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Economie Nationale

Agriculture : Génération Green change de bannière, mais pas encore de cap

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Le ministère de l’Agriculture passe du RNI au PAM, mais le programme gouvernemental 2026-2031 conserve l’essentiel de l’architecture de Génération Green. Malgré les critiques formulées ces dernières années sur la gestion de l’eau, les inégalités entre filières ou la dépendance persistante à certaines importations alimentaires, aucune rupture majeure n’est annoncée. Face à la sécheresse, à la pression sur les ressources hydriques et aux impératifs de souveraineté alimentaire, le gouvernement semble privilégier l’adaptation d’une stratégie contestée plutôt que l’ouverture d’un nouveau cycle de réformes.
Le ministère de l’Agriculture change de mains. Passé du RNI au PAM dans la nouvelle architecture gouvernementale, le secteur agricole entame un nouveau cycle politique sans pour autant changer de doctrine. Le programme gouvernemental 2026-2031 conserve en effet l’essentiel de l’architecture de Génération Green, une stratégie qui continue de structurer l’action publique malgré les critiques qu’elle a suscitées ces dernières années. Entre pression sur les ressources hydriques, dépendance persistante à certaines importations alimentaires et débat sur la place des cultures d’exportation, le gouvernement semble avoir choisi la voie de l’adaptation plutôt que celle de la rupture.

À première vue, le volet agricole du programme s’inscrit clairement dans la continuité. Soutien à la classe moyenne agricole, accompagnement des jeunes exploitants, structuration des filières, développement des coopératives ou encore renforcement de la protection sociale figurent parmi les principaux piliers reconduits.

Les nouveautés apparaissent finalement limitées. Le document met en avant un objectif de 50 % de semences nationales ainsi que la généralisation des techniques économes en eau sur 70 % des superficies irriguées à l’horizon 2031. Plus qu’une nouvelle stratégie, le programme ressemble à une tentative d’adapter Génération Green à un contexte devenu beaucoup plus contraignant.

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Car entre 2020 et 2026, les priorités ont profondément évolué. Aux ambitions de croissance, de création de valeur et de développement des filières exportatrices se sont ajoutées des préoccupations devenues incontournables : sécheresse persistante, recul du cheptel, hausse des coûts des intrants, tensions sur les marchés mondiaux et aggravation du stress hydrique. Le discours public a lui aussi changé. L’enjeu n’est plus seulement d’accroître la production, mais de préserver les capacités de production elles-mêmes.

Cette évolution se reflète dans les mesures mises en avant : souveraineté semencière, sécurisation des intrants, reconstitution du cheptel, dessalement de l’eau de mer, réutilisation des eaux usées traitées ou encore amélioration de l’efficience hydrique. L’eau apparaît désormais comme le véritable fil conducteur des politiques agricoles à venir.

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Pour autant, présenter Génération Green comme une réussite incontestable serait tout aussi excessif que de la qualifier d’échec. La stratégie a permis la modernisation de plusieurs filières, le développement de certains investissements et la poursuite de la transformation du secteur agricole. Mais son bilan reste discuté.

Ses détracteurs soulignent notamment que les progrès réalisés n’ont pas permis de réduire significativement certaines dépendances stratégiques. Le Maroc demeure exposé aux importations pour plusieurs produits essentiels, notamment les céréales et les aliments pour bétail. D’autres critiques concernent l’allocation de l’eau, dans un contexte où certaines productions destinées à l’exportation sont régulièrement pointées du doigt pour leur forte consommation de ressources hydriques. La succession des épisodes de sécheresse a également ravivé le débat sur la résilience du modèle agricole face aux changements climatiques.

La difficulté réside précisément dans l’arbitrage entre plusieurs impératifs parfois contradictoires. D’un côté, les exportations agricoles génèrent des emplois, des revenus et des devises dont l’économie nationale ne peut aisément se passer. De l’autre, les exigences de sécurité alimentaire plaident pour un renforcement des productions destinées au marché intérieur. Entre les deux s’impose la contrainte climatique, qui réduit progressivement les marges de manœuvre.

Cette recherche d’équilibre est d’autant plus importante que l’agriculture demeure un secteur stratégique pour le pays. Sa contribution au PIB oscille généralement entre 10 % et 14 % selon les campagnes agricoles, ce qui en fait l’un des rares secteurs capables d’influencer directement les performances macroéconomiques du Royaume. Loin d’être une politique sectorielle parmi d’autres, l’agriculture conditionne également une part importante de l’emploi, des revenus ruraux et de l’activité agroalimentaire.

Cette centralité économique explique largement pourquoi aucune majorité ne peut envisager une remise à zéro complète de la politique agricole. La continuité observée aujourd’hui ne traduit donc pas nécessairement une adhésion sans réserve au bilan de Génération Green. Elle reflète aussi l’absence d’alternative clairement définie pour un secteur dont les performances restent déterminantes pour l’ensemble de l’économie.

Un autre élément mérite toutefois attention : la réorganisation institutionnelle et politique du secteur. Historiquement, Génération Green était portée par un département associant agriculture, développement rural et eaux et forêts. Cette architecture présentait l’avantage de réunir au sein d’une même tutelle des questions étroitement liées : production agricole, aménagement des territoires ruraux, préservation des ressources naturelles et résilience environnementale.

La nouvelle configuration ministérielle ne signifie pas nécessairement un abandon de ces dimensions. Elle pourrait néanmoins rendre plus complexe la coordination entre des politiques qui relevaient jusqu’ici d’un même périmètre administratif. Or les défis liés à l’eau, aux territoires ruraux et à la préservation des ressources naturelles sont devenus centraux pour l’avenir du secteur.

S’ajoute désormais une dimension plus politique encore : le passage du portefeuille agricole du RNI au PAM. Génération Green a longtemps été associée à la vision portée par le précédent pilotage politique du secteur. Son maintien dans le programme gouvernemental montre qu’elle dépasse désormais les clivages partisans et tend à s’inscrire dans le temps long des politiques publiques.

Cela ne signifie pas pour autant que rien ne changera. Une stratégie peut demeurer la même sur le papier tout en évoluant dans sa mise en œuvre. Les arbitrages budgétaires, les priorités opérationnelles, le rythme des réformes et les équilibres entre sécurité alimentaire, compétitivité économique et exportations dépendent aussi des choix de la nouvelle équipe gouvernementale.

Dans un contexte marqué par la raréfaction de l’eau, les tensions sur les marchés agricoles et les attentes croissantes en matière de souveraineté alimentaire, le PAM pourrait être conduit à réinterpréter certains objectifs de Génération Green sans remettre en cause ses fondements. La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir si la stratégie sera maintenue, mais comment elle sera redéfinie face à des contraintes qui n’étaient pas aussi prégnantes lors de son lancement.

Au fond, le principal défi des prochaines années demeure inchangé : trouver un équilibre entre compétitivité agricole, sécurité alimentaire et préservation des ressources hydriques. La continuité affichée aujourd’hui ne doit pas être confondue avec une validation sans appel de Génération Green. La stratégie reste contestée sur plusieurs aspects, mais son abandon n’apparaît ni politiquement ni économiquement envisageable à court terme.

Le transfert du ministère du RNI vers le PAM ouvre ainsi moins une séquence de rupture qu’une phase d’ajustement. Parce que l’agriculture reste au cœur des équilibres économiques et sociaux du pays, le prochain gouvernement sera jugé moins sur sa capacité à inventer une nouvelle stratégie que sur son aptitude à corriger les limites de l’existante. Dans un pays où l’eau devient la ressource la plus rare, c’est probablement là que se jouera le véritable avenir de Génération Green.


Lire également : Classe moyenne rurale : faut-il attendre 2030 pour réviser Génération green ?

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