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Economie

Adoucissement de la facture énergétique du Maroc de 2024 mais elle reste encore à la limite de la ‘zone rouge’

Afrique électricité

Fidèle à sa tradition, l’Office des Changes a diffusé dès le début du mois d’Avril les chiffres provisoires du Commerce Extérieur du Maroc de l’année 2024. Voici une première analyse des chiffres de l’énergie agrégés par source en ignorant les combustibles du Chapitre 27 de la Nomenclature Douanière non utilisés en énergie (bitumes, diluants et autres).

A la fin, classons l’année 2024 parmi les années précédentes et expliquons pourquoi, malgré l’amélioration par rapport à 2022 et 2023, nous restons encore dans la limite de la « zone rouge ». Les sources sont officielles et l’énergie de fin de 2024 complétée par nos soins.

Données 2024 du commerce extérieur des produits énergétiques  

La Figure 1 représente quatre colonnes dont les cases sont disposées verticalement. A part la première ligne, chaque case montre le libellé, le montant pour 2024 et sa variation par rapport à l’année 2023 :

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  • la première colonne décompose les imports de produits énergétiques, exprimés en MDh CAF,
  • la deuxième colonne décompose des exports de produits énergétiques, exprimés en MDh FAB,
  • la troisième colonne décompose des soldes nets résultants de la différence de deux premières,
  • la dernière colonne décompose les contributions qui reviennent à la production d’électricité.

Les deux cases jaunes en haut à droite montrent :

  • l’énergie nette consommée calculée (ENC, production et importation comprise) en millions de tep,
  • ainsi que l’électricité nette appelée (ENA, production et importation comprise) en GWh.

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Figure 1 Import et export des produits énergétiques du Maroc en 2024 (CMINE = coût moyen de l’importation nette d’énergie)

Après avoir calculé :

  • l’énergie nette consommée à 23,874 Mtep (production locale comprise), le coût moyen des imports nets affectés à l’ENC s’est élevé à 4’984 Dh/tep, en baisse de 8.0% avec un total en baisse de 7.5%,
  • l’électricité nette appelée à 45’658 GWh, le coût des imports affectés à l’ENA se sont élevés à 0,37 Dh/kWh, en baisse de 30% et un total en baisse de 28.6%.

La Figure 2 montre l’évolution durant les 32 dernières années des montants nets importés de produits énergétiques (facture énergétique), excluant les combustibles non utilisés en énergie, comme les bitumes, les diluants et tant d’autresqui, selon les années, peuvent peser jusqu’à 7% du Chapitre 27 de la Nomenclature Douanière (3.8% en 2024). L’insert montre la part, en valeur, des charbons (noir), des produits pétroliers (rouge), du gaz naturel (orange) et de l’électricité (vert).

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Figure 2 Segmentation des montants nets importés de produits énergétiques

Notons la part du lion (88 GDh et 85% en 2024) que se taillent les produits pétroliers (fuel, gasoil, butane, propane et carburants d’aviation) dans la facture énergétique et mettent en lumière les causes de l’extrême sensibilité de l’économie marocaine aux cours du pétrole.

Notons aussi que les singularités du total des imports nets d’énergie sont dominées par celles du CMINE.

La Figure 3 montre l’évolution durant les 32 dernières années des montants nets importés de produits énergétiques destinés à l’électricité (facture électrique). L’insert montre la part relative, en valeur, des charbons (noir), des produits pétroliers (rouge), du gaz naturel (orange) et de l’électricité (en vert).

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Figure 3 Segmentation des montants nets importés de produits énergétiques destinés à la production d’électricité

Notons la part importante (9.06 GDh et 53.2% en 2024) que se taillent les charbons (anthracite, houille, coke, lignite) dans la facture électrique et mettent en lumière les causes de la sensibilité des coûts de la production d’électricité au charbon (60.5% de la production brute d’électricité) aux cours du charbon.

Notons aussi que les singularités du total des imports nets d’énergie destinés à l’alimentation électrique du pays sont dominées par celles du coût moyen des imports qui y sont destinés.

La Figure 4 montre l’évolution de l’énergie importée (en M de tonnes d’équivalent pétrole), en bleu rapporté à l’échelle gauche et son coût unitaire moyen (en Dh/tep), en rouge rapporté à l’échelle droite.

L’énergie importée est calculée à partir de la quantité nette importée de chaque combustible (masse ou volume) et de sa capacité calorifique, à part pour l’électricité importée en l’état pour laquelle c’est un coefficient de 0.26 tep/MWh qui permet de faire la conversion.

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Figure 4 Evolution de l’énergie importée (Mtep) et de son coût unitaire moyen (Dh/tep)

On notera que le coût unitaire moyen des imports d’énergie (*CMINE) suit une croissance erratique qui comporte des pointes fréquentes (1998, 2000, 2008, 2014, 2018, 2022).

La Figure 5 montre en bleu l’évolution de la facture énergétique sur les habitants (en Dh par habitant) qui se rapporte à l’échelle de gauche et en rouge en pourcentage du PIB qui se rapporte à l’échelle de droite.

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Figure 5 Evolution du poids de la facture énergétique sur les habitants (Dh/hab) et sur le PIB (%)

Les courbes augmentent elles aussi, mais moins que le coût unitaire moyen de l’énergie importée.

La Figure 6 montre l’évolution de la facture énergétique rapportée aux imports (cercles bleus) et aux exports (carrés bleus pleins).

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Figure 6 Evolution de la facture énergétique rapportée aux imports et aux exports

Qu’ils soient rapportés aux imports et aux exports, on notera que les deux pourcentages :

  • comportent des pointes synchrones avec celui-ci (1998, 2000, 2008, 2014, 2018, 2022),
  • mais suivent une croissance erratique plus lente que celle du coût unitaire moyen de l’énergie importée,

Même si, en moyenne, chaque 1’000 Dh d’augmentation du CMINE coûte 1,7% du PIB, le ralentissement, montré dans la Figure 7, de l’augmentation de la part des imports énergétiques dans le total des imports lorsque l’énergie se renchérit est un bon signe puisque cela signifie que certains impacts sur l’économie marocaine n’augmentent pas aussi vite que les coûts eux-mêmes.

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Figure 7 Variation de la part des produits énergétiques dans les imports en fonction du coût moyen de l’énergie importée

Même sans une très forte corrélation (72%), la « croissance à tendance saturante » révélée par la Figure 7, traduit une saine réaction de l’économie marocaine à l’égard de l’augmentation du coût moyen de l’énergie importée : la part des produits énergétiques dans les imports n’augmente pas proportionnellement au coût moyen de l’énergie importée… maigre mais heureuse consolation.

Pourquoi sommes-nous à la limite supérieure de la « zone rouge » ?

Si nous classions 2024 selon les 5 critères extraits de la Figure 4, de la Figure 5 et de la Figure 6 :

  1. le coût unitaire moyen des produits énergétiques se classe 29ème sur les 32 années
  2. le coût des produits énergétiques par habitant se classe 29ème sur les 32 années
  3. le poids sur le PIB se classe 25ème sur les 32 années
  4. le poids sur les exports se classe 12ème sur les 32 années
  5. le poids sur les imports se classe 12ème sur les 32 années

En conséquence, si l’on procède à un classement global intégrant ces 5 critères sans pondération, l’année 2024 se placerait (21ème) encore en dessous de la limite du tiers le moins favorable des 32 dernières années, d’où le qualificatif de « zone rouge » malgré l’amélioration substantielle de 2024 par rapport à 2023.

Sans doute encore une lapalissade mais, étant que :

  • l’indépendance énergétique du Maroc dépasse à peine les 12% depuis 1988 et, en 2022, il était 7ème au classement mondial,
  • le Maroc ne dispose pas de réserves fossiles prouvées pour s’assurer une indépendance énergétique décente (malgré les récentes découvertes de gaz naturel),
  • le coût de la dépendance a réussi à culminer au sixième du PIB, à la moitié des exportations et au quart des importations,
  • le Maroc peut produire de l’électricité solaire et éolienne au-delà de ses besoins, l’électricité la moins chère même si techniquement intermittente et trop capitalistique pour les ressources du pays,
  • le futur mécanisme d’ajustement carbone aux frontières menace les exportations marocaines vers l’UE car l’intensité des émissions d’électricité n’est pas descendue sous 600 gCO2/kWh produit depuis 1982,

il n’y a pas d’autre solution que d’accélérer, tant que faire se peut, l’exploitation des niches de réduction de dépendance énergétique qu’offre la combinaison de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

Par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)

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