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Economie Nationale

Croissance à 4,5 % : les angles morts de l’optimisme du FMI sur le Maroc

FMI Maroc

Derrière les taux de croissance annoncés pour 2026 et 2027, l’économie marocaine reste confrontée à plusieurs défis majeurs, notamment l’emploi, la dépendance climatique et la capacité du secteur privé à prendre le relais de l’investissement public.

Le Fonds monétaire international (FMI) table sur une croissance de 4,4 % en 2026 et de 4,5 % en 2027, une inflation maîtrisée à 0,9 % en 2026 et 1,4 % en 2027 pour l’économie marocaine dans ses dernières perspectives de croissance publiées dans la soirée du 12 au 13 octobre. Des prévisions qui confirment la résilience du Royaume dans un environnement mondial marqué par les tensions géopolitiques, le ralentissement du commerce international et la volatilité des marchés énergétiques. 

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Sur le papier, les perspectives sont favorables. Le Maroc affiche un rythme de croissance supérieur à celui de nombreuses économies de la région et bénéficie d’une dynamique portée par les investissements publics, les grands chantiers d’infrastructures et une campagne agricole plus favorable que lors des années précédentes. 

Pour autant, ces prévisions ne dissipent pas les interrogations sur la nature de la croissance marocaine et sa capacité à répondre aux attentes sociales.

Une croissance encore dépendante de la dépense publique

L’un des principaux moteurs identifiés par le FMI reste l’investissement public. Routes, infrastructures hydrauliques, énergie, transport ferroviaire ou équipements liés aux grands événements internationaux alimentent l’activité économique et soutiennent la demande intérieure. 

Cette stratégie produit des résultats visibles sur la croissance, mais elle met également en évidence une limite récurrente : la difficulté du secteur privé à devenir le véritable moteur de la création de richesse et de l’emploi.

Le FMI souligne d’ailleurs la nécessité d’accroître la participation du secteur privé et de renforcer sa contribution à l’investissement. 

La question est désormais de savoir si les investissements publics actuels pourront générer un effet d’entraînement durable sur l’économie productive ou s’ils continueront à masquer l’insuffisance de l’investissement privé.

Le défi de l’emploi reste entier

La première limite concerne l’emploi. Malgré une croissance supérieure à 4 %, le FMI prévoit un taux de chômage de 12,2 % en 2026 et encore 11,3 % en 2027.

Malgré une croissance estimée à 4,9 % en 2025 et des perspectives supérieures à 4 % pour les deux années suivantes, la question de l’emploi demeure l’un des principaux points faibles de l’économie nationale.

Le marché du travail peine à absorber les nouveaux arrivants, en particulier les jeunes diplômés. Cette situation alimente un paradoxe désormais bien connu : les indicateurs macroéconomiques s’améliorent, mais les retombées sur le marché de l’emploi restent limitées.

Ce décalage nourrit le sentiment que la croissance ne se traduit pas suffisamment par une amélioration du niveau de vie ou par des opportunités économiques plus nombreuses.

Une économie toujours vulnérable au climat

Autre fragilité structurelle : la dépendance persistante à l’agriculture. Les projections du FMI reposent en partie sur l’hypothèse d’une production agricole plus favorable après plusieurs campagnes marquées par le stress hydrique. 

Or, les épisodes de sécheresse se multiplient et rappellent régulièrement la vulnérabilité de l’économie marocaine aux conditions climatiques. Malgré les progrès enregistrés dans l’industrie, les services, l’automobile, l’aéronautique ou les énergies renouvelables, l’agriculture continue d’exercer une influence importante sur l’activité économique, l’emploi rural et la consommation des ménages.

Une mauvaise année agricole suffit encore à peser sur la croissance nationale.

Les incertitudes internationales demeurent

Les prévisions du FMI interviennent dans un contexte mondial particulièrement instable. L’institution prévoit une croissance mondiale limitée à 3,1 % en 2026, avant une légère amélioration à 3,4 % en 2027. Elle avertit également que les risques restent orientés à la baisse en raison des tensions géopolitiques, des conflits régionaux, des risques commerciaux et des pressions sur les marchés de l’énergie. 

Pour une économie étroitement liée à l’Europe à travers les exportations, le tourisme, les investissements étrangers et les transferts des Marocains résidant à l’étranger, une dégradation de la conjoncture internationale pourrait rapidement affecter les prévisions actuelles.

Au-delà du PIB

Les projections du FMI confirment que le Maroc dispose aujourd’hui de fondamentaux suffisamment solides pour maintenir un rythme de croissance soutenu. Elles traduisent également la confiance des institutions internationales dans la capacité du Royaume à poursuivre ses grands projets de transformation économique. 

Mais la véritable question n’est plus celle du niveau de croissance.

L’enjeu est désormais de transformer cette dynamique en emplois durables, en gains de productivité et en amélioration tangible du pouvoir d’achat. Car une croissance supérieure à 4 % n’aura de portée réelle que si elle réduit les inégalités, crée davantage d’opportunités pour les jeunes et renforce la résilience de l’économie face aux chocs climatiques et géopolitiques.

À cet égard, les prévisions optimistes du FMI constituent davantage un encouragement qu’une garantie. Le principal défi reste celui de la qualité de la croissance et de sa capacité à bénéficier au plus grand nombre.

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