Exploration pétrolière et gazière : le grand réveil du capital national

L’exploration pétrolière et gazière vit une mutation sans précédent. Alors que près de dix entreprises s’activent à travers le Royaume, une annonce majeure de la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leïla Benali, devant le Parlement retient l’attention : pour la première fois, des investisseurs privés nationaux participent activement aux campagnes de recherche d’hydrocarbures.
Cette percée historique coïncide avec la promulgation stratégique de la loi 56.24, transformant l’Office National des Hydrocarbures et des Mines en société anonyme (ONHYM-SA). Derrière ce basculement juridique se profile un bouquet d’opportunités pour le capital privé marocain.
Pendant deux décennies, l’exploration est restée le terrain de jeu quasi exclusif des multinationales étrangères. En devenant une société anonyme dotée d’une agilité managériale inédite, l’ONHYM-SA change radicalement la donne. La nouvelle structure juridique lève les verrous administratifs traditionnels et favorise le co-investissement à travers des leviers modernes : capital-risque, emprunts structurés et levées de fonds. Les groupes privés marocains peuvent désormais entrer directement dans des consortiums aux côtés de majors internationales sur les 40 permis offshore et 9 permis onshore que compte le pays, partageant ainsi les risques financiers inhérents au secteur tout en captant la valeur locale.
Le potentiel gazier marocain n’est plus un mirage. Des bassins du Gharb à la région d’Essaouira, en passant par les réserves onshore de Tendrara et le gisement offshore Anchois au large de Larache, les découvertes se concrétisent. Le transport et le stockage transitoire du gaz naturel ayant été ouverts à l’initiative privée par la nouvelle loi, le secteur national a donc un rôle clé à jouer. Il s’agit de financer des réseaux de distribution locaux ou des solutions de pipelines virtuels (GNL transporté par camions) pour relier directement les puits de production aux zones industrielles du pays.
Au-delà de la molécule de gaz, l’aval pétrolier offre des opportunités immédiates de diversification territoriale. Entre 2021 et 2025, le Maroc a augmenté ses capacités de stockage de produits pétroliers de plus de 30 %, s’offrant ainsi l’équivalent de 17 jours d’autonomie supplémentaires. Cependant, un déséquilibre persiste : environ 80 % de ces infrastructures sont concentrées sur l’axe Casablanca-Tanger. L’État pousse activement à une redistribution régionale. Les opérateurs privés nationaux sont invités à investir massivement dans la construction et la gestion de nouveaux dépôts stratégiques dans les autres régions du Royaume, un segment réputé pour sa rentabilité stable et ses contrats à long terme.
Enfin, l’intensification des forages crée une demande exponentielle pour la sous-traitance industrielle. Le développement d’une filière nationale de services de support constitue un gisement d’emplois et de valeur. Le secteur privé marocain dispose d’une carte maîtresse à jouer dans la logistique lourde, la maintenance technique des installations, l’ingénierie civile…
En développant cette expertise technique locale, les entreprises marocaines se préparent également à projeter leur savoir-faire au-delà des frontières, puisque le nouveau statut d’ONHYM-SA l’autorise légalement à investir et opérer à l’étranger, notamment sur le projet du gazoduc Afrique-Atlantique.
La transition est en marche, soutenue par un cadre budgétaire et fiscal parmi les plus attractifs. Pour les opérateurs marocains, l’heure n’est plus à l’observation, mais à l’action.
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