La guerre Etats-Unis/Iran : nouvelle escalade majeure autour du détroit d’Ormuz

Rappelons que c’est le 28 février 2026 que le Guide suprême de la République islamique d’Iran a été tué ainsi que plusieurs hauts responsables iraniens, visés par une frappe aérienne conjointe américano-israélienne. Il s’en est suivie une offensive aérienne coordonnée des États-Unis et d’Israël contre des installations militaires, des sites nucléaires, et des centres de commandement iraniens.
L’Iran a riposté par des missiles et des drones contre Israël et des bases américaines situées dans les pays du Golfe. Cette guerre a donné lieu également à des cyberattaques et des opérations militaires notamment dans le détroit d’Ormuz. Un cessez-le-feu de deux semaines a été conclu début Avril 2026 sous médiation internationale. Il a été suivi par un Protocole d’Accord signé le 15 juin 2026 par le président américain Donald Trump et le président de l’Iran Masoud Pezeshkian.
Ce Protocole annonce le cessez-le-feu, et l’ouverture de négociations en vue d’un accord définitif dans un délai de 60 jours. Ces négociations devaient porter sur l’ouverture du détroit d’Ormuz, le nucléaire iranien, la levée des sanctions et des fonds gelés de l’Iran, la mise en œuvre d’un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement de l’Iran. Notons que les restrictions opérées par l’Iran contre la libre circulation dans le détroit d’Ormuz, par lequel passaient 20% de la consommation mondiale du pétrole et de gaz naturel liquéfié, ont entraîné une augmentation considérable du prix du baril de pétrole qui s’est élevé à 128 dollars le baril début avril 2026.
Alors que les négociations indirectes avaient débuté entre les États-Unis et l’Iran en vue d’aboutir à un accord définitif, l’Iran a attaqué deux navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. Il s’en est suivi une contre-attaque aérienne américaine sur le territoire iranien, ce qui a entraîné à partir du 13 juillet 2026 une nouvelle escalade militaire entre les deux belligérants. L’Iran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, tandis que les États-Unis ont affirmé que le détroit d’Ormuz restait ouvert à la navigation internationale. La situation est devenue très dangereuse, avec le risque d’un nouvel affrontement direct. En fait, l’Iran veut utiliser le détroit d’Ormuz comme principal moyen de pression stratégique dans les négociations qui sont toujours en cours.
Ce raidissement de la position iranienne peut s’expliquer par les grandioses funérailles qui ont été organisées du 6 au 10 juillet 2026 du Guide suprême Ali Khamenei. Étaient présents à ces funérailles une centaine de personnalités étrangères dont Dimitri Medvedev, Vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, le Premier ministre du Pakistan, le Ministre d’État aux affaires étrangères de l’Inde, ainsi que le Gouverneur de la région de Bihar, les représentants de Qatar et d’Oman, ainsi que des personnalités de l’Afghanistan, de l’Irak et de plusieurs Etats d’Asie et d’Afrique. Le cortège funèbre outre Téhéran a traversé Najaf, Kerbala et Machhad où l’inhumation a eu lieu. Une foule immense a suivi le cortège d’Ali Khamenei estimée selon certains observateurs à 20 millions d’Iraniens. Durant tout le trajet, des slogans ont été lancés : » Mort à l’Amérique », » Mort à Israël ».
De son côté Mojtaba Khamenei, devenu Guide suprême après la mort de son père, a diffusé un message écrit à l’issue des funérailles où il déclare que « La vengeance est l’exigence de la nation » et que l’Iran » vengera le sang du Guide martyr et tous les martyrs de ces deux guerres ». Il promet également de poursuivre les responsables qu’il qualifie de « criminels ». Mojtaba Khamenei a aussi évoqué l’existence d’une liste de personnes à tuer, mais il n’a rendu public aucun nom. Le 12 juillet 2026, le quotidien iranien conservateur Hamshahri a publié une liste de 13 dirigeants étrangers dont Donald Trump, Benjamin Netanyahu, ainsi que d’autres dirigeants européens, canadiens et d’Amérique latine. Dès le lundi 13 juillet le prix du pétrole a gagné plus de 4%.
En conclusion, suite à cette nouvelle escalade du 13 juillet 2026, il apparaît qu’il sera difficile de parvenir à un accord définitif entre les États-Unis et l’Iran d’ici le 15 août 2026. Les responsables iraniens les plus radicaux ont été confortés par les funérailles d’Ali Khamenei, et du succès populaire dont elles ont bénéficié. D’autre part, ils veulent garder le contrôle du Détroit d’Ormuz, qui est incontournable pour le marché mondial du pétrole et du gaz naturel liquéfié, mais également très important pour les engrais, le soufre, le méthanol, l’hélium et diverses marchandises conteneurisés. Un responsable iranien a même déclaré que le contrôle du détroit d’Ormuz est plus important que la possession de l’armée nucléaire. Il est très difficile de prévoir ce qui va se passer dans les semaines à venir. Deux hypothèses sont possibles : soit la reprise par les États-Unis des attaques aériennes massives contre le territoire iranien, soit une situation de ni-guerre ni paix qui peut durer encore quelques mois en attendant les élections américaines de mi-mandat qui auront lieu le 3 novembre 2026.
Ecrit par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)

