Flash
Le Maroc à l’heure de la souveraineté économique Les médecins du privé interpelle Akhannouch sur la révision de la tarification nationale de référence Fromageries Bel Maroc : 1,5 million de portions solidaires pour SOS Villages d’Enfants 27 ans de règne : SM le Roi dresse le cap pour consolider les acquis du Maroc 27 ans de règne : le Maroc métamorphosé par la Vision Royale Sous l’impulsion de Mohammed VI, le Maroc réussit le pari de la stabilité et de la modernité Election du Secrétaire Général de l’ONU le 1er Janvier 2027 : pour une profonde réforme de l’ONU   Trône 2026 : la nouvelle pièce commémorative de Bank Al-Maghrib BLADI TIQQA : le groupe BCP et Seniors Plus s’allient pour les aînés des Marocains du Monde Vague de chaleur et temps chaud de mercredi à samedi dans plusieurs provinces du Royaume
Economie Nationale

Classe moyenne rurale : faut-il attendre 2030 pour réviser Génération green ?

Classe moyenne rurale

Écrit par Imane Bouhrara I

En 2018, le Maroc avait révisé sa copie concernant le monde rural, une année avant l’arrivée à échéance du Plan Maroc Vert II, signe d’un résultat infructueux notamment en matière d’une politique inclusive qui traite au même pied d’égalité petits et grands producteurs et l’émergence d’une classe moyenne sociale. Huit ans plus tard, le compte n’y est pas. Faut-il attendre 2030, date d’échéance de la stratégie Génération Green pour changer de cap ?

Sa Majesté le Roi Mohammed VI disait dans son discours prononcé le 12 octobre 2018 à l’occasion de l’ouverture de la 1e session de la 3e année législative de la 10e législature : « (…) Aussi, Nous orientons le gouvernement pour qu’il mette au point des dispositifs innovants, propres à inciter les agriculteurs à adhérer davantage à des coopératives et groupements agricoles productifs, à suivre des formations en matière agricole. (…) ». 

Publicité

Il désigne trois priorités majeures : les jeunes, l’emploi et la classe moyenne rurale.

Publicité

Le Souverain a pointé du doigt, entre autres visées, l’impérieuse nécessité de remédier à la fragmentation excessive des petits agriculteurs ruraux, qui constituent environ 90% de l’ensemble des agriculteurs du pays, et de leur faciliter l’accès aux facteurs de production, notamment les terres, l’eau et les intrants agricoles ainsi que les innovations technologiques, à même de promouvoir le développement du monde du rural et l’émergence d’une classe moyenne agricole

Une année avant l’arrivée à échéance du Plan Maroc Vert dans sa deuxième version, Aziz Akhannouch, à l’époque ministre de l’Agriculture, a été appelé à réviser sa copie, le pilier II relatif à l’agriculture solidaire ayant été relégué à un rang secondaire avec une régression des effectifs agricoles, alors que l’humain est le cœur battant de la campagne marocaine, depuis que le Maroc est Maroc.

Au-delà des indicateurs économiques : souveraineté alimentaire, récoltes, exportations, contribution au PIB, etc., l’élément humain demeure le plus central, et pourtant le plus marginalisé dans la politique agricole.

Pourtant en 2018, l’orientation royale était on ne peut plus claire : contribuer à l’émergence d’une classe moyenne rurale. Huit ans plus tard, la politique de l’État en faveur d’une agriculture inclusive semble essoufflée, si tant est qu’elle ait jamais existée.

Et pas que l’élément humain : les dysfonctionnements des chaines de valeur agricoles notamment des filières agricoles en crise de manière cyclique, iniquité entre agriculteurs et agro-industries, des récoltes aléatoires conditionnées par la pluviométrie, des importations massives de viandes et de blés, le problème devenu structurel de Aïd Al-Adha, la spéculation, l’exode rural…

D’ailleurs, selon le RGPH 2024, en milieu urbain, la population a atteint 23.110.108 habitants, avec une augmentation de 2.677.669 entre 2014 et 2024, soit un taux d’accroissement annuel moyen de 1,24%. En milieu rural, la population a atteint 13.718.222 habitants, soit une augmentation de 302.419 par rapport au recensement de 2014 et un taux d’accroissement annuel moyen de 0,22%.

Classe moyenne et Génération Green, les chiffres déboutent la politique d’État  

Avec l’avènement de la nouvelle politique agricole « Génération Green », une nouvelle batterie de mesures ont été déployées avec un effort budgétaire et d’endettement colossaux.

A titre d’exemple, en 2020, le gouvernement signe la levée des restrictions relatives à l’acquisition des terres agricoles pour les investisseurs (Loi n°62-19).

Plusieurs autres mécanismes de financement et d’accompagnement ont été lancés dans le cadre de la stratégie ‘’Génération Green 2020-2030’’. Sans compter des crédits et subventions alloués aux différentes filières agricoles… Sans oublier une fiscalité très « conciliante » qui s’inscrit dans la durée.

Au regard des efforts consentis, les résultats doivent être mirobolants. Mais sur le plan humain, objet de cet article, le constat est sans appel.

Certes le HCP relève un recul de la pauvreté multidimensionnelle en particulier en milieu rural, mais souligne au même temps une concentration préoccupante de la vulnérabilité en milieu rural. En 2024, près de 72% des personnes pauvres résident encore dans les campagnes, contre 79% en 2014.

Entre 2014 et 2024, le taux de pauvreté rurale a certes reculé, passant de 23,6% à 13,1%, mais il demeure plus de quatre fois supérieur à celui des zones urbaines, stabilisé à 3,0% en 2024, contre 4,1% en 2014.

Pour ce qui est du taux de vulnérabilité à la pauvreté multidimensionnelle, le HCP alerte du risque réel de basculement dans la pauvreté pour les ménages ruraux.

On est loin de l’ambition affichée en 2018 à savoir stabiliser 690.000 ménages en milieu rural et faire accéder 400.000 ménages à la classe Moyenne rurale.

Toujours selon les données du HCP, le chômage en milieu rural est passé de 3,9% en 2008, année de lancement du Plan Maroc vert, à 6,2% au T4 de 2025, avec un pic de 7,7% en 2020, année de lancement de Génération Green.

En 2026, le rapport 2025 de l’aide sociale directe publiée par l’Agence nationale de la Sécurité sociale a jeté un nouveau pavé dans la mare.

Sur les 3,9 millions bénéficiaires de l’aide sociale directe, 60% sont en milieu rural. D’autres données abondent dans ce sens.

Peut-on dès lors se targuer de l’émergence d’une classe moyenne rurale ?

Il n’y a pas à être devin pour constater également un écart flagrant entre les conditions de vie en milieu rural et en milieu urbain : santé, école, accès aux services publics, etc.

Autre facteur à ne pas négliger est celui de la gouvernance, le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts est un mastodonte aux allures d’un éléphant aux pieds d’argile depuis 20 ans sous la même bannière partisane.

Difficile de veiller à un pilotage politique efficient, à une reddition des comptes vu le nombre de départements, des EEP, des agences, d’offices et de budget colossaux. Les multiples problèmes structurels et les nombreuses contreperformances en attestent.

Là encore, si le Maroc veut à la fois défendre son ambition de hub industriel continental et un pays agricole qui assure sa propre suffisance, il est légitime de s’attarder sur cette vocation agricole au service de l’inclusion et de la souveraineté. Les deux ne sont pas condamnées à être antinomiques Ad Vitam æternam.

Entre le lancement du Plan Maroc Vert en 2008 et la Génération Green 2030, il se serait écoulé 22 ans, un temps long et précieux que le Maroc, qui s’érige en État social, ne peut pas se permettre de gaspiller.


Lire également : Le Plan Maroc Vert sous la loupe de Najib Akesbi

Publicité
agriculturegénération greenmonde ruralplan maroc vertpmv

Laisser un commentaire

Publicité
Publicité
error: Content is protected !!