Impôt minimum à 15% : le pari marocain pour faire gagner l’Afrique

Ecrit par S. Es-Siari I
En accueillant la 11ème édition du Symposium Fiscal Africain du 3 au 5 juin 2026, le Maroc confirme son statut de moteur de la diplomatie fiscale sur le continent. Organisé pour la toute première fois en Afrique du Nord par l’IBFD en étroite coordination avec la Direction Générale des Impôts (DGI), ce sommet place le Royaume au centre des décisions face au projet d’impôt minimum mondial de 15 %.
L’impôt minimum mondial est une réforme historique qui impose un taux de taxation minimal de 15 % sur les bénéfices des plus grandes entreprises multinationales, quel que soit le pays où elles opèrent. Porté par l’OCDE, ce mécanisme vise à mettre fin à la « course au moins-disant fiscal » : il empêche les géants du Net et de l’industrie de déplacer artificiellement leurs profits vers des paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. Pour l’Afrique, l’enjeu actuel est de s’approprier ces règles complexes afin de récupérer les recettes fiscales qui lui échappent légitimement.
Le Maroc ne se contente pas d’être l’hôte de l’événement, il s’impose comme un modèle de transition fiscale. L’année 2026 marque précisément l’aboutissement de sa grande réforme de l’Impôt sur les Sociétés (IS), entamée en 2023. En unifiant ses taux cibles (notamment le taux de 35 % pour les grandes entreprises réalisant un bénéfice net égal ou supérieur à 100 MDH), le pays prouve sa capacité à aligner sa législation nationale sur les exigences de transparence de l’OCDE tout en préservant son attractivité économique.
À Rabat, la délégation marocaine mène les discussions pour créer un pont entre les exigences des pays développés et les réalités des économies africaines. Le principal défi consiste à transformer les règles complexes du « Pilier 2 » de l’OCDE (l’impôt minimum mondial) en opportunités concrètes de recettes pour le continent. Lors des sessions spéciales du sommet, les experts marocains partagent leur expertise sur la prévention et la résolution des litiges fiscaux, un enjeu crucial pour rassurer les investisseurs étrangers tout en protégeant les budgets publics.
À travers cette impulsion, le Royaume lie directement la souveraineté fiscale à la réussite de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Pour le gouvernement marocain, la lutte contre l’évasion fiscale des multinationales et la captation des profits du numérique doivent servir à financer les infrastructures locales.
En fédérant les administrations fiscales africaines à Rabat, le Maroc s’affirme comme le porte-voix d’une Afrique unie, prête à dicter ses propres conditions dans le nouvel ordre financier international.
Lire également : ZLECAf : le panafricanisme économique à l’épreuve du réalisme fiscal


