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Fiscalité

Voitures de luxe : le coup de massue fiscal du PLF 2027

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Le projet de loi de finances 2027 relève de 20 % les taux de la « taxe de luxe » sur les voitures neuves de plus de 400.000 dirhams. Au-delà du million, le timbre passerait de 20 % à 24 % de la valeur hors TVA. 

Au fil des ans, le parc automobile marocain s’est embourgeoisé à vue d’œil. Le fisc, lui aussi, a des yeux. Depuis une décennie, la voiture n’est plus seulement un bien d’équipement. Elle est devenue un marqueur social et, par conséquent, une assiette fiscale de choix : visible, traçable à l’immatriculation, difficile à dissimuler. Le PLF 2027, déposé au Parlement le 20 octobre 2026, en apporte une nouvelle disposition.

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Un arsenal déjà bien garni

Avant même le PLF 2027, l’automobiliste marocain contribue à chaque étape de la vie de son véhicule : à l’achat, à l’immatriculation, chaque année, et jusque dans la comptabilité de son entreprise.

À l’achat, le véhicule neuf supporte la TVA au taux normal de 20 %. À l’importation s’ajoutent, selon l’origine, les droits de douane, largement démantelés pour les voitures provenant de pays liés au Maroc par un accord de libre-échange.

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À l’immatriculation, la « taxe de luxe ». Celle-ci, instaurée par la loi de finances 2014, prend la forme d’un droit de timbre proportionnel, perçu lors de la première immatriculation au Maroc ou au dédouanement. Elle ne frappe que les véhicules dont la valeur hors TVA atteint 400.000 dirhams, selon un barème de 5 % à 20 %.

Chaque année, la vignette, la taxe spéciale annuelle sur les véhicules (TSAV) est due en janvier. Son barème pénalise fortement les grosses cylindrées et le diesel.

Concrètement, une voiture à essence de moins de 8 CV acquitte 350 DH par an, contre 700 DH pour son équivalent diesel. L’écart se creuse avec la puissance : 650 DH en essence et 1 500 DH en diesel entre 8 et 10 CV, puis 3 000 DH et 6 000 DH entre 11 et 14 CV. À partir de 15 CV, la vignette atteint 8 000 DH en essence et culmine à 20 000 DH en diesel.

Les véhicules électriques et hybrides en sont exonérés.

Le CGI plafonne à 300 000 dirhams TTC par véhicule la base amortissable des voitures de tourisme, au taux minimal de 20 % par an. La TVA grevant leur acquisition n’est pas récupérable, sauf exceptions (loueurs, transport public). L’usage privé d’un véhicule de fonction relève, quant à lui, des avantages en nature imposables à l’IR.

Le dernier cri : une taxe de luxe relevée d’un cinquième

Le PLF 2027 ne touche ni aux seuils ni à l’architecture de la taxe de luxe. Il en relève les taux de 20 % sur chaque tranche, à compter du 1er janvier 2027, sous réserve du vote du Parlement. Le gouvernement justifie la mesure par la nécessité de réadapter le barème à l’évolution de la valeur des automobiles.

Concrètement, rien ne change sous 400 000 DH hors TVA : le véhicule reste hors du champ de la taxe. Entre 400 000 et 600 000 DH, le taux passerait de 5 % à 6 %. Une voiture de 500 000 DH acquitterait ainsi 30 000 DH au lieu de 25 000 DH, soit 5 000 DH de plus.

De 600 001 à 800 000 DH, le taux grimperait de 10 % à 12 % : pour un modèle à 700 000 DH, la note passerait de 70 000 à 84 000 DH. Entre 800 001 DH et un million, il serait porté de 15 % à 18 %, soit 162 000 DH au lieu de 135 000 DH pour un véhicule à 900 000 DH.

Au-delà du million, enfin, le taux bondirait de 20 % à 24 %. Un véhicule de 1,5 million de dirhams supporterait 360 000 DH de timbre, contre 300 000 DH aujourd’hui : 60 000 DH de surcoût pour le seul passage en caisse à l’immatriculation.

Le calcul s’opère sur la totalité de la valeur, et non sur la seule fraction excédant le seuil. Ce mécanisme « tout ou rien » produit des effets de seuil spectaculaires. Une voiture de 600 000 DH acquitterait 36 000 DH ; une autre affichée à 610 000 DH en paierait 73 200 DH. Dix mille dirhams d’écart de prix se traduisent par 37 200 DH d’impôt supplémentaire.

Restent hors champ, selon la DGI, les véhicules entièrement électriques et les hybrides associant moteur thermique et moteur électrique, ainsi que certains véhicules de plus de 3 tonnes en charge totale, à l’exception notamment des 4×4.

L’avance à l’importation, l’autre front des concessionnaires

La seconde mesure ne vise pas l’automobile en tant que telle, mais elle pèse lourd sur sa distribution. Le PLF institue une avance de 5 % de la valeur en douane, prélevée au dédouanement des marchandises importées pour être revendues en l’état.

Il ne s’agit pas d’un impôt supplémentaire. L’avance s’impute sur les acomptes d’IS, la cotisation minimale ou l’impôt dû, avec droit à restitution. Elle s’applique pendant 60 mois à compter de la première importation, puis l’entreprise peut en être dispensée sur présentation d’une attestation de régularité fiscale.

Pour un métier aussi capitalistique que la distribution automobile, l’effet est d’abord de trésorerie. Stocks, transport, dédouanement et logistique immobilisent déjà des liquidités considérables. Les professionnels du secteur reconnaissent les impératifs budgétaires de l’État. Ils plaident toutefois pour que les acteurs historiques, identifiés et en règle, ne soient pas pénalisés, et pour un dialogue qui préserve l’investissement et les fonds de roulement.

Taxer la voiture de prestige, c’est imposer une capacité contributive visible sans alourdir la charge des ménages modestes. Les véhicules sous 400 000 DH, qui forment l’essentiel du marché, ne sont pas concernés.

Le PLF 2027 confirme une tendance de fond : la voiture de luxe est devenue un gisement fiscal assumé, sans grand risque politique, puisque l’effort repose sur une clientèle aisée et visible. La hausse de 20 % des taux de la taxe de luxe en est la traduction la plus directe. L’avance à l’importation, elle, déplace la pression vers la trésorerie des distributeurs.

Le débat parlementaire dira si le barème « tout ou rien » survit en l’état, ou si le législateur choisit de lisser ses effets de seuil. D’ici là, une certitude : sur nos routes, chaque belle carrosserie neuve transportera, en plus de son propriétaire, une part un peu plus lourde des recettes de l’État.

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