Flash
Exportations : une hausse tirée par l’automobile, l’aéronautique, agriculture et agroalimentaire Les dattes marocaines entre abondance de la production et régulation des importations : comment trouver le juste équilibre ? SCRT : hausse des recettes et décélération du déficit budgétaire au S1 Phosphates : hausse des prix du DAP, sur fond de renchérissement des intrants et du fret Bank Of Africa/SACE : coopération pour de nouvelles opportunités de financement et d’investissement en Afrique Le Maroc des territoires : quand Errachidia juge Rabat Obligations carbone européennes : BMCE Capital Markets lance une offre destinée aux transporteurs Aéroport Mohammed V de Casablanca : El Arbi Es-Sobaihi nommé directeur UM6P : plus de 1.500 chercheurs mobilisés en 5 ans en faveur de la R&D Settat/INDH : approbation de 27 projets de développement pour une enveloppe de plus de 43 MDH
Chronique

La visite de Marco Rubio dans les pays du Golfe : quelles perspectives d’avenir ?

Anniversaire Etats-Unis

Rappelons tout d’abord que les relations entre les États-Unis et les monarchies arabes du Golfe en particulier l’Arabie saoudite sont très anciennes. C’est en effet le 14 février 1945 qu’a eu lieu la rencontre historique entre le président américain Franklin Roosevelt et le Roi Abdelaziz Ibn Saoud à bord du navire américain USS Quincy.

L’échange stratégique entre les deux pays repose sur la garantie de sécurité du Royaume par les États-Unis, en contrepartie d’un accès privilégié des Américains aux ressources pétrolières de l’Arabie saoudite. Après la révolution iranienne de 1979, les États-Unis renforcent leur coopération avec les pays arabes du Golfe, d’autant plus que le leader iranien Ruhollah Khomeiny voulait exporter la révolution islamique portant dans le monde musulman.

Les relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite ont connu des tensions après le 11 septembre 2001 où la majorité des terroristes étaient saoudiens. Cependant, les États-Unis demeurent le principal partenaire sécuritaire des monarchies du Golfe, qui abritent plusieurs bases militaires américaines à Qatar, Bahreïn et aux Émirats Arabes Unis. Les États-Unis fournissent d’importantes capacités d’armement aux pays du Golfe, tout en assurant une coopération en matière de renseignement et de protection des routes maritimes dans le golfe persique et le détroit d’Ormuz.

Publicité

Les relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite ainsi que plusieurs États arabes du Golfe ont toujours été conflictuelles. Outre la rivalité historique (Empire Perse contre Empires arabes) et la fracture religieuse (Islam chiite contre Islam sunnite), les États arabes du Golfe craignent que l’Iran se dote de l’arme nucléaire menaçant leur survie. C’est pour cela qu’ils ont cherché à établir un dialogue avec l’Iran, qui a abouti en 2023 au rétablissement des relations diplomatiques grâce à la médiation de la Chine. Depuis, des échanges diplomatiques et économiques ont repris même si la méfiance demeure.

Les tensions entre l’Arabie saoudite, les pays du Golfe et l’Iran se sont à nouveau détériorées suite à l’offensive américano-israélienne du 28 février 2026 contre l’Iran. C’est ainsi qu’à chaque attaque aérienne contre son territoire, l’Iran a riposté par l’envoi de drones et de missiles contre Israël et les pays arabes du Golfe, prétextant l’existence de bases aériennes américaines sur leur sol. Les pertes civiles dans les Etats du Golfe restent relativement limitées par rapport à celle enregistrées en Iran. Par contre, des bâtiments résidentiels, des installations aéroportuaires et certaines infrastructures civiles ont été endommagés, notamment à Bahreïn et au Koweït. De même, plusieurs milliers de personnes dans les pays du Golfe ont été temporairement évacuées des sites militaires ou énergétiques.

L’impact économique des attaques de drones et de missiles iraniens contre les pays du Golfe est beaucoup plus important que les dommages matériels directs. Rappelons que les six États du Conseil de coopération du Golfe constituent l’un des pôles économiques et énergétiques les plus puissants du monde. Avec à peine une population de 63 millions d’habitants, les pays du Golfe disposent d’un PIB cumulé qui dépasse les 2.500 milliards de dollars, et d’un tiers des réserves mondiales de pétrole. Le Qatar est l’un des premiers exportateurs mondiaux de gaz naturel (GNL), tandis que les Émirats Arabes Unis et l’Arabie saoudite développent également rapidement leur production gazière. La guerre entre les États-Unis et l’Iran a entraîné un ralentissement des exportateurs d’hydrocarbures des pays du Golfe, du fait des perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz. Elle a entraîné également une hausse de coûts maritimes et aériens, une baisse des investissements étrangers et de l’activité du tourisme et des services.

Le Secrétaire d’État américain Marco Rubio a effectué une tournée dans les pays du Golfe du 23 au 25 juin 2026, quelques jours après la signature le 17 juin 2026 du Protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran. C’est ainsi qu’il a visité les Émirats Arabes Unis, le Koweït et Bahreïn, où il a rencontré tous les ministres des Affaires étrangères du Conseil de Coopération du Golfe. Les objectifs de cette visite étaient de rassurer les alliés arabes que l’accord entre les États-Unis et l’Iran ne se ferait pas au détriment de leur sécurité. Marco Rubio a réaffirmé que les États-Unis maintiendraient leur engagement militaire et leur coopération en matière de défense envers leurs partenaires régionaux. Il a ajouté que les États-Unis n’accepteraient pas que l’Iran impose un péage, ou restreigne la libre circulation dans le détroit d’Ormuz, voie maritime essentielle du commerce mondial de l’énergie.

Cependant au 28 Juin 2026, la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran connait une situation très instable. Les deux parties ont échangé de nouvelles frappes militaires les 26, 27 et 28 juin 2026. Les nouvelles frappes risquent de mettre en péril le Protocole d’accord du 17 Juin 2026, d’autant plus qu’il n’y a pas eu d’accord à ce jour concernant la navigation dans le détroit d’Ormuz, et que les questions concernant le nucléaire militaire iranien et l’enrichissement de l’uranium n’ont pas été résolues. Les pays du Golfe craignent également que la levée des sanctions contre l’Iran, le dégel des avoirs iraniens et la mise en œuvre du Fonds de reconstruction et de développement de l’Iran de 300 milliards de dollars, mesures prévues dans le Protocole d’accord du 17 juin 2026, ne permettent au régime iranien de se renforcer.

En conclusion, on ne peut que condamner les attaques iraniennes contre les pays du Golfe, qui n’ont entrepris aucune opération militaire contre la République islamique. Dimanche 28 juin 2026, les États-Unis et l’Iran ont décidé la fin des attaques réciproques, et la tenue de nouvelles négociations à Qatar le mardi 30 juin 2026. Il faut espérer que ces négociations puissent aboutir avant le 31 août 2026 à un accord complet entre les deux belligérants, permettant aux pays du Golfe de rétablir leur stabilité et leur prospérité. Ces derniers doivent diversifier leur économie pour ne plus dépendre principalement des hydrocarbures. Ils doivent en outre élargir leur partenariat avec les autres puissances mondiales, d’autant plus que l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis ont adhéré le 1er janvier 2024 aux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Ecrit par Jawad KERDOUDI

Président de l’IMRI

(Institut Marocain des Relations Internationales)

Publicité

Laisser un commentaire

Publicité
Publicité
error: Content is protected !!