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[Entretien] Assurance en Afrique : Bachir Baddou prône la convergence de la réglementation dans le continent

Assurance

 

Interviewé par Soubha Es-Siari I

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Plus de 1.500 délégués sont venus assister au plus grand événement africain de l’assurance qui se tient à Marrakech du 22 au 26 février. Cet événement continental, placé sous le thème « Quels Leviers pour un Développement Inclusif et Durable de l’Assurance en Afrique ? » est organisé par la FANAF, en étroite collaboration avec la FMA (Fédération Marocaine de l’Assurance). Bachir Baddou, vice-président de la FMA nous éclaire dans cet entretien sur le potentiel que recèle le continent tout en mettant le curseur sur les défis à relever pour converger vers une seule et unique réglementation de l’assurance.

EcoActu.ma : Dans quel contexte s’inscrit l’organisation au Maroc de cette 49e Assemblée de la FANAF, pour quels enjeux et surtout quelles sont les attentes ?

Bachir Baddou : De prime abord, il faut juste rappeler que la FANAF (Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines ) est une association professionnelle internationale qui s’est fixée comme objectif majeur de favoriser la création de sociétés d’assurances purement locales avec des capitaux entièrement ou partiellement africains. Il existe deux grandes associations africaines : l’OAA (Organisation africaine des assurances) qui englobe toute l’Afrique et la FANAF qui couvre la zone francophone (Afrique de l’Ouest). Certaines entreprises marocaines d’assurance y adhèrent. La FANAF ne s’est jamais tenue à l’extérieur des pays de l’Afrique de l’Ouest. Elle s’est tenue au Maroc pour la première fois en 2017 et pour la seconde fois en 2025. Cela atteste que la FMA a d’excellentes relations avec la FANAF. D’ailleurs le nombre d’inscrits cette année est de 1.500 participants (vs 800 en 2024).

Un chiffre record donc des arrivées à Marrakech pour les travaux de la 49ème Assemblée Générale de la FANAF. On compte des assureurs et des réassureurs africains, dont des sommités mondiales du secteur qui viennent assister à ce grand événement continental. Il s’agit d’un évènement scientifique qui porte sur une variétés de thématiques : inclusion, risques climatiques, réassurance, nouvelles technologies…

La construction d’un marché unique de l’assurance doit commencer dès à présent. Quels sont d’après-vous les leviers à actionner pour converger vers un marché d’assurance inclusif et harmonisé ?

La plupart des entreprises qui adhèrent à la FANAF évoluent dans une zone qui s’appelle CIMA. Cette zone a une régulation commune. Chaque pays a son régulateur mais on trouve un seul régulateur pour la zone CIMA. La régulation doit être ainsi calquée sur celle de la zone CIMA. C’est pratiquement comme en Europe. Le Maroc n’étant pas dans la zone CIMA a donc sa propre régulation. D’où l’enjeu de la convergence des régulations, aller au-delà de la zone CIMA vers une convergence de la régulation du continent africain. Une fois que toutes les régulations convergent, la ZLECAF pour laquelle nous avons beaucoup d’ambitions pourrait devenir une réalité pour le secteur des assurances dans le continent. Un opérateur marocain aura ainsi la possibilité d’aller exercer en Côte d’Ivoire, au Nigéria ou dans n’importe quel autre pays de l’Afrique et inversement lorsque les régulations seront totalement harmonisées.

Je fais le parallèle avec l’Europe parce que les compagnies européennes disposent d’un passeport européen qui leur permet d’exercer dans n’importe quel pays européen.

C’est donc tout l’enjeu pour le continent ?

Effectivement parce qu’il ne faut pas omettre que l’Afrique est plurielle. Le Maroc fait partie des premiers de la classe. On y trouve des économies de très petites taille mais cela n’empêche qu’il y a d’autres économies qui ont réalisé beaucoup de progrès notamment sur la partie du digital.

Il est temps d’adopter une vision plus ambitieuse et de tracer la voie vers un marché unique de l’assurance en Afrique. Le continent dispose d’ atouts pour y parvenir : une jeunesse dynamique, une transformation digitale maitrisée et des marchés en pleine expansion. L ’Afrique est appelée à tracer son propre chemin, en façonnant un modèle adapté à ses enjeux et à sa culture.

Justement le digital est appelé à jouer un rôle très important pour permettre au secteur de jouer le rôle qui est le sien dans un contexte très chahuté. Ne doit-on pas craindre l’impact de l’utilisation des NTI sur l’emploi notamment des jeunes sachant que dans le continent africain le taux de chômage des jeunes reste des plus élevés ?

Contrairement à ce que nous pouvons croire, le digital évolue très vite en Afrique. Pourquoi ? Parce que dans notre continent, les réseaux physiques ne sont pas très développés. Si l’on prend l’exemple du Maroc, il y a les agences bancaires, les intermédiaires en assurance, mais il y a des pays africains qui n’ont pas un de grands réseaux de distribution, qui souhaitent développer de l’assurance mais ne peuvent le faire qu’à travers le digital. On peut citer de très belles expériences de digital dans quelques pays de l’Afrique.

Mais il faut reconnaître que le pouvoir d’achat, la sensibilisation, la culture assurance sont de vrais sujets dans le continent.

En dehors de la convergence de la réglementation, quels sont les défis à relever par le continent pour une inclusion et un développement durables ?

Parmi les défis, nous pouvons citer la capacité financière que nous pouvons mettre en place pour faire face à un évènement très pointu. A titre d’exemple, le séisme d’Al Haouz a coûté au secteur des assurances 550 MDH sans compter le non assurantiel, l’aide royale, le fonds de solidarité… Mais cela n’a pas déstabilisé le secteur des assurances parce que justement le secteur dispose de capacités financières nécessaires pour y faire face.

Le problème du continent africain c’est la taille des acteurs et leur capacité à mobiliser les fonds nécessaires. Certes, il y a la réassurance mais il faut une solidité en interne des compagnies.


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