Sécurité énergétique : des annonces officielles confrontées à la réalité du terrain

Ecrit par L.B. I
Alors que le gouvernement met en avant ses choix en matière de sécurité énergétique, la réalité de la raffinerie SAMIR, toujours à l’arrêt et largement sous-exploitée, relance le débat sur la gestion des capacités nationales et le manque de transparence autour d’un dossier hautement stratégique.
Le retour de la ministre de la Transition énergétique devant le Parlement, pour évoquer les capacités de stockage et l’exploitation des installations de la raffinerie SAMIR, intervient dans un contexte où la question de la souveraineté énergétique s’impose avec acuité. Mais derrière les annonces et les chiffres avancés, le flou persiste.
Car à y regarder de plus près, la réalité du terrain semble en décalage avec le discours officiel. C’est ce que souligne El Houssine El Yamani, président du Front national pour la sauvegarde de la raffinerie Samir. Selon lui, la situation actuelle reste marquée par une sous-exploitation manifeste d’un outil industriel pourtant stratégique.
En liquidation judiciaire depuis plusieurs années, la SAMIR demeure à l’arrêt. Ses capacités, tant en raffinage qu’en stockage, restent largement inexploitées. Loin d’une mobilisation effective des infrastructures, un seul réservoir serait aujourd’hui utilisé, et encore, de manière marginale au regard du potentiel global du site.
« Depuis le désengagement de l’État du stockage en 2020, un seul réservoir est exploité, par un opérateur unique et de façon exclusive, avec une capacité de 80.000 m³, et non 800.000 comme cela a été avancé au Parlement. Cela ne représente que 4 % de la capacité totale de la SAMIR, estimée à 2 millions de mètres cubes », précise El Yamani. Une capacité qui, en théorie, pourrait couvrir jusqu’à 67 % des besoins nationaux en produits pétroliers.
Dès lors, la question dépasse le simple cadre technique. Elle interroge la gestion stratégique des capacités nationales d’approvisionnement. Car avec un tel potentiel, la SAMIR aurait pu constituer un véritable amortisseur face aux chocs externes, dans un contexte international marqué par la volatilité des prix.
Mais au-delà des infrastructures, c’est la question du stock réel qui reste posée. « Le stock national ne se mesure pas aux réservoirs vides, mais aux volumes effectivement disponibles », rappelle El Yamani. Autrement dit, à ce qui est réellement mobilisable.
Or, dans un marché sous tension, les opérateurs privilégient la prudence. « Face à la hausse des prix, peu s’engagent à remplir leurs capacités de stockage ou à respecter pleinement l’obligation légale de couverture de 60 jours de consommation. À l’inverse, la SAMIR, du temps de son activité, maintenait un niveau de stock conséquent, avoisinant 1,5 million de tonnes, soit près de 45 jours de consommation », dénonce El Yamani.
Dans ce contexte, la fermeture prolongée de la raffinerie laisse apparaître un vide difficile à combler et alimente, au passage, les interrogations sur les choix opérés.
Car au fond, le dossier SAMIR dépasse largement les considérations techniques. Il s’inscrit dans une lecture plus politique de la gestion du secteur énergétique. Les critiques évoquent un manque de volonté pour relancer l’outil industriel, voire un statu quo qui servirait certains équilibres du marché. Sans trancher sur ces accusations, un constat s’impose : le déficit de transparence entretient le doute.
Dans un secteur aussi stratégique, l’ambiguïté n’est pas une option. La gestion des infrastructures, la régulation du marché et la définition d’une politique de stockage ne peuvent se faire à demi-mot. Elles exigent des choix clairs, assumés, et surtout explicables.
À l’heure où le Maroc affiche ses ambitions en matière de transition énergétique et de sécurisation de ses approvisionnements, le dossier SAMIR apparaît comme un révélateur. Ce dossier met en lumière les limites actuelles de la gouvernance du secteur.
Car au final, la question n’est peut-être pas tant celle des capacités disponibles, que celle de leur activation. Autrement dit : non pas ce qui est possible, mais ce qui est réellement voulu.


