Mohamed Hassan Bensalah : « Le véritable enjeu n’est plus de se partager le marché, mais de le faire grandir »

Pour Mohamed Hassan Bensalah, l’avenir du secteur ne se jouera pas dans la conquête des portefeuilles des concurrents, mais dans sa capacité à toucher de nouvelles catégories de population et à répondre à des besoins encore insuffisamment couverts. Lors de son intervention aux Rencontres annuelles de la FNACAM, le président de la Fédération Marocaine de l’Assurance a invité les acteurs du marché à adopter une approche plus collective du développement du secteur.
« Pendant des années, nous avons consacré beaucoup d’énergie à nous disputer les mêmes clients. Le véritable enjeu est ailleurs », a-t-il résumé en évoquant les millions de Marocains encore peu assurés, les TPE, les PME, les travailleurs indépendants ainsi que les nouveaux risques qui émergent avec les transformations économiques et sociales.
Élargir le marché plutôt que se partager les clients
Pour le président de la Fédération, le potentiel de croissance du marché marocain demeure important. Les travaux menés avec l’ACAPS ont mis en évidence plusieurs leviers de développement, parmi lesquels l’élargissement de certaines assurances obligatoires, la création de nouvelles couvertures et le développement de solutions adaptées à des catégories de population encore peu servies.
La micro-assurance figure notamment parmi les pistes privilégiées pour intégrer les populations qui restent aujourd’hui à l’écart du système assurantiel. L’assurance affinitaire et l’assurance intégrée sont également identifiées comme des relais de croissance capables d’ouvrir de nouveaux marchés.
Dans ce contexte, les intermédiaires conserveront un rôle central. Pour Mohamed Hassan Bensalah, la proximité et la relation de confiance avec le client demeurent des atouts essentiels dans un métier où le conseil reste déterminant.
Cette conviction explique également sa vision de la transformation numérique. Si la digitalisation s’accélère dans l’ensemble du secteur, elle ne remplacera pas l’accompagnement humain. La technologie doit avant tout permettre d’améliorer le service rendu au client et de simplifier les processus, sans remettre en cause la valeur du conseil.
Automobile et santé : les grands chantiers des prochaines années
Les mutations réglementaires constituent l’autre axe majeur de transformation du secteur.
Sur le segment automobile, l’amendement du Dahir relatif à l’indemnisation corporelle entraîne déjà des ajustements tarifaires qui devraient se poursuivre au cours des quatre prochaines années. Parallèlement, les travaux engagés avec l’ACAPS visent à faire évoluer progressivement les critères de tarification afin qu’ils reflètent davantage le profil de risque de chaque conducteur. Les assurés les moins exposés devraient ainsi bénéficier de conditions plus avantageuses, tandis que les profils plus risqués seraient tarifés en conséquence.
L’assurance santé est également appelée à connaître une profonde recomposition avec le transfert de l’Assurance Maladie Obligatoire vers la CNSS. Là où certains voient une menace pour les assureurs privés, Mohamed Hassan Bensalah y voit surtout une opportunité de développement. Selon lui, cette réforme doit permettre d’accélérer la croissance de la complémentaire santé ainsi que des garanties décès et invalidité, tout en renforçant les passerelles avec la CNSS pour simplifier le parcours des assurés.
Construire l’assurance de demain
Pour accompagner cette transformation, le secteur poursuit sa modernisation opérationnelle. Depuis le 1er juillet, l’attestation automobile intégrant un QR Code est entrée dans sa phase pilote, avec pour objectif de remplacer définitivement le support papier à partir du 1er juillet 2027. Le paiement multicanal se déploie également progressivement au sein des compagnies afin de sécuriser davantage les encaissements et de réduire les risques liés aux impayés.
Au-delà de ces évolutions technologiques, le message adressé à la profession est avant tout stratégique : la croissance future passera moins par la concurrence sur des marchés déjà matures que par la capacité à couvrir de nouveaux besoins et à toucher de nouvelles populations.
Dans un contexte marqué par les grands projets de développement engagés au Maroc, les besoins de protection des ménages, des entreprises et des travailleurs indépendants sont appelés à croître. Pour Mohamed Hassan Bensalah, le défi consiste désormais à transformer ce potentiel en véritable moteur de développement pour le secteur.
Plus qu’un simple objectif commercial, cette ambition repose sur une conviction : l’avenir de l’assurance marocaine dépendra de sa capacité à protéger un nombre croissant de citoyens et d’entreprises encore insuffisamment couverts aujourd’hui.
