Huitième Sommet des BRICS à New-Delhi : principaux résultats et impact sur le Maroc ?

Le 8ème Sommet des BRICS s’est tenu les 12 et 13 Septembre 2026 à New-Delhi en Inde sur le thème : « Construire la résilience, l’innovation, et la durabilité ». Rappelons que les BRICS est une organisation inter-gouvernementale qui est constituée de 11 membres : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud auquel se sont ajoutés : l’Egypte, l’Ethiopie, l’Iran, les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite. En outre, les BRICS ont établi un partenariat avec 10 autres pays. Les BRICS représentent 49,5% de la population mondiale, 40% du PIB mondial en PPA (Parité du pouvoir d’achat), et 26% du commerce mondial.
A l’issue du 8ème Sommet des BRICS, une Déclaration de New Delhi a été adoptée par consensus. Concernant le Moyen-Orient, (Guerre Etats-Unis/Iran) les BRICS expriment leur grave préoccupation devant l’escalade des violences, et appellent à la retenue maximale, à la protection des populations civiles, et à la souveraineté des Etats. Ils privilégient le dialogue, la consultation, et la diplomatie plutôt qu’une solution militaire. A noter que sur ce point, l’Inde a marqué un succès diplomatique, puisque l’Iran et les Emirats Arabes Unis qui sont en guerre, ont accepté la déclaration commune, avec même un contact entre le Président iranien et le Principe héritier des EAU. La déclaration condamne fermement le terrorisme qui ne doit pas être justifié par des considérations politiques ou idéologiques.
Les BRICS réaffirment leur volonté d’une réforme de l’architecture de la gouvernance mondiale, notamment pour donner davantage de poids à l’Afrique, l’Asie, et l’Amérique latine. Concernant le commerce international, la déclaration de New Delhi critique les mesures unilatérales, protectionnistes, tarifaires et non tarifaires, qui perturbent le commerce mondial.
Le Sommet veut faire des BRICS un acteur majeur de la gouvernance technologique, et la Chine a proposé la création d’une zone ouverte pour l’intelligence artificielle destinée à faciliter la coopération technologique entre les membres. Pour ce qui concerne la santé, le Sommet s’est mis d’accord sur la mise en place d’un système intégré d’alerte précoce pour les maladies infectieuses, afin d’améliorer la préparation aux futures pandémies.
Le Sommet de New-Delhi marque surtout une évolution des BRICS. Il ne s’agit plus simplement d’un regroupement économique, mais il cherche à devenir une plateforme politique du « Sud global » capable de peser sur l’ONU, le commerce, les finances, l’énergie, la technologie, et la sécurité internationale. Cependant, il ne faut pas trop surestimer l’importance des BRICS. Au niveau nominal, son PIB ne représente que 25% du PIB mondial. C’est aussi un groupement hétérogène qui regroupe des pays ayant leurs propres rivalités : Chine/Inde, Russie/Inde, Iran/EAU. Certains pays membres entretiennent des relations étroites avec les Etats-Unis, et leur seul point commun est de contester ouvertement l’ordre occidental.
Bien que le Maroc ne fait pas partie des BRICS, il doit s’intéresser à cette organisation qui devient de plus en plus un véritable pôle du « Sud global ». Rabat rejoint les BRICS dans la réforme du système multilatéral, et une représentation accrue des pays en développement dans les institutions internationales, notamment l’ONU. Le Maroc défend depuis de nombreuses années le renforcement du rôle de l’Afrique dans les institutions internationales, et la promotion de la coopération Sud-Sud. Concernant la question du Sahara, la déclaration de New-Delhi insiste sur « le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, et du règlement pacifique des différends ».
Cela correspond bien à la stratégie marocaine qui consiste à faire du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine la solution de référence, plutôt qu’une internationalisation permanente du conflit. Cependant, la position de certains pays membres des BRICS ne coïncide pas avec celle de Rabat. L’Afrique du sud reste proche du Polisario, la Russie conserve une politique prudente sur le dossier, la Chine évite de prendre une position claire sur cette question.
Le Maroc depuis son indépendance a adopté une diplomatie de diversification des partenariats, et non d’alignement sur un seul bloc. C’est ainsi qu’il entretient de bonnes relations avec les Etats-Unis, l’Europe, la Chine, l’Inde, la Russie, les pays Arabes du Golfe, sans oublier l’Afrique. C’est pourquoi il n’a pas intérêt à choisir entre les BRICS et l’Occident. Le Maroc peut chercher à devenir un pont entre les BRICS et l’Occident, et surtout entre les BRICS et l’Afrique.
Ecrit par ar Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
