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Chronique

Transport aérien vers les provinces de Sud : pourquoi l’augmentation des tarifs par la RAM est une fausse bonne idée ?

Mohamed Oueld Lfadel ram

La décision prise par la RAM d’augmenter les tarifs des vols intérieurs à destination et en provenance de Laâyoune, à la suite de la réduction de moitié de la contribution de la Région Laâyoune Sakia Lhamra au soutien du transport aérien, relance un débat fondamental : quelle est la véritable finalité de cette politique de soutien ?

Depuis sa mise en place, ce mécanisme n’avait pas pour vocation première de subventionner une compagnie aérienne. Il constituait avant tout un outil d’aménagement du territoire, destiné à réduire les effets de l’éloignement géographique, à renforcer l’intégration économique des provinces du Sud et à garantir une meilleure mobilité des citoyens.

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Aujourd’hui, la hausse annoncée des tarifs soulève une interrogation légitime : est-il pertinent de faire supporter aux citoyens les conséquences de la baisse du financement public alors même que la politique de soutien a atteint une grande partie de ses objectifs ?

Le transport aérien : une infrastructure économique stratégique

Dans les régions éloignées des grands centres économiques, le transport aérien ne peut être analysé selon la seule logique du marché.

Pour les provinces du Sud, l’avion représente bien davantage qu’un moyen de transport. Il constitue une infrastructure stratégique permettant : la mobilité des citoyens ; la circulation des compétences et des talents ; l’attractivité des investissements ; le développement du tourisme ; l’accès aux services administratifs, sanitaires et universitaires ; le renforcement de l’unité économique nationale.

Dans un territoire situé à plus de 1.200 kilomètres de Casablanca et à plusieurs centaines de kilomètres des principaux pôles administratifs du Royaume, le coût de la mobilité constitue un facteur déterminant de compétitivité et de cohésion territoriale.

L’expérience internationale montre d’ailleurs que les régions périphériques qui disposent d’une connectivité aérienne performante attirent davantage d’investissements et enregistrent généralement un développement économique plus soutenu que celles souffrant d’un déficit de desserte aérienne.

Une politique publique qui a produit ses effets

Lorsque les mécanismes de soutien ont été instaurés, ils répondaient notamment à une problématique économique précise : compenser la faiblesse de la demande et les nombreux sièges vacants sur certaines liaisons. Le contexte a profondément changé.

Aujourd’hui, les vols reliant Laâyoune aux principales villes du Royaume affichent fréquemment des taux de remplissage très élevés, atteignant parfois leur capacité maximale plusieurs jours avant le départ.

Autrement dit, le soutien public a contribué à créer un marché dynamique et durable.

Dans ces conditions, l’argument selon lequel la réduction de la subvention devrait automatiquement se traduire par une augmentation généralisée des prix mérite d’être discuté. En effet, lorsqu’une ligne aérienne enregistre un niveau élevé de fréquentation, sa rentabilité structurelle s’améliore naturellement grâce à l’augmentation du nombre de passagers transportés.

La question devient alors moins celle de la survie économique de la liaison que celle du partage de l’effort financier entre les différents utilisateurs du service.

Un benchmark international : soutenir les territoires, pas seulement les compagnies

De nombreux pays ont fait le choix de maintenir des dispositifs spécifiques pour préserver la connectivité des régions éloignées.

Au sein de l’Union européenne, le mécanisme des Obligations de Service Public (OSP) permet aux États de soutenir des lignes aériennes considérées comme essentielles au développement économique et social de régions périphériques ou insulaires. Ces dispositifs existent notamment en Espagne, au Portugal, en France, en Grèce ou encore dans les pays nordiques.

Aux États-Unis, le programme fédéral Essential Air Service garantit depuis plusieurs décennies un niveau minimal de desserte aérienne pour les communautés éloignées afin d’éviter leur isolement économique.

L’exemple espagnol est particulièrement instructif. Les résidents des îles Canaries et  des Baléares, bénéficient de réductions pouvant atteindre 75 % sur certains vols domestiques, l’objectif étant de compenser les contraintes géographiques liées à l’insularité ou à l’éloignement.

Ces expériences convergent vers un même principe : le transport aérien est considéré comme un instrument de cohésion territoriale et le soutien public vise prioritairement les populations concernées.

Une réalité souvent oubliée : les principaux bénéficiaires ne sont plus uniquement les citoyens

Le débat actuel souffre d’un paradoxe rarement évoqué. Au moment de la création du dispositif, le principal bénéficiaire visé était le citoyen. Or, aujourd’hui, une part importante du trafic aérien vers les provinces du Sud est générée par : les administrations publiques ;les établissements publics ; les collectivités territoriales ;les entreprises privées ; les cabinets d’expertise et de conseil et es opérateurs économiques intervenant dans les secteurs stratégiques.

Les déplacements professionnels se multiplient et l’avion est devenu l’outil privilégié de mobilité professionnelle des cadres, techniciens, ingénieurs et responsables administratifs.

Dans les faits, une part significative du soutien accordé aux billets profite indirectement aux budgets de déplacement des personnes morales.

Cette évolution pose une question de fond: est-il justifié que le même niveau de soutien bénéficie indistinctement à une administration ou à une grande entreprise disposant d’un budget de mission, et à une famille, un étudiant ou un patient contraint de voyager ?

Pour un ciblage plus intelligent de l’aide publique

Plutôt qu’une augmentation uniforme des tarifs, une approche plus équitable pourrait être envisagée.

Elle consisterait à distinguer clairement :

  • les voyageurs particuliers ;
  • les voyageurs agissant pour le compte d’administrations, des établissements publics et des entreprises privées.

Le principe serait simple : préserver le soutien destiné aux citoyens tout en appliquant des tarifs plus proches du coût réel aux voyages financés par des personnes morales.

Une telle réforme permettrait :

  • de protéger le pouvoir d’achat des ménages ;
  • de maintenir l’attractivité économique des provinces du Sud ;
  • d’assurer une utilisation plus efficace des fonds publics ;
  • de garantir la pérennité du dispositif de soutien.

L’objectif ne serait donc pas d’augmenter les recettes de manière indiscriminée, mais d’améliorer le ciblage de la dépense publique.

En guise de conclusion, la réussite du transport aérien dans les provinces du Sud constitue l’une des illustrations les plus concrètes de l’efficacité des politiques publiques d’intégration territoriale.

L’augmentation des tarifs risque cependant de fragiliser les bénéfices accumulés au fil des années en pénalisant directement les citoyens, alors que le développement économique de la région dépend largement de la fluidité des échanges humains et professionnels.

 A cet effet, et à bon entendeur,  nous partageons les recommandations suivantes  :

  1. Maintenir un dispositif de soutien destiné prioritairement aux citoyens et résidents des provinces du Sud.
  2. Mettre en place une tarification différenciée entre personnes physiques et personnes morales.
  3. Réviser les conditions de prise en charge des billets financés par les administrations, établissements publics et entreprises.
  4. Évaluer régulièrement l’impact économique et social du dispositif de soutien.
  5. Fonder toute évolution tarifaire sur des données objectives telles que les taux de remplissage et les coûts réels d’exploitation.
  6. Engager une concertation entre l’État, la région et la compagnie aérienne afin de garantir une desserte durable et accessible.

Au fond, la véritable question n’est pas de savoir s’il faut maintenir une politique de soutien, mais comment la rendre plus juste. Car si le soutien public a pour vocation de corriger les inégalités territoriales, il doit avant tout continuer à servir celles et ceux pour lesquels la mobilité demeure un droit essentiel : les citoyens.

Par Mohamed Oueld Lfadel Ezzahou

mezzahou@yahoo.fr

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