Conjoncture : la croissance ralentit à 4 % malgré une forte reprise agricole

L’économie marocaine a poursuivi sa croissance au deuxième trimestre 2026, mais à un rythme moins soutenu qu’un an auparavant. Si la campagne agricole exceptionnelle a permis de soutenir l’activité, la dégradation des échanges extérieurs, la hausse des coûts énergétiques et le ralentissement de plusieurs secteurs productifs continuent de peser sur les perspectives économiques.
L’environnement international reste dominé par les conséquences des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, qui alimentent de fortes tensions sur les marchés énergétiques. Le prix du Brent a bondi à 116,8 dollars le baril en septembre, affichant une hausse annuelle de près de 72 %, tandis que le gaz naturel européen a enregistré une progression de plus de 128 % sur un an.
Cette flambée énergétique nourrit une nouvelle accélération de l’inflation dans les grandes économies avancées. Face à cette situation, la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne ont toutes deux relevé leurs taux directeurs de 25 points de base en septembre.
La croissance marocaine ralentit malgré une agriculture en plein rebond
Au Maroc, la croissance économique s’est établie à 4 % au deuxième trimestre 2026, contre 5,8 % un an auparavant, selon la Revue de Conjoncture de Bank Al-Maghrib.
Ce ralentissement provient principalement de la décélération des activités non agricoles, dont la progression est retombée à 2 %, alors que la valeur ajoutée agricole a bondi de 21,2 %.
Le secteur agricole bénéficie d’une campagne particulièrement favorable, avec une récolte céréalière estimée à près de 90 millions de quintaux, soit plus du double du niveau enregistré lors de la campagne précédente. Les précipitations abondantes et le taux de remplissage des barrages, supérieur à 65 %, ont contribué à cette performance.
En revanche, plusieurs branches industrielles continuent de montrer des signes d’essoufflement. Les industries manufacturières ont vu leur valeur ajoutée reculer de 3,2 %, pénalisées notamment par l’effondrement de la production chimique. Les activités extractives ont également accusé une forte contraction, avec une baisse de 28,6 % de leur valeur ajoutée.
Un marché du travail en amélioration
Le marché de l’emploi affiche néanmoins des signaux positifs. L’économie nationale a créé 406 000 emplois entre le deuxième trimestre 2025 et la même période de 2026. Le taux de chômage a reculé à 9,5 %, contre des niveaux plus élevés les années précédentes.
Cette amélioration reste toutefois inégale. Le chômage touche encore fortement les jeunes âgés de 15 à 24 ans, avec un taux de 27,2 % à l’échelle nationale et plus de 35 % en milieu urbain.
Le déficit commercial se creuse
Les comptes extérieurs demeurent l’un des principaux points de fragilité de l’économie. À fin août 2026, les importations ont progressé de 15,8 % pour atteindre 617,5 Mds de DH, stimulées notamment par la facture énergétique qui a bondi de plus de 32 %.
Dans le même temps, les exportations ont augmenté de 8,7 %, grâce aux bonnes performances de l’automobile, de l’aéronautique et de l’agroalimentaire. Les ventes du secteur automobile ont notamment dépassé les 116 Mds de DH.
Cette dynamique n’a toutefois pas suffi à compenser l’augmentation plus rapide des importations. Le déficit commercial s’est creusé de 25,4 %, atteignant 282,6 Mds de DH, tandis que le taux de couverture est retombé à 54,2 %.
Des finances publiques sous contrôle
Sur le plan budgétaire, les finances publiques affichent une relative stabilité. Le déficit budgétaire s’est établi à 58,6 Mds de DH à fin août, contre 59,5 Mds de DH un an auparavant. Les recettes ordinaires ont progressé de près de 10 %, portées notamment par la forte hausse des recettes de l’impôt sur les sociétés.
Dans le même temps, les dépenses publiques continuent d’augmenter sous l’effet de la progression des dépenses de fonctionnement, des investissements et des charges liées à la dette.
Inflation maîtrisée malgré le choc pétrolier
Fait notable, l’inflation demeure contenue au Maroc malgré la flambée mondiale des prix de l’énergie. En août 2026, elle est ressortie à -0,3 % en glissement annuel après -0,6 % en juillet. La moyenne des huit premiers mois de l’année s’établit à seulement 0,3 %.
Les hausses des carburants et de certains produits alimentaires ont été compensées par la baisse des prix de plusieurs biens échangeables, contribuant à maintenir une inflation particulièrement faible comparativement aux économies européennes et américaine.
La Bourse de Casablanca reste sous pression
Sur le marché boursier, le climat demeure plus difficile. L’indice MASI a reculé de 4,9 % en septembre, portant sa contre-performance depuis le début de l’année à 5,9 %. Les secteurs des matériaux de construction, des mines, du transport et des télécommunications figurent parmi les plus affectés.
La capitalisation boursière reste néanmoins supérieure à 1.040 Mds de DH, témoignant d’une certaine résilience du marché financier marocain malgré un contexte international particulièrement incertain.
