect des engagements financiers pour l’adaptation afin de soutenir les pays les plus vulnérables. Il a demandé également l’allégement de la dette pour ces derniers pays, un accès libre aux marchés pour leurs produits, ceci afin d’éviter l’accroissement de la migration. Plusieurs dirigeants ont demandé de revitaliser le multilatéralisme comme rempart contre le chaos mondial, notamment le président français Emmanuel Macron dans son discours du 23 Septembre 2025. Cette demande est adressée notamment aux grandes puissances, dont certaines sont plus favorables au bilatéralisme et à une politique transactionnelle. Le multilatéralisme permet de prendre des décisions collectives dans l’intérêt général, de mieux solutionner les problèmes mondiaux communs, et de mettre en œuvre la solidarité envers le « Sud global » au niveau du climat, de la dette et du développement.
Une importante délégation marocaine présidée par le Chef du gouvernement a représenté le Maroc à cette 80ème session de l’Assemblée générale de l’ONU. Dans son discours devant l’Assemblée générale, Aziz Akhannouch a déclaré que le multilatéralisme est mis à l’épreuve dans un monde en mutations. L’ONU doit se réformer et renouveler ses méthodes de travail tout en préservant l’égalité souveraine des Etats. Il a appelé à un cessez-le-feu immédiat à Gaza, la levée des obstacles humanitaires, et le retour aux négociations pour la création d’un Etat palestinien. Concernant le Sahara, le Chef du gouvernement a affirmé que le plan d’autonomie présenté par le Maroc à l’ONU en 2007 est la seule solution réaliste. Ce plan est maintenant soutenu par un nombre grandissant de pays dans tous les continents, et son adoption permettra de mettre fin définitivement à ce conflit.
Au niveau du développement, climat, technologie, il a ajouté que le Maroc a mis en œuvre ses politiques de transition énergétique, les efforts pour la gestion de l’eau, sa stratégie « Digital Morocco 2030 », et le rôle de l’intelligence artificielle. Dans ce cadre le Maroc a organisé à l’ONU le « Digital for Sustainable Development » une plateforme pour l’Afrique et les pays arabes visant à co-concevoir des solutions numériques.
Le Chef de gouvernement a rappelé que pour le Maroc, l’Afrique est au cœur de sa vision et le continent est sa profondeur stratégique. Il a évoqué l’initiative Royale de l’Afrique atlantique comprenant le désenclavement des pays du Sahel, le gazoduc Nigeria-Maroc, et la construction du port de Dakhla. Enfin, il a évoqué la co-organisation par le Maroc de la Coupe du monde de football 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Le ministre des affaires étrangères Nasser Bourita a tenu plusieurs réunions et des séances de travail avec ses collègues, notamment ceux des pays du Sahel, et a annoncé l’organisation au Maroc d’une conférence africaine les 2 et 3 Décembre 2025 pour les victimes du terrorisme.
En conclusion, l’Assemblée générale de 2025 montre que l’ONU est une plateforme essentielle pour la diplomatie et l’expression collective, surtout que le monde actuel est traversé par plusieurs crises et une perte de valeurs, notamment le non-respect du droit international. Cependant, elle doit absolument se réformer, notamment au niveau du Conseil de sécurité, renouveler ses méthodes de travail pour plus d’efficacité, et trouver de nouvelles ressources financières pour se soustraire aux pressions des grands Etats donateurs.
Quant à la participation marocaine à cette 80ème session, elle a permis au Maroc de promouvoir son rôle international et régional en Afrique, notamment en renouvelant son attachement à la cause palestinienne, et son rôle pour lutter contre le changement climatique et le terrorisme. Cette participation lui a permis également de mettre en lumière ses grands projets, et développer un plaidoyer pour la cause nationale : reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara.
Ecrit par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
