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Chronique

Les dattes marocaines entre abondance de la production et régulation des importations : comment trouver le juste équilibre ?

Mohammed Tafraouti Méditerranée dattes

Il y a quelques années, j’ai participé à un colloque scientifique consacré aux oasis dans un hôtel situé au sud-est du Royaume, au cœur d’une région réputée pour produire quelques-unes des meilleures variétés de dattes marocaines, notamment Boufeggous, Majhoul, Aziza et Bousthammi.

Alors que les différentes sessions étaient consacrées à la protection des oasis et à la valorisation de leurs produits du terroir, un détail a retenu mon attention : les dattes servies aux participants et aux invités de l’hôtel étaient de la variété saoudienne « Sukari », importée.

Il ne s’agissait nullement d’établir une hiérarchie entre les différentes variétés, chacune possédant ses qualités propres et son identité. Mais cette situation a fait naître une interrogation qui ne m’a plus quitté depuis : comment promouvoir les oasis marocaines lorsque leurs propres dattes sont absentes des tables d’un événement organisé en leur sein ?

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Aujourd’hui, cette question refait surface avec une acuité particulière, à la faveur du débat suscité par les courriers adressés par les coopératives de producteurs et la Fédération nationale interprofessionnelle de la filière des dattes concernant la poursuite des importations de volumes importants de dattes, alors même que les producteurs s’apprêtent à commercialiser une récolte annoncée comme l’une des meilleures de ces dernières années.

Une campagne prometteuse et des indicateurs encourageants

Lors de l’ouverture de la quatorzième édition du Salon international des dattes à Erfoud, le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, a annoncé que la production nationale attendue pour la campagne agricole 2025-2026 atteindrait environ 160 000 tonnes, soit une progression de 55 % par rapport à la campagne précédente.

Selon le ministre, cette performance reflète l’amélioration des conditions climatiques, en particulier dans la région de Drâa-Tafilalet, qui assure près de 76 % de la production nationale. Il a également réaffirmé l’engagement du ministère à poursuivre son soutien aux agriculteurs et aux producteurs, conformément aux Hautes Orientations Royales visant à assurer le développement durable des oasis.

Les données officielles indiquent par ailleurs que la filière phoénicicole génère un chiffre d’affaires annuel proche de 2 milliards de dirhams, représente environ 3,6 millions de journées de travail et constitue une source de revenus, directe ou indirecte, pour près de deux millions de citoyens. Au-delà de son poids économique, elle joue également un rôle essentiel dans la lutte contre la désertification et la préservation de la biodiversité.

Où se situe réellement le problème ?

Si la production nationale prévisionnelle atteint environ 160 000 tonnes, alors que la consommation annuelle est estimée à 200 000 tonnes, le déficit théorique ne dépasserait pas 40 000 tonnes.

Toutefois, plusieurs professionnels du secteur estiment que les volumes importés au cours de certaines campagnes excèdent largement ce seuil. Cette situation soulève, selon eux, des interrogations quant à l’adéquation entre les quantités importées et les besoins réels du marché, notamment lorsque les importations coïncident avec la période de commercialisation de la récolte nationale, exerçant une pression sur les prix et fragilisant les petits producteurs ainsi que les coopératives.

À l’inverse, les importations demeurent un instrument indispensable lorsque les besoins du marché l’exigent, afin de garantir l’approvisionnement des consommateurs et la stabilité des prix. Le débat ne porte donc pas sur le principe même des importations, mais sur leur régulation, fondée sur des données fiables relatives à la production nationale, aux stocks disponibles et aux besoins effectifs du marché.

L’appel à une approche concertée

Dans ce contexte, et après l’annonce par le ministère d’une production nationale attendue de près de 160 000 tonnes pour la campagne 2025-2026, la question de l’équilibre entre la protection de la production nationale et l’approvisionnement du marché est revenue au premier plan.

La Fédération nationale interprofessionnelle de la filière des dattes a ainsi adressé deux correspondances au ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts ainsi qu’au ministère de l’Industrie et du Commerce. Elle y plaide pour une approche participative fondée sur une évaluation rigoureuse de la production nationale, des besoins de consommation et des volumes d’importation nécessaires, dans le respect des intérêts de l’ensemble des acteurs de la filière.

Le véritable défi consiste aujourd’hui à mettre en place une politique équilibrée pour la filière des dattes, reposant sur une connaissance précise des niveaux de production et de consommation et sur une coordination étroite entre les différents intervenants. L’objectif est d’éviter que l’abondance de la production ne se transforme en difficulté économique pour les agriculteurs et que les importations ne créent une concurrence déséquilibrée au détriment du produit national.

L’enjeu dépasse largement la protection d’une seule campagne agricole. Il s’agit de préserver la durabilité des oasis marocaines et de garantir l’avenir économique de millions de citoyens dont les moyens de subsistance restent étroitement liés au palmier dattier, patrimoine à la fois économique, environnemental et culturel du Royaume.

Réguler les importations sans les interdire… La vision de la Fédération pour préserver l’équilibre du marché des dattes.

Dans le cadre de ce débat, M. Rachid El Bssita, président de la Fédération nationale interprofessionnelle de la filière des dattes, a apporté plusieurs précisions sur les motivations de cette initiative et sur la vision de la Fédération concernant l’organisation des importations.

Il a indiqué que la Fédération suit avec une grande attention l’évolution du dossier des importations de dattes, dans la mesure où celui-ci concerne directement les moyens de subsistance de milliers de familles vivant dans les oasis. Selon lui, parvenir à un équilibre entre la sécurité de l’approvisionnement du marché et la protection de la production nationale, en particulier celle des petits agriculteurs, constitue la clé d’une gestion efficace de ce dossier.

Il a rappelé que la Fédération avait adressé deux courriers au ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts ainsi qu’au ministère de l’Industrie et du Commerce afin de faire part des préoccupations des professionnels et d’appeler à une coordination institutionnelle fondée sur des données précises concernant la production nationale, les stocks disponibles et les besoins du marché avant toute décision relative aux volumes importés.

Selon lui, la Fédération considère les importations comme un mécanisme nécessaire lorsque les besoins du marché le justifient. Elle plaide toutefois pour une régulation basée sur des indicateurs objectifs prenant en compte la production nationale, les stocks existants et les besoins réels de consommation, afin d’éviter de pénaliser les dattes marocaines ou de faire subir des pertes aux producteurs en raison d’importations intervenant simultanément avec la période de récolte et de commercialisation.

Il a également souligné que l’annonce par le ministère d’une production nationale prévisionnelle de 160 000 tonnes, face à une consommation estimée à 200 000 tonnes, constitue un signal positif quant au développement de la filière. Le déficit estimé à environ 40 000 tonnes devrait, selon lui, servir de référence pour déterminer les volumes d’importation, tout en tenant compte des stocks disponibles, afin que les décisions prises correspondent aux besoins réels du marché.

Le président de la Fédération s’est déclaré confiant quant à une réponse favorable des deux ministères, saluant les efforts déployés par le ministère de l’Agriculture en faveur du développement de la filière, efforts qui se traduisent aujourd’hui par les résultats encourageants enregistrés au cours de cette campagne.

Il a enfin exprimé le souhait de voir instaurer un mécanisme permanent de coordination entre les deux ministères, reposant sur une évaluation régulière de la production nationale, des stocks et des besoins du marché avant toute décision d’importation. Une telle démarche permettrait, selon lui, de protéger les producteurs, d’assurer la stabilité du marché et de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs.

Évoquant les perspectives de règlement de ce dossier, il s’est montré optimiste quant à la possibilité de parvenir à des solutions consensuelles. La Fédération privilégie une logique de partenariat et de proposition, convaincue que le dialogue et la concertation entre l’ensemble des parties prenantes constituent la meilleure voie pour concilier protection du produit national et sécurité de l’approvisionnement.

En conclusion, il a lancé un appel aux consommateurs marocains afin qu’ils accordent aux dattes nationales la place qu’elles méritent sur les tables des familles marocaines, en raison de leur qualité, de leur authenticité et de leur valeur nutritionnelle. Choisir les dattes marocaines, a-t-il souligné, revient à soutenir des milliers de familles vivant dans les oasis, à encourager l’économie locale et à préserver un patrimoine environnemental et culturel qui fait partie intégrante de l’identité nationale. L’objectif demeure une organisation du marché conciliant l’intérêt du consommateur, la protection de la production nationale et la pérennité de la filière phoénicicole.

Écrit par Mohammed Tafraouti,

Communicateur en environnement et développement durable
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