Décompensation gaz butane : une hausse à 70 DH la bonbonne serait-elle envisageable en 2026 ?

Ecrit par Soubha Es-Siari I
Alors que la 2ème étape de la décompensation du gaz butane était attendue pour 2025, le gouvernement a préféré patienter. A la veille des élections législatives (septembre 2026), l’équipe au pouvoir aura-t-elle le courage d’aller jusqu’au bout de son programme et augmenter le prix de la bonbonne de gaz de 12 kg à 70 DH ou s’abstiendra-t-elle pour sauver son mandat ?
L’État continuerait de soutenir les prix du gaz butane, du sucre et de la farine nationale du blé tendre, à travers la programmation d’une enveloppe de 13,77 Mds de DH au titre du projet de la loi de finances 2026. C’est ce qui ressort du document relatif à la compensation accompagnant le PLF 2026.
Il s’agit d’une baisse de presque 20% par rapport à 2025 (16,5 Mds de DH). Résultat des courses : un différentiel de plus de 2,5 Mds qui ne seront plus consacrés à la charge de la compensation.
Que faut-il donc en déduire ? Quels sont le ou les produits devant connaître une hausse dans les mois qui suivent. Le débat est actuellement lancé mais il faut attendre celui au sein de l’enceinte parlementaire pour voir le scénario qui sera finalement retenu et quel est le ou les produits qui vont passer à la trappe de la décompensation.
Le montant prévu à la compensation représente moins de 1% du Budget comparativement à 2011 où le budget consacré à la compensation était de plus de 54 Mds de DH. C’est pour dire l’effort de décompensation déployé par l’Etat depuis lors. Le leitmotiv de cette décompensation est de parvenir à cibler la population vulnérable, la plus nécessiteuse tout en lui attribuant des aides directes.
La décompensation partielle entamée en 2024 sera progressive et limitée dans le temps. La hausse appliquée en 2024 sera suivie de deux autres hausses annuelles de 10 DH, au cours des deux prochaines années à savoir 2025 et 2026. Ainsi le prix de le prix de la bouteille de 12 kg passera à 60 DH en 2025 puis à 70 DH en 2026. Selon les promesses du gouvernement, le prix de la bouteille restera plafonné à 70 DH par bouteille de 12 kg.
Si en 2025, l’Etat a patienté en n’appliquant aucune hausse, il pourrait en être autrement en 2026. Le budget consacré à la compensation dans la LF 2025, au lieu de baisser, avait d’ailleurs augmenté passant de 16,96 Mds de DH en 2024 à 17,14 Mds de DH en 2025.
Après une année de répit, la décompensation telle que mentionnée dans le PLF 2026 ne laisse pas indifférente la classe moyenne qui peine à joindre les deux bouts, à cause de la cherté du coût de la vie, sur le ou les produits dont les prix seront rehaussés au courant de 2026. Elle ne laisse pas non plus indifférente la population démunie qui pour une raison ou une autre ne coche pas l’une des cases pour bénéficier de l’aide directe.
La bonbonne de gaz dans le viseur ?
A ce titre, c’est la bonbonne de gaz qui s’érige au premier rang des soupçons. Et pour cause, l’Etat consacre annuellement plus de 15 Mds de DH à la subvention de la consommation du gaz butane. Un montant important qui selon le programme de la décompensation devrait être alloué à l’aide directe.
A noter que chez les Marocains, c’est la bonbonne de gaz de 12 kg qui est la plus consommée notamment en milieu urbain.
En guise de rappel, le prix de la bonbonne de gaz a déjà augmenté en 2024 (on est passé de 40 à 50 DH actuellement). Si l’on se fie à la feuille de route tracée par le gouvernement, relative à une hausse graduelle du prix du gaz, on atteindrait le prix de 70 DH la bonbonne de gaz de 12 kg en 2026. Mais rien n’est encore sûr : il faut bien entendu attendre les députés pour voir s’ils vont laisser le gouvernement aller jusqu’au bout de sa politique ou des voix d’opposition vont s’élever pour aller à contre sens de cette mesure et freiner un tel élan. En attendant le verdict, les citoyens retiennent leur souffle.
D’aucuns diront que le Maroc n’a pas le choix si l’on prend en considération notre déficit de la balance commerciale qui ne fait que s’aggraver d’année en année. Dans ce déficit, les importations du gaz but figurent en bonne position. Le Maroc, ne disposant plus d’une raffinerie depuis une décennie est aujourd’hui l’un des plus grands importateurs du gaz butane au monde. En 2025, les importations de gaz butane ont atteint 3 millions de tonnes, un chiffre jugé très important.
Le Maroc est le seul destinataire africain des exportations espagnoles de gaz naturel. En février dernier, le Royaume a ainsi absorbé la quasi-totalité des 20,6% des volumes exportés vers le continent. Sur les mois de janvier et février 2025, les exportations espagnoles de gaz naturel vers le Maroc ont grimpé à 1.372 GWh, en hausse de 30% par rapport à la même période de 2024. Ces chiffres confirment donc la tendance haussière du niveau d’approvisionnement du Maroc en gaz naturel. Une réalité sur laquelle nous ne pouvons pas fermer les yeux.

