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Economie

Balance commerciale : substitution aux importations, préférence nationale… pour quel résultat ?

déficit commercial

Ecrit par Soubha Es-Siari I

Le déficit de la balance commerciale continue à se creuser atteignant des niveaux alarmants. Ce déficit n’est pas sans impact sur le stock en devises qui depuis plusieurs années oscille autour de 5 mois d’importations. La balance commerciale étant l’un des principaux canaux pour l’alimenter. Au lendemain de la pandémie Covid-19 suite à la rupture des chaînes d’approvisionnement, des voix se sont ainsi élevées pour rappeler les gâchis de notre pays en matière de production et d’exportation. 4 ans plus tard, aucune amélioration !  

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Les dernières statistiques publiées par l’Office des changes à fin janvier 2025 confirment à nouveau que notre balance commerciale va très mal et que notre déficit commercial se creuse drastiquement d’année en année. Il s’est établi à -24.485 MDH à fin janvier 2025 contre – 21.609 MDH un an auparavant.

L’analyse de la balance commerciale de 2020 à 2024 (voir graphe) montre que les importations progressent plus vite passant de 422,86 Mds de DH en 2020 à 761,48 Mds de DH, soit un taux de progression de 80%. Les exportations quant à elles sont passées de 263, 089 Mds de DH à 454,97 Mds de DH soit une hausse de 72%. A fin 2024, le déficit commercial a atteint (-30,64 Mds de DH en 2024 contre -28, 55 Mds DH un an auparavant). Le taux de couverture s’est établi à 59,8% contre 60,1% en 2023. Les plus avertis sont conscients que ce déficit a atteint des niveaux trop alarmants.

 

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Source : Office des changes

Ce hiatus entre les taux de progression atteste de notre dépendance structurelle de l’étranger.

Et pourtant nombreuses sont les politiques déployées au cours des dernières années par les pouvoirs publics pour réduire un tant soit peu notre dépendance vis-à-vis du reste du monde voire notre déficit commercial. La politique de substitution aux importations déployée au lendemain de la pandémie suite à la rupture des chaînes d’approvisionnement est une initiative prometteuse. Des voix se sont ainsi élevées pour rappeler les gâchis de notre pays en matière de production et d’exportation. Comment on aurait pu imaginer un pays à vocation agricole tel que le Maroc importer des biens qu’il produit lui-même et transformés ailleurs ?

Conscients de cette aberration, les pouvoirs publics ont décidé d’y remédier en encourageant la préférence nationale ou ce que l’on appelle « consommer marocain ». Des mesures ont été introduites dans la Loi de Finances 2021 pour bien recadrer la consommation.

Aussi, au niveau de la commande publique et avec le nouveau décret sur les marchés publics, les maîtres d’ouvrage sont-ils appelés à faire référence dans les cahiers de charges des marchés publics à l’application des normes marocaines.

Face à un tel constat, nombreux sont les économistes qui ont signalé que mener une telle politique n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît. Preuve en est aujourd’hui : 4 ans plus tard, les résultats ne sont pas au rendez-vous. La dégradation continue du déficit commercial est une preuve tangible que cette politique n’a pas encore connu le succès escompté.

Les économistes n’ont eu cesse de dire que pour être viable, une politique de préférence nationale doit s’accompagner d’une amélioration au niveau de l’offre, de la qualité, de la variété et de la quantité. Un retour en arrière dans le temps à l’époque où les barrières douanières rendaient la consommation du produit local obligatoire rappelle à quel point un marché protégé porte préjudice aux consommateurs sans donner les bonnes incitations aux producteurs. Aussi, au niveau des exportations, il faut être plus sélectif et évaluer les choix économiques à l’aune de leur impact global, économique, social et environnemental.

Lorsque nous parlons de préférence nationale ou de substitution à l’importation, cela veut dire que nous sommes en mesure d’avoir une production en substitution. La première hypothèse qui sous-tend cette aspiration est d’avoir un tissu productif local à même de le faire et compétitif. Il est certes facile d’arrêter l’importation d’un produit donné mais si vous n’avez pas la production de substitution pour satisfaire la demande, il faut attendre un certain temps, si ce n’est un temps certain…

C’est là d’ailleurs le rôle du gouvernement qui doit agir dans le sens de la cohérence entre la substitution à l’importation et la robustesse du tissu économique national.

Une brève radioscopie de la balance commerciale montre que nous continuons à importer les mêmes produits avec les mêmes quantités. Le seul changement réside dans la facture énergétique qui a enregistré une baisse au cours des derniers exercices.

Que ce soit la préférence nationale ou la substitution aux importations, ce sont des politiques qu’il faut prendre avec prudence parce que la tâche ne sera pas du tout aisée et s’étalera bien dans le temps.

Et si chaque pays s’engageait dans la substitution ? Plus personne n’exporterait ni importerait, et donc plus de commerce extérieur. Faut-il alors rappeler que bien des usines dans des secteurs économiques de notre pays continuent d’exister parce qu’elles sont exportatrices. Sachant que la taille de notre marché local ne peut à elle seule assurer leur rentabilité ni justifier leur nombre. Un fait à prendre également en considération.

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